Les TIC, une source de maux?


Jean-François Ferland - 11/05/2007

L’utilisation des produits de l’industrie des technologies de l’information et des communications s’intègre à la vie quotidienne, dans le cadre du travail ou de la vie personnelle. Or, nous en savons bien peu à propos des impacts à long terme sur l’être humain.

De temps à autre, paraît une étude scientifique ou médicale qui fait état des dangers potentiels qui pourraient guetter les utilisateurs de certains produits informatiques.

Des études ont notamment été produites au sujet du téléphone mobile, qui pourrait potentiellement avoir des incidences sur le cerveau des utilisateurs. Récemment, un jeune étudiant de 17 ans a fait une étude sur les interférences potentielles d’un lecteur de fichiers musicaux MP3 sur les stimulateurs cardiaques. De telles analyses suscitent la controverse, font couler beaucoup d’encre et stimulent la production d’études additionnelles et d’analyses de la part des personnes qui sont favorables ou défavorables à l’utilisation des produits.

À bien y réfléchir, l’utilisation des TIC a plusieurs impacts physiques sur le corps humain. Le syndrome du tunnel carpien, qui est causé par l’utilisation du clavier d’ordinateur et, plus récemment, par les assistants numériques personnels, les douleurs arthritiques aux doigts à force de frapper les touches du clavier et les douleurs musculaires occasionnées par le transport des mallettes des ordinateurs portatifs en font grimacer plus d’un.

L’utilisation du moniteur d’ordinateur à longueur de journée peut causer des migraines carabinées et contribuer à faire croître la force des lunettes, sans oublier les impacts occasionnés par l’exposition à lumière émise sur l’être photosensible qu’est l’être humain. Les écouteurs des appareils sonores, lorsqu’utilisés à fort volume, peuvent affecter également l’audition, alors que le bourdonnement constant des appareils peut finir par agacer.

Ajoutons à cela la position voûtée que prennent souvent les utilisateurs de l’ordinateur et l’être humain finit par se retrouver en mauvaise posture face aux TIC…

Corriger, modérer, prévenir…

Il existe, certes, des spécialistes de l’ergonomie qui peuvent aider à établir les conditions favorables à un meilleur confort, par exemple pour la personne qui utilise un ordinateur de table. Il existe également des périphériques qui sont conçus pour atténuer les impacts d’une utilisation répétée de l’informatique, par exemple des claviers aux formes bizarroïdes.

Malheureusement, peu de personnes, à des fins personnelles ou professionnelles, ne veulent ou ne peuvent consulter ces professionnels ou utiliser des produits optimisés. L’argent et le temps, encore une fois, peuvent expliquer le peu d’intérêt porté à ces questions.

De plus, l’utilisation des TIC peut avoir des impacts sur la psychologie des utilisateurs. Certaines études des impacts de l’utilisation du téléphone portable sur la concentration, notamment lorsque la personne est au volant d’un véhicule. D’autres études s’attardent également aux impacts du mode multitâche sur la mémoire, sur la concentration et sur la performance des personnes.

Et nous ne parlons pas de la dépendance aux assistants numériques personnels, ni de la fatigue qui peut être ressentie après de huit heures et plus de travail à l’aide des appareils technologiques, ni des comportements asociaux qui peuvent découler de leur utilisation continuelle…

Les TIC sont relativement récentes dans l’évolution du genre humain et bien que plusieurs études aient déjà été produites à leur sujet, nous en savons bien peu sur leurs impacts à long terme sur la santé physique et mentale. Les fabricants, espérons-le, doivent procéder à des essais pour vérifier que leurs produits n’aient pas d’effets néfastes. Les organismes de certification gouvernementaux, de leur côté, font une batterie de tests qui, souhaitons-le, s’attardent adéquatement aux impacts de l’utilisation des appareils technologiques sur l’être humain.

Or, plusieurs chercheurs consacrent des travaux d’analyse et de vérification d’hypothèse à ces produits, ce qui laisse présager qu’il y a des soupçons qui existent ou qui persistent quant aux impacts des TIC. D’ailleurs, c’est à la suite de recherches que plusieurs matières ont été identifiées comme étant dangereuses et ont été interdits d’utilisation. Toutefois, des grands pans de l’industrie des TIC, dans plusieurs régions du monde, traînent de la patte à cet égard…

Bon, encore des scénarios apocalyptiques qui visent à faire peur. On n’arrête pas le progrès!, diront certains. Il est vrai que le progrès est difficile à ralentir, et les TIC contribuent à faire progresser le genre humain dans plusieurs domaines, dont celui de la santé. Toutefois, les avantages économiques associés à la commercialisation de nouveaux produits et gadgets, soit la richesse qu’ils apportent aux fabricants, aux distributeurs et aux détaillants, tout comme la hausse de productivité qu’ils sont supposés apporter aux organisations, l’emportent facilement sur les inquiétudes reliées à la santé physique et mentale.

Techno-mutations?

Et si, dans vingt ans, on s’apercevait que les personnes qui ont été des grands utilisateurs des TIC ont des problèmes de santé chronique?

Et si l’être humain, au gré de l’emploi des divers produits technologiques, se transformait? Si le coccyx, devenu inutile, a été atrophié au gré de l’évolution, qu’est-ce qui empêcherait le bout des doigts de s’aplatir au gré de l’utilisation du clavier de génération en génération? Et si les bambins, qui dès leur jeune âge sont exposés à la télévision et à l’informatique, présentaient des comportements physiques et mentaux inquiétants une fois qu’ils sont devenus des adultes? Et si les utilisateurs des TIC, à la suite de bombardements d’informations à tous leurs sens, à longueur de journée, finissaient par subir une dépression?

Le scénario est déjà envisagé : des médecins et des personnes affligées de maux diront je vous l’avais dit!, alors que des avocats poursuivront leurs opposants, les uns pour demander réparation et les autres pour nier des allégations et préserver des réputations.

En théorie, l’utilisateur devrait réguler son utilisation des TIC pour prévenir des maux, en faisant preuve de jugement et de raison. Des fabricants de produits, par bonne volonté ou par recommandation de leurs avocats, incorporent à leurs produits et à leurs manuels des avertissements à propos de possibles blessures, tout comme des messages qui suggèrent de temps à autre de prendre une pause. Mais encore, faudrait-il que les personnes averties suivent ces conseils…




Tags: , ,

À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


Google+