Perspectives économiques : 
vent d’optimisme sur l’industrie des TI


    André Ouellet - 05/01/2011

    À l’aube de 2011, l’enthousiasme est palpable dans le secteur des TI. La conjoncture plus favorable prédite par de nombreux observateurs et les promesses de modèles comme l’informatique en nuage incitent les entreprises à revoir leurs façons de faire en prévision de jours meilleurs. Dans quelle mesure les organisations TI du Québec sauront-elles en tirer profit ?

    Selon le magazine ComputerWorld , 2011 pourrait être le signal attendu par de nombreuses entreprises pour accroître investissements et dépenses après de longs mois de restrictions. Et, dans ces organisations, le retour à la croissance entraînera vraisemblablement l’acquisition de nouvelles technologies. D’après IDC, l’accroissement des dépenses par rapport à 2010 serait de l’ordre de 7,8 % pour le matériel, de 5,3 % pour le logiciel, de 4 % pour l’impartition et 3,5 % pour les services liés aux projets. Cette situation a cours au sud de la frontière plus particulièrement mais, à coup sûr, elle se répercutera sur le Québec et le Canada.

    En 2011, les entreprises garderont le cap sur les technologies dites économiques. À cet égard, la virtualisation – déjà populaire avant la récession – demeurera en tête de liste selon ComputerWorld , suivie de l’informatique en nuage (ou infonuagique), du logiciel service (SaaS) et, dans une moindre mesure, de l’analyse commerciale (business analytics). Chez IDC, on estime que les transformations nécessaires à une croissance des technologies Internet se produiront en 2011. Plus précisément, la firme croit que l’on assistera au passage de l’adoption précoce de certaines technologies mobiles à une utilisation grand public.

    Le Québec semble suivre ce mouvement. Ayant fait leurs premiers pas en 2010 et au cours des années précédentes dans l’exploitation de l’informatique en nuage – ainsi que d’autres domaines de pointe tels que les réseaux sociaux et le logiciel libre – les organisations québécoises pousseront l’expérience plus loin dans les mois à venir et chercheront à mesurer les avantages qu’elles peuvent en retirer, comme le souligne Patrice-Guy Martin, président-directeur général du Réseau Action TI.

    Nouvel élan attendu

    En fait, l’essor des technologies avant-gardistes pousse les entreprises à innover. Dans un sondage effectué l’été dernier par l’Association québécoise des technologies (AQT) auprès de 313 entreprises du secteur des TI, 77 % des pdg consultés classent l’innovation parmi les trois principaux enjeux de leur organisation. Il s’agit là d’une donnée nouvelle par rapport aux sondages des années précédentes. Selon la présidente-directrice générale de l’AQT, Nicole Martel, ce phénomène peut s’expliquer par la nécessaire adaptation à la mobilité et aux autres tendances, lesquelles forcent les entreprises à composer avec plusieurs plateformes. « Il ne suffit plus qu’une solution fonctionne sur des postes client-serveur », dit-elle. Par ailleurs, le sondage de l’AQT révèle un désintéressement de la part des dirigeants TI à l’égard du financement. Cet état d’esprit découle des difficultés particulièrement grandes auxquelles font face les entreprises afin d’obtenir des prêts et des fonds de capital de risque, indique Mme Martel. Résultat : les pdg consultés se tournent plutôt vers la conquête de nouveaux marchés. Il s’agit, dans le sondage, de l’enjeu considéré comme le plus important par la plus forte proportion (37 %) de chefs d’entreprise. Selon la pdg de l’AQT, on peut y voir un indice de reprise, une poussée visant à rattraper le terrain perdu après quelque 18 mois de recul des ventes. Le même constat est fait par le vice-président de LGS en poste à Québec, François Dion. Selon lui, on sent une volonté de changement en matière de technologie, notamment au sein du secteur public, et il est important de ne pas freiner cette impulsion en 2011. « Nous devons poursuivre la modernisation de l’appareil public en mettant en place des programmes qui coûtent moins cher à administrer et qui s’appuient sur des projets informatiques mettant l’innovation et la créativité à contribution », précise-t-il. Le regain de vitalité annoncé dans le secteur ne doit pas être vu comme une panacée, toutefois. Nous devons aussi nous assurer de tirer notre épingle du jeu, prévient M. Dion. À cette fin, il est crucial de responsabiliser les intervenants clés dans le cadre des projets informatiques et de veiller à ce que ces derniers permettent d’accroître la productivité des organisations. Ainsi seulement pourrons-nous « demeurer concurrentiels en tant que peuple », croit-il.

    Dans cette veine, Françoys Labonté, directeur du développement, de la R&D et de la commercialisation au CRIM, est d’avis que les questions entourant les TI et la santé continueront à marquer le secteur public et l’ensemble de la société québécoise en 2011. Du reste, il souligne que la première stratégie sur l’économie numérique, qui sera publiée par le gouvernement fédéral le printemps prochain et pour laquelle de nombreuses consultations ont été réalisées, constituera assurément un événement important dans l’industrie canadienne des TI cette année.

    Esprit de collaboration

    Afin de mieux assurer la reprise, les dirigeants d’entreprise n’ont pas l’intention de travailler en vase clos. Au sein de l’AQT, entre autres sources, on constate une ouverture tangible chez les organisations TI à l’égard du réseautage. Puisque l’accès au financement se révèle ardu, elles cherchent à conclure des alliances et des partenariats, indique Nicole Martel. Pour la pdg de l’AQT, cette volonté de collaboration est une indication que les entreprises du secteur visent à acquérir une expertise dans un champ particulier et qu’elles choisissent de regrouper leurs forces afin de mieux compléter leur offre. Déjà présent en 2010, ce penchant s’accentuera cette année, selon les constations de l’AQT. Il pourrait s’agir d’un phénomène d’autant plus important que, même si les organisations TI accroissent leurs investissements technologiques en 2011, elles n’ont pas pour autant l’intention d’embaucher du personnel supplémentaire, d’après ComputerWorld . Il est permis d’établir un lien entre l’ouverture à la collaboration et le concept d’innovation ouverte, qui existe à l’échelle mondiale et dans le cadre duquel les entreprises font appel non seulement au code source libre, mais à des ressources beaucoup plus vastes à l’extérieur de leurs murs – produits, compétences et savoir-faire notamment. Selon M. Labonté, la tendance à l’innovation ouverte se poursuivra en 2001. À cet effet, il mentionne tout particulièrement l’externalisation en nuage (cloud sourcing), qui consiste à déterminer de quelle façon et à quel moment faire appel aux ressources infonuagiques offertes dans le marché.

    Pour François Dion, de LGS, la collaboration est essentielle à l’essor du Québec. « Les firmes de TI, le gouvernement et l’ensemble de l’industrie doivent travailler ensemble afin que les projets de modernisation dont nous avons absolument besoin procurent des avantages à la hauteur des attentes, indique-t-il. Tous ensemble, nous devons nous donner des objectifs et les moyens de les atteindre. »

    Vigueur incertaine

    S’il ne fait pas de doute que l’industrie des TI bénéficiera de la reprise économique attendue en Amérique du Nord et dans le monde, on ne peut encore pavoiser, toutefois. Selon les prévisions de Gartner, les dépenses au sein de l’industrie mondiale vont augmenter de 3 % cette année, atteignant 2 500 milliards de dollars. Par contre, il faudra attendre 2012 ou 2013 pour voir les budgets TI ramenés aux niveaux d’avant 2008 dans plusieurs industries verticales clés comme le secteur manufacturier et les services financiers. Le Québec et le Canada s’en sont plutôt bien tirés en 2010 et depuis le début de la crise. Cependant, Gartner prévoit que, cette année, le dynamisme de l’industrie mondiale des TI proviendra en grande partie des pays émergents, dont la performance sera grandement supérieure à celle des pays développés. Voilà le contexte dans lequel l’industrie québécoise des TI doit relever le défi de tirer pleinement profit du redressement anticipé en 2011.