Pénurie appréhendée de travailleurs «pluricompétents»


Jean-François Ferland - 08/12/2008

Le Conseil des technologies de l’information et des communications s’attend à l’aggravation de la pénurie de ressources humaines en TIC durant la période de 2008 à 2015. Pour les divers défis liés à l’absence de compétences, l’organisme propose des stratégies et des pistes de solutions.

Le Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC) , un organisme sans but lucratif de représentation industrielle qui s’intéresse aux enjeux liés à la main-d’oeuvre dans le secteur canadien des TIC, a publié le rapport Perspective sur les ressources humaines dans le marché du travail des technologies de l’information et des communications, 2008 à 2015 qui confirme l’accroissement prononcé des enjeux liés au recrutement de travailleurs que vivront les entreprises canadiennes au cours des prochaines années.

Le rapport indique que le nombre de postes à pourvoir variera de 126 400 (soit 15 795 par année) à 178 800 (soit 22 345 par année), les écarts étant fondés sur différentes hypothèses de croissance économique, de productivité et de délocalisation au cours de la période étudiée. La main-d’oeuvre souhaitée pour pourvoir ces postes devra détenir un certain niveau de compétences et une formation postsecondaire, puisque 50 % des travailleurs à embaucher devront avoir étudié à l’université et 30 % au collégial.

Or, les sources traditionnelles d’obtention de main-d’oeuvre se tarissent en raison de la diminution du nombre d’étudiants âgés de 15 à 19 ans – ce qui réduit le bassin d’inscrits et de diplômés dans les programmes en TIC – du nombre d’immigrants détenteurs de compétences professionnelles et de la disponibilité de travailleurs détenant une expérience de travail, mais pas une formation de niveau postsecondaire.

Exigences, pénuries et impacts pluriels

Le rapport précise, à quelques reprises, que la pénurie a trait précisément à l’absence de détenteurs de compétences plutôt qu’à l’indisponibilité de ressources humaines.

On déplore surtout l’éventuelle absence sur le marché non pas de candidats ayant un certain niveau d’instruction requis, mais plutôt de candidats détenant à la fois des compétences technologiques, de l’expérience de travail à propos d’applications ou de plates-formes particulières, des compétences en administration – notamment en matière de processus administratifs précis – et des compétences en communication et en travail d’équipe.

Les pénuries les plus prononcées se feront sentir dans le recrutement pour des postes dans trois profils d’emploi précis, ce qui aura d’importants impacts au sein des organisations et de l’industrie. Dans le cas des analystes et conseillers en systèmes d’information, qui connaîtront une pénurie de candidats, on s’attend à une réduction des investissements dans les applications et systèmes nouveaux, ce qui aurait une incidence sur les professions dépendant de ces flux d’investissements.

Une pénurie dans les postes de gestion de systèmes informatiques et d’information pourrait réduire la capacité d’exécution de fonctions à l’interne et favoriser leur délocalisation. Une pénurie de candidats dans la profession de génie et conception de logiciels pourrait également avoir des impacts sur d’autres professions qui nécessitent l’exécution d’un travail préalable en conception de l’architecture de base des applications, comme les programmeurs et les essayeurs.

Ces professions, selon les estimations du rapport, représenteront 37 % des postes à combler au Canada.

Volet québécois

Au Québec, la pénurie sera ressentie de façon importante dans les domaines des applications de sécurité, de l’animation, des jeux électroniques et du Web 2.0. On s’attend à une baisse des inscriptions pour les programmes liés aux TIC dans les institutions postsecondaires dès l’année scolaire 2009-2010, en raison des tendances démographiques.

Également, alors que les inquiétudes seraient vives à l’échelle pancanadienne quant à la disponibilité de ressources humaines aptes à soutenir les applications patrimoniales des organisations, les soucis seraient plus prononcés quant à la chute plus sérieuse au Québec de l’offre de travailleurs compétents en la matière.

Par ailleurs, l’industrie des TIC s’attend à ce que le taux de roulement augmente en même temps que le besoin d’embauche croît, ce à quoi les organisations devront s’adapter s’ils ne modifient pas leurs politiques pour contrecarrer la tendance.

Diversification, immigration, formation

Outre la suggestion de pistes de solutions pour établir des stratégies ciblées pour combler la pénurie dans les trois professions pour lesquelles les carences sont les plus appréhendées, le rapport fournit des éléments de stratégie, en trois volets, pour combler les lacunes des compétences manquantes au sein de la main-d’oeuvre en TIC. Le CTIC dit vouloir s’impliquer activement dans la réalisation de ces stratégies avec les autres intervenants impliqués.

Le premier volet vise l’élargissement de l’offre de programmes combinant les TIC et les autres domaines recherchés au sein des universités, tout comme l’accroissement du rôle des programmes travail-études et du rôle des stages dans ces programmes. On souhaite que les établissements postsecondaires améliorent la communication de leurs options de programmes et des carrières qu’ils permettent.

Le deuxième volet, qui a trait à l’intégration de professionnels formés à l’étranger, mise sur des partenariats impliquant l’industrie, les associations professionnelles, les organisations facilitant l’installation des immigrants et les établissements postsecondaires pour élargir les programmes d’intégration. Ces programmes oeuvrent notamment au renforcement de la maîtrise de la langue liée à la profession, à l’initiation aux normes administratives et à l’offre d’occasions d’emploi dans le domaine.

Enfin, le troisième volet se concentre sur le développement de la formation professionnelle continue, qui combine des cours du soir de niveau postsecondaire, des cours de certification brevetée et des cours sans crédit d’institutions privées ainsi que des programmes émanant d’associations techniques.

Autres lacunes

Le rapport formule aussi des pistes stratégiques à propos de la sensibilisation des jeunes – notamment des femmes – à faire carrière dans les TIC, du manque à combler dans les modèles d’installation des professionnels formés à l’étranger et des lacunes de ressources compétentes dans les applications patrimoniales.

Outre une lacune en matière de certification, le rapport estime que l’industrie doit également oeuvrer à l’obtention de données améliorées quant aux inscriptions et aux diplômes remis par les institutions d’enseignement.

Le rapport du CTIC a été produit en fonction d’un modèle économique de la demande d’emploi professionnel, d’une estimation des tendances de l’offre en emploi et de consultations auprès de sept groupes régionaux, de 80 chefs de file et d’un panel d’experts de 20 personnes.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.


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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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