Les « technomécanos » du 21e siècle


Jean-François Ferland - 18/01/2008

L’ordinateur et l’automobile ont des points en commun en matière d’entretien et de remplacement de composantes. Jusqu’où l’utilisateur peut-il aujourd’hui se retrousser les manches et mettre ses mains dans la mécanique de son PC?

En vingt-cinq ans, l’ordinateur personnel a autant évolué au niveau de la polyvalence et des performances que l’automobile en cent ans.

Les pionniers de l’informatique personnelle se souviendront avec nostalgie de l’époque où le premier ordinateur de table, avec sa mémoire calculée en kilooctets, son moniteur vert ou ambre, sa souris inexistante, ses disquettes souples et son système d’exploitation en caractères ASCII, a révolutionné le traitement de l’information au travail, puis à la maison.

Rapidement, les utilisateurs de l’ordinateur ont constaté que leur appareil, pourtant récent, traînait de la patte ou atteignait sa pleine capacité de stockage. Mais lors des premières années de la commercialisation des ordinateurs, les fabricants utilisaient des pièces en formats propriétaires qui obligeaient à recourir à un représentant autorisé pour effectuer un remplacement lors d’un bris ou d’une mise à niveau. Les composantes alternatives, si elles étaient offertes sur le marché, étaient souvent incompatibles. Également, les ensembliers et les petits fabricants de systèmes informatiques étaient bien rares.

Mais l’industrie de l’informatique, afin d’encourager l’adoption de l’ordinateur personnel et d’en faciliter la progression, a fini par établir des standards pour des ports de connexion et d’extension, ce qui a abouti à l’apparition d’un grand nombre de pièces performantes et novatrices. Le remplacement des barrettes de mémoire vive et des disques rigides a été facilité. Le choix des cartes graphiques, de son, de stockage et de réseau, et même des cartes maîtresses s’est grandement diversifié.

Dès lors, les utilisateurs d’ordinateurs qui n’avaient pas froid aux yeux ont pu se procurer ces pièces dans les boutiques spécialisées et dans les magasins d’électronique afin de procéder eux-mêmes à l’évolution de leurs appareils. À l’aide de deux tournevis, ils ont pu redonner vie à leurs systèmes, ou bien leur permettre de traiter une information de plus en plus riche à une vitesse croissante. Certains ont pu assembler un ordinateur au complet dans le confort de leur salon ou de leur sous-sol. Aujourd’hui, les amateurs de jeux vidéo, les musiciens, les illustrateurs, les producteurs de films et les ingénieurs en herbe personnalisent leurs machines comme bon leur semble.

Mécanique binaire

Ainsi, on peut établir un parallèle entre l’évolution de l’ordinateur et celle de l’automobile. La voiture, qui est aujourd’hui un objet de masse, était façonnée de pièces en formats propriétaires au début du siècle. Ensuite, une certaine forme de standardisation a permis l’éclosion du marché des pièces de remplacement, puis des pièces de haute performance. Les automobilistes qui avaient acquis des connaissances de base en mécanique ont pu réaliser eux-mêmes les changements de pièces, dans un garage ou à l’ombre d’un arbre. Aujourd’hui, la personnalisation des voitures n’a plus de limites.

Toutefois, l’intrusion de l’électronique et de l’informatique dans l’automobile au cours des dernières décennies a réduit la capacité des mécaniciens en herbe d’effectuer certains ajustements dans leurs voitures. Il faut alors la confier au concessionnaire ou au garagiste, qui se fera un plaisir d’effectuer la réparation ou l’amélioration du véhicule en échange de plusieurs dizaines de dollars…

Or, en informatique, la tendance actuelle est à l’acquisition d’ordinateurs portatifs dont la performance et la polyvalence sont attribuables à un grand nombre de petites pièces entassées dans un boîtier compact. Qu’en est-il de la capacité de remplacement de leurs pièces? Certes, certains modèles sont dotés de compartiments qui permettent de remplacer la mémoire vive, le disque dur et la pile rechargeable, mais c’est tout ce qui peut être modifié sans avoir à recourir à un réparateur spécialisé.

De plus, la nouvelle tendance en informatique portative tend vers la légèreté et la miniaturisation. Les ordinateurs « ultraportatifs » sont susceptibles de gagner en popularité auprès de ceux et celles qui veulent un système informatique de poids plume qui offre des performances de poids lourd.

Or, cette approche rendra difficile, voire empêchera l’accessibilité ou la capacité de remplacement des pièces par l’élimination des compartiments ou la soudure des composantes à la carte maîtresse. L’utilisateur n’aura d’autre choix que de recourir au technicien certifié ou au fabricant, ne serait-ce que pour le remplacement d’une pile à la mémoire épuisée. Et ceux qui voudront prendre la configuration maximale à l’achat devront en payer le fort prix.

La rédemption de l’utilisateur en matière d’évolution se situera dans le recours aux périphériques externes, mais pour la portabilité, il faudra repasser. Autrement, la personnalisation sera cosmétique, soit par l’ajout d’une enveloppe protectrice ou d’autocollants, question de cacher le logo du fabricant.

En informatique, comme dans la vie, tout est une question de compromis. Tant qu’il y aura des ordinateurs en format tour sur le marché, l’exercice d’optimisation autonome continuera d’être une activité dont le résultat final sera gratifiant. Pendant encore quelque temps, l’utilisateur de systèmes informatiques en puissance pourra prendre l’approche de l’amateur de hot rod et se modifier un ordinateur jusqu’au meilleur de ses capacités. Peut-être connaissez-vous quelqu’un qui utilise encore aujourd’hui, et avec fierté, un ordinateur AT modifié…

Saluons les « technomécanos » autonomes du 21e siècle!

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.


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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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