Le passage au télétravail dévoile des inégalités

Alors que la pandémie de COVID-19 a entraîné un passage massif au télétravail, la possibilité de travailler à domicile ou non a révélé des inégalités sociales, selon une nouvelle étude de Statistique Canada.

Le rapport, publié lundi, indique que seulement 40 % des Canadiens occupent des emplois qui peuvent s’exercer à domicile.

Les travailleurs des industries de services, comme le soutien téléphonique à la clientèle, sont beaucoup plus nombreux à pouvoir poursuivre leurs activités à la maison que les employés des secteurs producteurs de biens, comme la fabrication en usine.

Statistique Canada a aussi constaté que les familles aux revenus plus élevés sont plus susceptibles de pouvoir exercer leur profession à distance.

Les familles financièrement vulnérables présenteraient donc un risque disproportionné de subir un arrêt de travail durant la pandémie, note l’organisme fédéral.

On remarque en outre des inégalités entre les hommes et les femmes.

Par exemple, 50 % des femmes célibataires peuvent s’adonner au télétravail, contre 33 % des hommes. Statistique Canada observe des tendances similaires entre les deux sexes parmi les familles à deux revenus : 62 % par rapport à 38 %.

Le fait que plusieurs emplois à prédominance masculine, tels que ceux dans la construction ou l’agriculture, ne peuvent généralement pas s’effectuer à domicile, expliquerait en partie cette situation, selon l’organisme de statistiques.

Le niveau de scolarité constitue aussi un facteur déterminant. Les détenteurs d’un diplôme d’études secondaires se retrouvent ainsi moins susceptibles de pouvoir travailler à distance que les diplômés universitaires.

La crise actuelle semble aussi amplifier les inégalités en ce qui concerne les avantages associés au télétravail, comme la conciliation travail-famille et la réduction des dépenses quotidiennes.

Dans un récent article, Ugo Lachapelle et Georges A. Tanguay, professeurs en études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal, rappellent que les télétravailleurs bénéficient d’un horaire flexible. Cette particularité peut améliorer leur style de vie, notamment en diminuant le temps passé à se déplacer.

De plus, les personnes qui travaillent à domicile dépensent moins pour la nourriture, les vêtements et le transport.

« Ceux qui ne peuvent pas effectuer du télétravail, pour la plupart des travailleurs à faible revenu, ne profitent pas de ces avantages en termes de style de vie et de finances », indiquent les professeurs.

« Si le télétravail est adopté à plus grande échelle à long terme, une vaste partie de la population active, dont beaucoup de travailleurs à faible revenu, serait encore défavorisée. »

Plusieurs grandes entreprises ayant fait part de leur intention d’adopter le télétravail de façon permanente, comme Twitter et Shopify, la tendance semble bel et bien en voie de se poursuivre après la pandémie.

Statistique Canada juge pertinent de suivre, après la fin de la crise, les répercussions à long terme des récents bouleversements dans le monde du travail sur les familles.

Catherine Morin
Catherine Morin
Éditrice - Direction Informatique

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