Hibe.com met de l’avant la gestion de l’identité en ligne


Denis Lalonde - 23/02/2010

Alors que le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada vient de lancer une 2e enquête sur les pratiques de Facebook, une société en démarrage québécoise tentera cet été de percer la cuirasse des géants mondiaux du réseautage en ligne en mettant de l’avant un concept « d’utilitaire social de gestion de l’identité ».

Hibe.com, propriété de la montréalaise Shopmedia, se veut en quelque sorte un site Internet où l’utilisateur est en contrôle total de son identité (et donc de sa vie privée) en ligne. C’est ce qu’explique le président de la société, Jean Dobey, un ressortissant de la Côte-d’Ivoire arrivé au Québec en 1993 et entre autres titulaire d’une maîtrise en génie chimique de l’école Polytechnique.

Le site est actuellement accessible en version bêta et devrait faire officiellement son entrée sur la Toile en juin ou en juillet.

Hibe.com mise sur les concepts de « Facets » et de « Booklets » pour se différencier de ses compétiteurs que sont les Facebook, LinkedIn et Twitter de ce monde. « Les Facets représentent les différentes facettes de la vie d’un individu, qu’il s’agisse de sa famille, de ses amis ou de ses collègues de travail, tandis que les Booklets constituent des thématiques de discussion comme le sport, la politique ou les technologies de l’information », précise Jean Dobey.

Ce dernier croit que les internautes cherchent, en fréquentant les réseaux sociaux, à répliquer leur vie réelle dans le monde virtuel en éliminant les contraintes physiques qui y sont liées. « C’est compliqué de parler à 200 personnes en même temps dans le monde réel, mais c’est très facile de le faire sur le Web », illustre-t-il.

Le juste reflet de la vie privée

M. Dobey croit par ailleurs que le fait de publier une réflexion ou une photo à tous ses contacts n’est pas un juste reflet de la vie privée dans le monde réel. « Un individu doit pouvoir choisir avec qui il veut partager ses photos, ses vidéos ou ses réflexions. C’est à lui de décider ce qu’il veut faire de sa vie privée. C’est ce que nous proposons avec Hibe.com », dit-il.

Le site permet par exemple de partager des photos uniquement avec des membres de sa famille, de clavarder avec un ou deux amis ou d’envoyer des messages à tous. De plus, seules les personnes qui y auront été invitées pourront commenter une discussion et voir les répliques écrites par les autres contacts.

Le modèle d’affaires

Le modèle d’affaires de Hibe.com repose sur deux fondements. Le forfait de base de chaque membre donne la possibilité de créer trois Facets gratuitement. Par la suite, les internautes qui le désirent peuvent payer un montant de 25 dollars par année pour pouvoir créer jusqu’à 10 Facets. « Nous souhaitons vendre à nos membres des outils pour les aider à mieux gérer leur vie privée selon leurs besoins», explique Jean Dobey.

Pas de publicité directe

Hibe.com mise également sur la publicité sur demande pour aller se chercher des revenus. « Si nous acceptons les publicitaires, il nous faudra exposer une partie des profils de nos usagers, ce qui entre en conflit avec notre mission première qui est de protéger leur vie privée », raconte Jean Dobey.

Le président de Shopmedia cite en exemple un membre qui aurait décidé de se créer un Booklet sur le constructeur Porsche. Ce dernier aurait le droit de demander à Hibe.com de lui faire parvenir toute la documentation disponible sur les véhicules de l’entreprise.

« Notre rôle sera de servir d’intermédiaire entre Porsche et l’utilisateur, ce qui nous permettra de réclamer une sorte de commission à l’entreprise », dit M. Dobey.

Jean Dobey espère que Hibe.com comptera environ 500 000 usagers d’ici la fin de l’année. Il soutient que la société peut être rentable d’ici trois ans si elle compte alors entre 2,5 et 3 millions de membres.

Hibe.com tentera d’abord de séduire les internautes de 18-35 ans en Amérique du Nord. L’entreprise soutient que c’est ce public cible qui a les plus grands besoins en matière de gestion de la vie privée en ligne.

Avant le lancement

Shopmedia vient tout juste de procéder à la mise à pied d’une quinzaine d’employés, soit environ la moitié de son personnel. M. Dobey explique que ce virage était prévu et nécessaire car les besoins de la société ont changé depuis la mise en ligne de la version bêta du site Internet. « Nos besoins en services d’ingénierie ne sont plus aussi importants. Par contre, à un peu moins de six mois du lancement officiel, nous souhaitons améliorer le côté visuel du site, ce qui nécessitera l’embauche de programmeurs et de graphistes », dit-il.


Shopmedia négocie avec Virtual Artifacts

Shopmedia souhaite procéder à une prise de contrôle inversée d’une autre entreprise montréalaise, Virtual Artifacts, pour mieux refléter la mission de l’entreprise et lui permettre de se mettre de côté une mésaventure avec l’Autorité des marchés financiers (AMF).

« Shopmedia, c’est un nom qui fait très transactionnel. Cela ne reflète pas vraiment le modèle d’affaires de Hibe.com qui mise sur la gestion de la vie privée en ligne », raconte Jean Dobey.

De plus, M. Dobey estime que la réputation de Shopmedia a été entachée par une enquête de l’AMF qui a abouti à une pénalité administrative d’un peu plus de 172 000 dollars.

Le porte-parole de l’AMF, Sylvain Théberge, raconte que Shopmedia a reçu cette pénalité au terme d’une enquête qui aura duré de 2007 à 2009 parce qu’elle a négocié des titres sans avoir préalablement produit un prospectus. « La société n’était pas mal intentionnée, mais elle a commis une faute de nature administrative », dit M. Théberge.

Shopmedia a normalisé son statut auprès de l’AMF en mai dernier.

Si la transaction avec Virtual Artifacts se concrétise dans un avenir rapproché, Jean Dobey tentera par la suite d’obtenir des investissements privés qui permettraient à la nouvelle entité de pouvoir subvenir à ses besoins jusqu’à ce qu’elle soit rentable. À son avis, cela représente un montant de 2,5 à 3 millions de dollars par année en incluant les travaux de recherche et développement.


Portrait de Jean Dobey

• Âge : 40 ans

• Arrivée au Canada en 1993 et entrée à l’École Polytechnique de Montréal

1995: Création de l’entreprise Comicage Entertainment qui vend des albums de bandes dessinées aux É-U et au Canada 

1999 : Comicage commence à vendre en ligne via eBay

2001 : Fondation de Xelion Technologies, qui mène à l’obtention d’un premier brevet en commerce électronique et au développement du premier prototype de plateforme électronique, qui constituera plus tard la base de l’offre de Shopmedia

2006 : Démarrage de Shopmedia

2009 : Démarrage du projet Hibe.com

Denis Lalonde est rédacteur en chef du magazine Direction informatique.




À propos de Denis Lalonde

Denis Lalonde est rédacteur en chef chez Direction informatique, développant des contenus et services uniques pour les spécialistes des technologies de l’information en entreprise à travers la province de Québec, tant à l’imprimé que sur le Web. Il s’est joint à IT World Canada, l’éditeur de Direction informatique, après avoir travaillé plus de cinq ans chez Médias Transcontinental pour les publications LesAffaires.com et le Journal Les Affaires. Journaliste accompli à l’aise sur toutes les plateformes médiatiques, Denis a également travaillé au Journal de Montréal, au portail Internet Canoë et au Réseau de l’information (RDI).
Twitter: DenisLalonde


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