Possible grève de 12 000 professionnels fédéraux des technologies de l’information


Jean-François Ferland - 26/05/2006

Les négociations de la convention collective étant dans l’impasse, des représentants du syndicat IPFPC et du Conseil du Trésor rencontreront un conciliateur les 27 et 28 mai prochains. Les syndiqués, qui ont voté en faveur d’une grève, se sont rassemblés devant des bureaux fédéraux ce midi, notamment à Montréal devant la Place Bonaventure.

Si une rencontre de conciliation prévue en fin de semaine s’avère infructueuse, quelque 12 000 professionnels du gouvernement du Canada qui oeuvrent dans les domaines de la technologie et de la gestion de l’information pourraient débrayer au cours des prochaines semaines.

Les professionnels des systèmes d’ordinateurs de la fonction publique fédérale, qui font partie du syndicat de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), ont demandé une rencontre auprès d’un conciliateur alors que les négociations avec leur employeur, le Conseil du Trésor, sont dans une impasse. La convention collective qui lie les deux parties est échue depuis le 21 décembre 2004, soit depuis plus de dix-huit mois.

Le principal point de litige, selon le syndicat, a trait à l’intention du Conseil du Trésor d’abroger une indemnité de recrutement et de rétention qui est accordée aux professionnels des TIC depuis 1998. L’abolition sans compensation de cette indemnité pourrait se traduire par une diminution du salaire des employés de 3 % à 4 %, ce qui correspondrait à une somme pouvant varier de 1 500 $ à 3 000 $.

Advenant l’échec de la rencontre, à la suite duquel un rapport sera publié par le bureau de conciliation d’ici une à trois semaines, les professionnels syndiqués pourraient entamer une grève sept jours. Les travailleurs syndiqués ont accordé à l’équipe de négociation un mandat de grève dans une proportion de 88,7 %, ce qui constituerait l’un des plus hauts taux jamais votés par les membres de l’IPFPC.

Perceptions divergentes

Selon Gaston Lampron, vice-président de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada, l’allocation qui fait l’objet du litige a été accordée par le gouvernement à la fin des années 1990 pour que les professionnels des TIC ne cèdent pas aux offres alors formulées par le secteur privé. Le gouvernement affirmerait que les informaticiens seraient moins en demande qu’à cette époque et qu’ils ne devraient plus obtenir cette forme de bonus pour demeurer en poste.

« À l’époque, des entreprises privées tenaient des salons de l’emploi où les informaticiens recevaient des offres comportant des augmentations significatives de salaires, relate M. Lampron. Le gouvernement a alors pensé qu’il pourrait retenir ces gens en leur donnant cette allocation et en leur accordant une pension. Beaucoup de gens, qui comptaient 20 ans de service au gouvernement et aimaient ce qu’ils faisaient, ont décidé de prendre l’offre et de ne pas aller travailler dans le secteur privé.

« Maintenant, on veut annuler cette indemnité, et c’est vraiment ce qui fâche nos membres qui ne veulent pas de coupure de salaire. Personne ne veut cela, dans une situation de croissance de l’emploi et de surplus du gouvernement fédéral comme on vit présentement », ajoute-t-il.

Retard

Le représentant syndical estime que les allégations du gouvernement en matière de disponibilité de la main-d’œuvre étaient fondées, il y a trois ans, mais il affirme que le marché de l’emploi aurait maintenant atteint le niveau le plus élevé depuis celui qu’avait connu le marché en 2000, avant l’effondrement du secteur des hautes technologies.

« On est en train de repartir sur la même lancée qu’à la fin des années 1990, et en coupant cette allocation, (le gouvernement) va probablement perdre beaucoup d’employés qui vont décider d’aller travailler ailleurs au cours des prochaines années, et il devra recommencer le recrutement à zéro », estime M. Lampron.

« Le gouvernement est toujours en retard dans ces choses-là de toute façon. Quand il a l’idée de faire quelque chose, il est trop tard, et quand il a l’idée de faire des coupures, c’est la même chose, puisque la situation a (entre-temps) changé », déclare-t-il.

L’annulation de l’indemnité, selon le syndicat, annulerait la probable augmentation des salaires de la future convention collective, qui varierait en 2,25 % et 2,5 %. « Les informaticiens ne demandent pas plus en termes de pourcentage que ce que les autres employés de l’État ont obtenu au cours des deux dernières années, mais ils veulent que leur indemnité soit « roulée » dans le salaire. », affirme M. Lampron.

« Quand on a retenu (les professionnels) à la veille de l’an 2000, on a fait miroiter que leur carrière s’améliorerait beaucoup au cours des prochaines années et que les défis seraient plus grands au niveau de l’informatique, et les gens y ont cru. On s’aperçoit que c’est plutôt le contraire, puisqu’un profane peut maintenant en faire de plus en plus, et que les descriptions d’emploi ne représentent plus leurs compétences », souligne-t-il.

Manifestations

Le vendredi 26 mai, à la veille de la séance de négociation, les professionnels des systèmes informatiques de la fonction publique étaient conviés à des rassemblements devant des bureaux fédéraux durant l’heure du dîner afin de manifester leur appui à leurs représentants syndicaux.

Des rassemblements ont ainsi été tenus devant les bureaux du Conseil du Trésor à Ottawa, où le syndicat attendait la présence d’environ 8 000 professionnels ainsi qu’à plusieurs endroits au Canada. Au Québec, des regroupements étaient prévus à Montréal, à Québec ainsi qu’à Saint-Hubert.

À Montréal, une trentaine de personnes étaient réunies dans le calme devant la Place Bonaventure sur le coup de midi. Aucune pancarte n’était visible, mais plusieurs manifestants portaient un gaminet bleu ou un brassard jaune arborant le logo du syndicat.

Du côté du Conseil du Trésor, un porte-parole a formulé une déclaration laconique à propos du litige qui l’oppose aux professionnels des systèmes d’information.

« Le gouvernement est favorable au processus de négociation enclenché pour la nouvelle convention collective, et nous négocions pour avoir une entente qui est acceptable pour l’employeur, les employés et les contribuables canadiens », a indiqué Patrick Robert, l’attaché de presse de l’honorable John Baird, président du Conseil du Trésor.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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