Marché des télécoms mobiles : les Canadiens opposés au favoritisme?


Jean-François Ferland - 21/08/2013

Selon un sondage commandé par Bell et TELUS, les Canadiens seraient contre un «favoritisme» d’Ottawa envers des fournisseurs canadiens ou étrangers lors d’enchères de spectre, mais enclins à l’octroi d’avantages concurrentiels aux fournisseurs canadiens…Photo d'utilisateur d'appareil mobile

La firme de recherche Nanos Research, d’Ottawa, a publié les résultats d’un sondage portant sur « les Canadiens et les politiques en télécommunications mobiles » qui a été réalisé  auprès de 2 000 Canadiens du 12 au 19 août dernier. Ce sondage été réalisé à la demande des fournisseurs de services de télécommunications Bell Canada et TELUS. Or, la formulation de certaines questions suscite des interrogations quant aux objectifs qui étaient visés par la firme de recherche lors de la réalisation du sondage.

Selon le rapport du sondage de Nanos Research,  les Canadiens s’opposeraient à la présence de favoritisme envers des entreprises canadiennes ou étrangères lors des enchères de spectre d’ondes qu’Industrie Canada réalisera au cours des prochains mois. Selon ce sondage, 81 % des répondants ont affirmé qu’il serait dans l’intérêt supérieur des consommateurs que les entreprises canadiennes et étrangères puissent participer et remporter des enchères sans qu’il y ait de favoritisme. 10 % ont répondu que les compagnies étrangères devraient avoir « l’avantage » de participer et remporter de telles enchères. 9 % des répondants ont été indécis face à la question.

Or, la question qui a été posée par Nanos Research aux participants du sondage indiquait que « selon la règlementation actuelle, il serait possible pour une grande entreprise étrangère d’enchérir et remporter deux fois plus de spectre d’ondes que la plupart des entreprises canadiennes. »

À une question portant sur la nécessité d’une « grande entreprise de télécommunications étrangère » de construire son propre réseau mobile au Canada, 56 % des répondants ont indiqué que l’entreprise étrangère devrait effectivement construire son propre réseau. 33 % des participants au sondage ont affirmé que l’entreprise devrait pouvoir utiliser les réseaux existants des entreprises mobiles canadiennes. 11 % des répondants n’ont pu se prononcer.

Or, les participants au sondage ont été soumis à un préambule où l’on faisait état d’une entreprise étrangère « qui a quatre fois les revenus des trois plus importants fournisseurs mobiles combinés ensemble ».

À une question portant sur le soutien ou l’opposition des Canadiens à l’entrée des entreprises de propriété étrangère dans le marché canadien des télécommunications mobiles, 46 % ont fait part d’un soutien, 50 % d’une opposition et 5 % d’une indécision.

Dans le rapport, les auteurs indiquent que « bien que les Canadiens soient divisés, ils étaient plus probables à s’opposer plutôt qu’à soutenir l’entrée des entreprises […] de propriété étrangère dans le marché canadien. »

Anti-favoritisme ou pro-avantage?

Dans son communiqué de presse et son rapport de sondage, Nanos Research met l’emphase sur le souhait des Canadiens que le gouvernement fédéral ne favorise pas les entreprises canadiennes ni les entreprises étrangères lors des prochaines enchères de spectre d’ondes.

Toutefois, à une question portant sur la création d’un avantage dans le marché pour les entreprises canadiennes ou étrangères, en matière de concurrence en général, 70 % des participants au sondage se sont dits favorables à ce que le gouvernement procure un avantage aux entreprises canadiennes, alors que 25 % des répondants estimaient qu’aucun avantage ne devrait être créé par le gouvernement. Seulement 2 % des répondants se sont dits favorables à la création d’un avantage du gouvernement pour les entreprises étrangères dans le marché des télécommunications mobiles.

À une question portant sur la nationalité des entreprises qui « devraient avoir l’opportunité » d’acheter une entreprise de télécommunications mobile canadienne qui serait à vendre, 53 % des répondants ont indiqué que ces entreprises pourraient être canadiennes ou étrangères, 42 % ont affirmé que seules les entreprises canadiennes pourraient avoir cette opportunité et 2,9 % ont dit que seules les entreprises étrangères devraient avoir une telle opportunité. Dans son rapport, Nanos Research a mis l’emphase sur le faible taux des répondants qui estimaient que les entreprises étrangères devraient pouvoir acheter un fournisseur canadien.

Par ailleurs, le sondage de Nanos Research indique que les Canadiens estimeraient que le gouvernement fédéral devrait accorder son attention à d’autres priorités que la réduction des prix des communications mobiles. Ainsi, 45 % des répondants estimeraient qu’Ottawa devrait travailler à la réduction du prix de l’essence et 33 % croiraient que le fédéral devrait œuvrer à la réduction des frais de scolarité. 7 % des participants au sondage auraient identifié la réduction des prix des services mobiles comme une priorité que devrait se donner le gouvernement fédéral, devant la réduction des coûts de surcharge des billets d’avion (3 %).

Contexte

Soulignons que les résultats du sondage qui a été effectué par Nanos Research pour le compte de Bell Canada et TELUS sont divulgués alors que plane la possibilité de l’entrée du fournisseur américain Verizon dans le marché canadien des télécommunications mobiles, par le biais de l’acquisition d’un fournisseur canadien existant.

Au cours des dernières semaines, des fournisseurs canadiens de services mobiles et des syndicats représentant des employés de ces entreprises ont manifesté publiquement leur opposition à l’arrivée de cette entreprise dans le marché canadien.

Également, les résultats du sondage de Nanos Research ont été publiés quelques semaines près que l’acquisition par TELUS du fournisseur mobile Mobilicity ait été refusée par Industrie Canada. Mobilicity fait partie des fournisseurs concurrents qui ont été fondés à la fin des années 2000, dans le cadre d’une incitation à une concurrence dans le marché des télécommunications mobiles de la part du gouvernement fédéral.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d'adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.
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