Vert numérique


Jean-François Ferland - 04/05/2007

L’industrie des TIC génère une grande quantité de matériel qui a une vie utile limitée. Les programmes de récupération et de réduction s’intensifient, mais bien des composantes finissent leur cycle de vie au dépotoir. Tôt ou tard, de gré ou de force, les manufacturiers, les organisations et les citoyens devront poser des gestes pour diminuer les impacts de l’informatique sur l’environnement.

L’informatique n’a pas encore soixante ans, alors que l’informatique personnelle en a environ trente, que déjà des millions de composantes croupissent sous des amas de détritus aux quatre coins de la planète. Des tonnes de verre, de plastique, de métaux et de silicone croupissent ça et là, dans l’attente d’une décomposition lente qui durera des centaines d’années.

Des ordinateurs aux équipements de réseautique, en passant par les périphériques, les téléphones mobiles et les lecteurs MP3, sans oublier les nécessaires piles pour les appareils portatifs, les disques compacts et les disquettes, l’industrie mondiale des TIC produit une quantité immense de produits. Ces produits sont utilisés par le grand public et par les organisations, pour le travail ou les loisirs, mais inévitablement, par usure ou par désuétude, ils finissent par ne plus être utiles.

Historiquement, ces produits prenaient le chemin de la poubelle et étaient éventuellement expédiés à des sites d’enfouissement. Quelques endroits procédaient déjà, dans les années 80, au démantèlement des gros appareils pour en récupérer certaines matières précises, en général le métal des boîtiers. Le reste finissait toutefois dans un grand trou ou un terrain vague, hors de la vue des gens.

Lorsque les sites d’enfouissement vinrent à déborder, les détritus technologiques ont été exportés dans d’autres régions, puis dans d’autres pays, puis sur d’autres continents, pour être soit enfouis, soit démantelés. Les sites d’accueil de ces « technodéchets » sont souvent exempts d’équipements de protection pour l’humain ou pour l’environnement et ceux et celles qui y travaillent, qui sont généralement très pauvres, travaillent dans des conditions misérables, alors que des liquides dangereux coulent dans le sol et les cours d’eau, tuant faune, flore et êtres humains à petit feu.

Et en amont, la fabrication des équipements nécessite l’extraction et la transformation de matière première, soit des métaux, de la silice et du pétrole, puis la création et l’assemblage de composantes. Ces processus nécessitent la consommation d’une grande quantité d’énergie, en plus de générer des résidus qui sont à leur tour enfouis… Et que dire des mégatonnes de papier, de carton et d’encre qui sont utilisées pour les emballages ou bien pour imprimer les documents utiles au quotidien?

Bref, les technologies de l’information ont un grand impact sur la vie humaine et sur l’environnement. Cette notion n’est pas plaisante à imaginer, mais elle est réelle.

Changement

Heureusement, des communautés ont décidé de contribuer à l’atténuation des impacts néfastes des TIC. Ainsi, des programmes de récupération des piles, des téléphones portables et des cartouches d’encre ont vu le jour. Des organismes sans but lucratif et des entreprises commerciales ont été formés pour récupérer et réutiliser les ordinateurs encore fonctionnels, ou bien pour les démanteler afin d’en récupérer un maximum de matières.

Les gouvernements ont également posé des gestes, comme l’imposition de taxes à l’achat pour financer les programmes de récupération du matériel informatique. D’autres gouvernements ont donné des ultimatums aux fabricants de matériel pour qu’ils éliminent certaines matières dangereuses, à défaut de quoi leurs produits seront interdits de vente sur leur territoire. Enfin, des groupes d’intérêt et des citoyens ont pris la décision de ne plus acheter des produits d’entreprises qui ne prennent pas le virage vert.

La réaction des fabricants a été variée. Certains ont éliminé un maximum de produits dangereux ou difficilement récupérables, revu leurs processus de fabrication et repensé leurs emballages, et quelques-uns vont jusqu’à récupérer le matériel désuet, peu importe son fabricant, pour se charger de la récupération. À l’opposé, des fabricants n’ont rien fait ou bien n’ont rien dit à propos de leurs efforts à propos de la modification de leurs produits. D’autres, pire encore, se contrefichent des pratiques de fabrication et d’assemblage qui sont exercées par leurs sous-traitants et par les sous-traitants de leurs sous-traitants.

Or, face à l’insistance des groupes d’intérêt, des médias et des citoyens, l’industrie des TIC est en voie d’effectuer un virage vert. La teinte est peut-être plus verdâtre que vert feuillu, mais les fabricants saisissent l’importance d’une modification de la situation, que ce soit pour préserver l’environnement, leur image ou leurs profits.

Mais il reste encore bien du chemin à faire. Il suffit de marcher dans les rues sales et transversales les matins de collecte des ordures pour remarquer des carcasses d’ordinateurs parmi les sacs verts, ou de voir des conteneurs à déchets remplis de moniteurs jaunis et couverts de poussière. Du côté des organisations, plusieurs doivent encore développer une conscience environnementale et accepter de payer en temps et en argent l’envoi du matériel désuet et la récupération des matières qu’elles contiennent. Les gouvernements devront également faciliter l’implantation et l’identification de sites de dépôt des appareils désuets.

Et les détaillants de produits, qui semblent parfois ne penser qu’au déplacement de marchandises hors de leurs commerces, devront accepter la collecte des produits désuets des clients qui veulent acheter un système neuf. Ah non! Pourquoi devrions-nous nous occuper de cela? Nous sommes des vendeurs de produits, pas des recycleurs! Cela va nous coûter des sous, occuper de l’espace, nécessiter de la main-d’œuvre, etc! diront certains. Pourtant, les garages qui doivent récupérer les pneus et l’huile ont réussi à adapter leurs espaces de travail et ils n’ont pas fait banqueroute! Au contraire, des commerces de détail pourraient s’attirer une nouvelle clientèle s’ils acceptaient d’appliquer ce concept…

Tôt ou tard, l’ensemble des gens qui fabriquent, qui vendent et qui utilisent les produits des TIC devront adopter un « cycle vert », que ce soit de leur propre initiative ou que ce soit imposé (avec des tarifs et des amendes). Et qui sait, un jour, les ordinateurs seront faits de matières biodégradables et se désagrégeront au bout de quelques dizaines d’années… Mais il faudra en extraire les précieuses données à temps avant qu’elles ne disparaissent!




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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