L’essoufflement du facteur numérique


Jean-François Ferland - 29/02/2008

Le courrier électronique a changé la façon de transmettre des contenus. Alors que la quantité et la lourdeur des fichiers joints augmentent, on atteint rapidement la limite des boîtes de réception…

L’informatique, la réseautique et le courrier électronique ont rapidement chamboulé les façons de transmettre et de disséminer l’information.

Aujourd’hui, par le clic d’une souris, un message électronique est transmis à l’autre bout de la ville, du continent ou du globe en quelques secondes. Ce message est souvent accompagné, de dessins, de photos, de pistes sonores, de séquences vidéo, de fichiers d’information ou de logiciels exécutables.

Il y a une quinzaine d’années, les fichiers joints aux courriers électroniques étaient peu volumineux, en raison des capacités limitées des utilisateurs d’ordinateurs à produire des fichiers. Il y avait très peu d’appareils photo numériques sur le marché. Les logiciels de transfert et d’édition de séquences vidéo étaient rares et onéreux. Les fichiers sonores, en format WAV, étaient trop lourds pour qu’on puisse les annexer à un courriel. Les images en format GIF, les dessins en format bitmap et quelques fichiers provenant de logiciels de traitement de texte ou de chiffriers étaient les rares contenus qu’il était possible d’envoyer par la poste binaire.

Aujourd’hui, alors que les ordinateurs sont de puissants centres de création et d’édition de contenus d’une richesse inégalée, tout et chacun a une variété de fichiers qu’il souhaite transmettre à un ami, à un parent, à un collègue ou à un partenaire commercial, et ce, pour diverses raisons. La relative instantanéité du courrier électronique en fait un véhicule de choix pour la transmission des contenus.

Or, les internautes sont confrontés à un problème de taille en matière d’envoi ou de réception des fichiers joints, soit la capacité maximale de la boîte de réception des fournisseurs d’accès Internet. Cette limite, qui est de quatre ou cinq mégaoctets, est rapidement atteinte si quelques personnes, dans un court laps de temps, envoient des courriels volumineux à un destinataire dont le poste de travail est éteint.

Boîte pleine

Ainsi, il n’est pas rare qu’un internaute reçoive un message disant que sa boîte est presque pleine ou qu’elle a atteint sa capacité maximale. Également, un émetteur peut recevoir un avis qui indique que son message n’a pas atteint sa destination en raison de la saturation de l’espace de stockage du destinataire. L’internaute peut demander une augmentation de la capacité de sa boîte, mais il devra débourser des frais mensuels additionnels.

D’autre part, des fournisseurs limitent la taille des fichiers qui accompagnent les messages envoyés, ce qui restreint la marge de manoeuvre des émetteurs. L’utilisateur peut adapter la taille des contenus en réduisant les dimensions d’une image ou en utilisant un format de compression des données sans perte visible de qualité. Toutefois, certaines personnes ne peuvent adapter leurs fichiers par manque de temps, parce qu’elles n’ont pas les logiciels nécessaires ou bien parce que le destinataire a besoin d’un fichier de la plus grande qualité possible.

Certes, il existe des alternatives au courriel. On peut graver les contenus volumineux sur un CD ou un DVD, mais ce disque devra être envoyé par la poste ou par la messagerie, ce qui prend du temps. On peut l’insérer dans une page Web hébergée par le fournisseur d’accès Internet, mais des inconnus pourraient aussi accéder au fichier. Il existe aussi des services de stockage privé en ligne, mais cela nécessite l’attribution d’un nom d’usager et d’un mot de passe au destinataire, des étapes additionnelles de transfert et, généralement, des coûts d’abonnement. Les logiciels de messagerie instantanée permettent de transférer des fichiers entre pairs, mais les interlocuteurs doivent être présents devant leurs ordinateurs.

Des fournisseurs de services gratuits de courrier électronique ont éliminé récemment la capacité maximale de leurs boîtes de réception. Toutefois, ils limitent encore le poids maximal des fichiers joints, même si cette limite a été rehaussée. Un jour ou l’autre, les fichiers de contenus de grande qualité, dont les fichiers vidéo en haute définition, entraîneront l’atteinte de cette limite repoussée… Bref, il n’est pas facile de transférer des fichiers volumineux!

Il n’existe pas de solution facile à ce problème. Les internautes devront peut-être exercer une pression sur les fournisseurs d’accès Internet ou les gestionnaires de systèmes informatiques commerciaux pour qu’ils augmentent la capacité de leurs comptes de courriel. Les internautes devront peut-être reviser leurs moyens de transmission des fichiers volumineux, en optant pour un service qui offrira une façon d’héberger et de transférer les fichiers qui sera sécuritaire, abordable et facile à utiliser pour l’émetteur et le récepteur. Mais l’enjeu deviendra inévitablement important au fil de l’évolution des contenus technologiques.

Et le facteur, dans tout cela? On pourrait croire qu’il est content de ne plus avoir à trimballer des enveloppes contenant des photos ou des supports multimédias, ce qui était alourdissait son sac. Malheureusement pour lui, la réseautique et le commerce électronique ont fait augmenter les commandes de colis qui sont acheminés par la poste. Sur l’inforoute, le facteur numérique, lui, n’a pas mal au dos…

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.


À lire aussi cette semaine: Pour la conscience écologique d’un monde technologique Le futur conjugué au présent Des nouvelles technologiques de la Colline Parlementaire L’actualité des TI en bref Les applications AS/400 sur PC : une stratégie à ne pas négliger




Tags: , , , , , ,

À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


Google+