PGI à code source libre : qui… et quand ?


Jean-François Ferland - 26/04/2006

Les progiciels de gestion intégrés à code source libre font jaser, mais leur adoption au Québec se fait attendre. Trois observateurs du marché partagent leurs points de vue.

Les progiciels de gestion intégrés (PGI) à code source libre susciteraient un intérêt croissant, mais qu’en est-il de leur adoption au Québec ? Les conseillers démontrent du scepticisme, alors qu’un intégrateur démontre de l’optimisme.

Luc Archambault, conseiller en développement des affaires électroniques dans la région de Québec Chaudière-Appalaches, œuvre auprès de PME dans le secteur manufacturier. Il indique que les progiciels de gestion intégrés en code source libre ne sont pas sur le point de faire une percée dans ce secteur.

« L’open source, ça fait peur à une PME » affirme M. Archambault. Cette approche comporte beaucoup d’avantages, mais aussi beaucoup de risques. On dit que cela va coûter moins cher parce que c’est en code source libre, mais l’entreprise est alors liée à l’intégrateur et à la personne qui va paramétrer la solution, et je pense que les PME sont frileuses à cet égard. »

M. Archambault précise que la disponibilité des ressources spécialisées en code source libre constitue un autre facteur déterminant. « À Québec, il y a des propositions en code source libre et même une communauté qui couvre divers types de solutions. Mais les personnes qui développent en code source libre qui sont connues et qui ont une entreprise se comptent sur les doigts d’une main. Il y a beaucoup plus de [joueurs comme] Microsoft que ceux en open source sur le marché. Les gens ne sont pas prêts à s’y lancer », explique-t-il.

Tendance au conservatisme

La Société-conseil Lambda oeuvre en services-conseils en matière de TIC à Québec et à Montréal auprès d’organisations gouvernementales et privées. Son vice-président associé Gilles Charron fait le même constat à propos des PGI à code source libre.

« Dans les grandes corporations, qu’elles soient privées ou publiques, la tendance ne va pas en ce sens. Elle peut exister sur les marchés mondiaux ou américains, parce que l’open source est partout…Sauf qu’elle surviendra ici dans un avenir qui est plus loin que proche », estime-t-il.

« Qui dit ERP dit intégration dans l’ensemble d’une entreprise, et en ce sens les organisations sont plutôt conservatrices. Les grandes banques ou les ministères optent pour une approche de standardisation, mais selon une approche classique tout simplement pour une question de gestion du risque », ajoute M. Charron.

Tout comme Linux

Du côté des promoteurs des solutions à code source libre, on affirme que l’intérêt pour les PGI de la sorte est en croissance.

James Garand est responsable du bureau canadien de Global Era, une firme qui offre des services d’implantation du PGI à code source libre de l’entreprise américaine Compiere. Il explique que l’intérêt, après les petites entreprises, provient d’organisations dont le chiffre d’affaires est supérieur à 250 M$ et qui oeuvrent dans des domaines verticaux variés comme la logistique, les communications et le manufacturier.

« Les adeptes de la première vague étaient situés sur la côte Ouest des États-Unis, puis l’intérêt s’est déplacé vers l’est jusqu’à New York et atteint maintenant le Canada. Linux a connu la même progression au niveau des adeptes hâtifs pour finalement arriver ici. Pour les progiciels, nous sommes au milieu de la courbe d’adoption. »

De deux à trois par année initialement, le nombre d’implantations en cours aurait atteint la douzaine au cours de la dernière année, assez pour tenir occupée la firme de M. Garand.

« Depuis six à douze mois, nous remarquons un changement de la perception de la gratuité du logiciel à celle d’un rendement sur capital investi au niveau de la configuration du logiciel selon les besoins et de la possibilité de changement des technologies en arrière-boutique. Ceci constitue un gros avantage pour l’adaptation du produit selon des besoins spécifiques et les entreprises en ressortent encore gagnantes au niveau des coûts. »

M. Garand croit que l’impulsion d’adoption de ce type de progiciel se poursuivra en 2006 et franchira le seuil critique en 2007.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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