Changement d’heure : deuxième temps, trois mouvements


Jean-François Ferland - 02/03/2007

Les grandes organisations ont préparé de longue date l’adaptation et la vérification de leurs systèmes informatiques pour assurer une transition sans heurt. Dans ce deuxième article sur le sujet, trois intervenants, soit un grand fournisseur, un organisme gouvernemental et une banque, nous parlent de leurs préparatifs à cet égard.

Les impacts de la modification du changement d’heure sur les systèmes informatiques ne sont pas à prendre à la légère, vu l’importance de la notion de temps pour les interactions et les transactions de toutes sortes. Plusieurs organisations confirment que l’adaptation des TIC aux nouvelles conventions horaires s’est préparée… de longue date.

Les fournisseurs de systèmes d’exploitation et de logiciels jouent un rôle crucial dans ce processus de changement d’heure, et la plupart ont déjà publié leurs rustines ou leurs procédures à suivre pour adapter leurs produits, comme nous le mentionnions dans notre article la semaine dernière. Chez IBM, l’un des grands joueurs de l’industrie des TIC, ce sont des dizaines de composantes matérielles et logicielles, dont des SE, des terminaux de point de vente, des serveurs, des unités de stockage et de réseautique, d’imprimantes et des logiciels qui font l’objet d’un correctif.

Fred McNeese, le directeur des communications corporatives au siège social aux États-Unis, indique que le processus d’analyse des produits touchés a débuté peu après l’approbation par le Congrès américain de la modification des dates de changement par le Energy Policy Act en 2005. Les mises à jour des logiciels à télécharger et les instructions de modification ont été publiées progressivement sur un site Web. À quelques semaines de la date de changement d’heure, quelques produits restaient encore à adapter, et M. McNeese affirme que les correctifs seront disponibles bien à temps.

« En novembre dernier, nous avons envoyé une lettre à nos contacts chez les clients aux États-Unis, au Canada et aux Bermudes, pour les informer des changements à venir pour l’application l’heure d’été et les informer de l’existence d’un site Web, précise-t-il. Nous avons noté beaucoup de trafic sur ce site, ce qui porte à croire que les clients prennent les mesures nécessaires et apportent les correctifs. »

M. McNeese confirme que cet enjeu a des impacts sur tous les processus et toutes les fonctions de date et de temps sur les ordinateurs et les applications informatiques. « Cela peut avoir des impacts dans les calendriers de rendez-vous, tout comme dans les documents dotés d’estampilles temporelles (NDLR : information temporelle qui s’inscrit automatiquement sur un document pour attester l’instant d’exécution d’une activité ou d’une action, ou encore l’instant d’apparition d’un événement – OQLF) où il peut y avoir des enjeux juridiques si la date est erronée… Ceci touche pratiquement tout ce qui implique des processus ou de la manipulation de données. »

Bien que la modification des dates de changement d’heure n’ait lieu que dans des régions du Canada, des États-Unis et des Bermudes, M. McNeese indique que les impacts sont d’ordre planétaire. « Dans une fonction de calendrier d’une application, si un correctif n’est pas appliqué, disons, au Japon où ils n’appliquent pas de changement d’heure, sur une machine qui communique avec les États-Unis, il peut y avoir une confusion dans les rendez-vous », note-t-il.

Bonne gouvernance à la bonne heure

Les gouvernements sont également de grands utilisateurs des technologies de l’information et des communications, autant pour les processus internes que pour les interactions avec la population. Au gouvernement du Québec, la Direction générale des technologies de l’information et des communications du Centre des services partagés confirme que le processus de changement d’heure était réalisé pour les systèmes informatiques de la fonction publique.

« Toutes les actions sont entreprises pour qu’il n’y ait pas d’interruption de service découlant du changement d’heure. Des tests ont été faits en laboratoire, un plan d’action a été produit et tous les changements nécessaires seront réalisés dans les délais prescrits », a indiqué l’entité gouvernementale, qui nous a affirmé avoir pris « les actions appropriées afin d’apporter les modifications aux systèmes qui sont sous sa responsabilité. Le changement d’heure se fait de façon automatique ou manuelle. Par exemple, Microsoft a déjà prévu les mesures appropriées et le correctif est en implantation. Pour une autre partie des serveurs, la synchronisation de l’heure sera faite à partir du Centre national de Recherche du Canada. Pour les systèmes centraux, des interventions manuelles sont requises, comme c’est le cas pour tout changement d’heure. »

« Chaque ministère a la responsabilité de prendre les mesures appropriées pour ses propres systèmes », nous a-t-on précisé.

Modification routinière

À la Banque Laurentienne, où les TIC et le temps jouent des rôles cruciaux pour la réalisation des transactions bancaires, les travaux d’adaptation vont également bon train. Mais Philippe Duby, premier vice-président, Gestion immobilière et chef de la direction informatique, précise que l’exercice fait partie d’un processus déjà exécuté depuis bon nombre d’années.

« Ce sont des changements qui sont relativement routiniers, explique-t-il. Dans un environnement comme le nôtre, on fait ce type d’ajustement à chaque année avec des vérifications d’usage. Cette année ne fait pas différence, sauf que la date est devancée. »

M. Duby indique que ce processus demande certaines vérifications spécifiques. « À partir de l’inventaire de l’ensemble de nos systèmes, pour lesquels on a déjà documenté quel pouvait être l’impact sur l’heure parce qu’on le fait de façon régulière, on a contacté l’ensemble de nos fournisseurs, comme ceux des systèmes d’exploitation, pour obtenir des rustines. On a aussi fait une confirmation avec l’ensemble de nos fournisseurs et de nos partenaires en aval et en amont avec lesquels on fait des échanges électroniques, pour s’assurer que toutes les corrections étaient faites en même temps.

« Cela implique beaucoup de vérifications et de confirmations. On a débuté depuis plusieurs semaines, et la majorité des entreprises sont probablement au même stade que nous », estime-t-il.

M. Duby souligne que les tâches sont tellement nombreuses et l’information tellement grande que tout est automatisé, même l’exécution de tâches, selon des dates et des heures spécifiques au sein des organisations. « Tout ce processus d’automatisation a été fait depuis longtemps [chez nous], et dès ce moment il avait fallu tenir compte du changement d’heure. Cela s’est donc fait au rythme des implantations d’automatisations », précise-t-il.

Somme toute, comme plusieurs autres, M. Duby affirme que la modification des systèmes informatiques en raison des changements à l’heure avancée n’a rien à voir avec une certaine situation qui est survenue il y a déjà sept ans…

« J’étais responsable du projet de l’an 2000, et je peux vous dire que ce n’était pas du tout les mêmes préparations. J’ai quand même devant moi un document d’une vingtaine de pages avec la liste de toutes les tâches qui sont exécutées [pour le changement d’heure], mais des documents de vingt pages, j’en ai couramment quand nous faisons des implantations », dit-il.

« Le projet de l’an 2000 était de plus grande envergure et ne se compare pas du tout. Je n’anticipe aucun problème pour les clients de la banque lors du changement d’heure, et nous prenons les mesures [nécessaires] », conclut M. Duby.




Tags: , ,

À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


Google+