Croître ou vendre?


Denis Lalonde - 14/04/2010

Les propriétaires de petites et moyennes entreprises présentes dans l’industrie des technologies de l’information et des communications (TIC) auraient tout intérêt à toujours trimballer deux stratégies dans leur valise, au cas où…

Mark Herndon, président de la société texane Parkwood Advisors, qui se spécialise dans les fusions et acquisitions, croit en effet que la stratégie de vente est aussi importante que le plan de croissance pour les entreprises.

« Ce que je dis à mes clients, c’est que le meilleur moment pour vendre une entreprise survient lorsque quelqu’un veut l’acheter. Il est impossible de prédire quand une stratégie de vente peut s’avérer nécessaire », raconte M. Herndon, en marge de l’événement Vision PDG qui s’est tenu à la mi-février à Mont-Tremblant.

Ce dernier explique l’histoire d’un entrepreneur qui est venu le voir en septembre 2008 (au moment de l’effondrement de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, qui s’avéra l’élément déclencheur de la récession et de la crise du crédit). « À ce moment, il venait de commencer à penser à vendre sa société, mais n’avait rien planifié en ce sens. Il était bien conscient que le marché venait de basculer à l’avantage des acheteurs et que la valeur de son entreprise avait grandement diminué », dit-il.

M. Herndon soutient que les entrepreneurs doivent y penser longtemps à l’avance, entre 12 et 24 mois, avant de pouvoir établir un plan de vente qui maximisera la valeur de leur entreprise.

« Outre les cycles économiques, certains dirigeants peuvent se lever un matin et en venir à la conclusion qu’ils ne sont plus en mesure de poursuivre leur travail pour quelque raison que ce soit. À ce moment, le plan de vente ou de succession doit être prêt », affirme-t-il.

Vendre à qui?

Mark Herndon encourage les propriétaires d’entreprises à d’abord définir quel est leur objectif en tant que dirigeant. Pour certains, il peut s’agir de créer de la valeur pour les générations futures ou de récompenser la loyauté de certains employés : « D’autres tenteront d’aller chercher un partenaire financier ou stratégique, tel qu’un fonds de capital de risque ou une société de financement par capitaux propres, et resteront en poste quelque temps pour assurer une transition », explique-t-il.

Selon leur décision, les dirigeants pourront décider de vendre à un membre de leur famille, un employé, un organisme de charité, un copropriétaire ou à une autre entreprise. Dans le cas des transactions avec des partenaires financiers ou stratégiques, qui peuvent inclure un premier appel public à l’épargne en Bourse, les entrepreneurs devront aussi décider s’ils préfèrent demeurer en poste ou quitter.

L’industrie des TIC loin devant

M. Herndon soutient que les dirigeants d’entreprises en TIC ne font pas exception à la règle et doivent eux aussi être bien préparés. Il entrevoit une année 2010 très occupée au niveau des fusions et acquisitions.

« L’industrie du logiciel est un indicateur avancé de la vigueur d’une reprise économique. Les investissements ont été vraiment faibles au cours des 24 à 30 derniers mois et nous sommes sur le point d’assister à une période de rattrapage », croit-il.

Il explique que lorsque les capitaux se raréfient, les entreprises vont chercher davantage à boucler des transactions plus efficientes sur le plan du capital, dans le but de gonfler leurs margesbénéficiaires. « Les concepteurs de logiciels n’ont pas trop souffert de la crise, car ils font partie de la solution. Par exemple, une société peut repousser l’achat d’équipements très dispendieux grâce à l’adoption de nouveaux logiciels. Cela explique pourquoi, règlegénérale, les entreprises en TIC ont conservé des marges bénéficiaires supérieures à celles des détaillants ou des sociétés manufacturières l’an dernier », dit-il.

Selon une étude FactSet/MergerStat, pas moins de 1338 transactions impliquant des entreprises en TIC ont été conclues aux États-Unis en 2009 malgré la récession.

Saisie d'écran Tableau - cliquez sur l'image pour l'agrandir

C’est 64 % de plus que l’industrie des services, qui arrive au second rang avec 816 transactions. (Voir tableau)

Au total, 17 % de toutes les fusions et acquisitions survenues en 2009 aux États-Unis ont impliqué l’industrie des TIC. M. Herndon soutient que 2010 devrait être au moins aussi bonne pour les raisons évoquées précédemment.

« En 2007, lorsque l’économie tournait à plein régime, la valeur moyenne des entreprises en TIC était équivalente à 2,1 fois ses revenus des 12 derniers mois. En 2009, la valeur avait chuté à 1,8 fois les revenus des 12 derniers mois. Il y a eu une baisse de valeur en raison de la récession, mais on est loin de la catastrophe vécue par d’autres industries », dit-il.

Mark Herndon soutient également que les transactions au comptant et par échange d’actions sont plus en vogue ces derniers mois, ce qui démontre que la valeur des entreprises à capital ouvert est en progression. Il précise que lorsque la valeur des entreprises était au plus bas, dans les mois entourant les creux boursiers de mars 2009, la plupart des transactions étaient négociées au comptant seulement.

À son avis, les géants de l’industrie tels que Microsoft, Cisco Systems, Google et Oracle ont des bilans financiers sains et seront d’importants consolidateurs d’ici la fin de l’année.


Le temps d’acheter?

D’après une étude commandée par la Fédération des chambres de commerce du Québec publiée l’automne dernier, 26% des propriétaires de PME de la province songeraient à acquérir une entreprise au cours des trois prochaines années, alors que seulement 6% opteraient pour la vente.

« Les États-Unis ont souffert davantage de la récession que le Québec et le Canada. Pourquoi les entreprises de la province et du pays n’en profiteraient pas pour effectuer une percée au sud de la frontière? », se demande-t-il.

Si les entreprises ont une bonne stratégie de croissance, un bilan financier sain, une bonne compréhension de la réglementation américaine et une facilité à aller chercher du capital, M. Herndon ne voit pas pourquoi les entreprises québécoises ne sortiraient pas gagnantes d’une consolidation dans leurs secteurs d’activité.

« Durant mon séjour au Québec, j’ai pu constater que les capacités des gestionnaires à se lancer dans des expansions par acquisitions sont là, que ce soit aux États-Unis ou à l’international. La seule crainte est souvent de savoir comment s’y prendre », dit-il.

Il ajoute qu’aux États-Unis, beaucoup d’entreprises sont encore en mode survie et prêtes à négocier. « De plus, je crois qu’il ya beaucoup de similitudes entre les marchés du Texas et du Québec, qui sont très ouverts. Ce n’est pas le cas à Chicago, New York ou Los Angeles, où il est plus difficile de créer des réseaux de contacts » dit-il.

M. Herndon souligne que les entrepreneurs qui souhaitent vendre doivent se préparer à attirer le meilleur acheteur à la valeur la plus élevée possible. « C’est impossible à réaliser simplement en passant quelques coups de téléphone. Il faut prouver ce que l’on avance », affirme-t-il.

« Si un acheteur souhaite prendre de l’expansion et hésite entre trois ou quatre entreprises, c’est le dirigeant le mieux préparé qui aura le plus de chance d’être choisi comme partenaire pour aller au bal », illustre-t-il.

Mark Herndon s’est dit très impressionné par la performance du Québec au niveau du capital de risque en 2009. Selon une étude de l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement dévoilée en février, la Belle Province a attiré 430 millions de dollars en capital de risque l’an dernier, comparativement à 1 milliard de dollars pour tout le Canada.

Il s’agit d’une croissance de 10 % pour le Québec par rapport à 2008, alors que le Canada et les États-Unis ont encaissé des reculs respectifs de 27 % et de 37 %.

Denis Lalonde est rédacteur en chef du magazine Direction informatique.




À propos de Denis Lalonde

Denis Lalonde est rédacteur en chef chez Direction informatique, développant des contenus et services uniques pour les spécialistes des technologies de l’information en entreprise à travers la province de Québec, tant à l’imprimé que sur le Web. Il s’est joint à IT World Canada, l’éditeur de Direction informatique, après avoir travaillé plus de cinq ans chez Médias Transcontinental pour les publications LesAffaires.com et le Journal Les Affaires. Journaliste accompli à l’aise sur toutes les plateformes médiatiques, Denis a également travaillé au Journal de Montréal, au portail Internet Canoë et au Réseau de l’information (RDI).
Twitter: DenisLalonde


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