Profession : cybercommunicateur


Danielle Soucy - 03/02/2006

MÉRITES DU FRANÇAIS DANS LES TI Bruno Guglielminetti a reçu le Mérite du français dans les TI 2005, catégorie Médias.

Bruno Guglielminetti est arrivé en coup de vent à notre rencontre. En m’entraînant vers la cafétéria de Radio-Canada, le chroniqueur des nouvelles technologies m’explique qu’il vient de donner une causerie au sujet d’une nouvelle pratique commerciale chez les télédiffuseurs : vendre en ligne des émissions que l’internaute peut ensuite regarder sur son PC ou sur son ordinateur de poche. « Et même sur son téléphone… », ajoute-t-il en montrant son cellulaire dernier cri. La veille, il était intervenu à six reprises pour commenter deux grosses nouvelles : l’autocensure de Google à l’égard des internautes chinois et l’annonce de Microsoft, qui venait d’accepter de divulguer une partie du code source de son système d’exploitation Windows pour se conformer aux exigences de la Commission européenne.

Après notre rencontre, il ira concocter une autre présentation pendant laquelle il prévoit surgir littéralement d’un écran pour poursuivre en chair et en os une conférence commencée en mode de projection… Et c’est sans compter la rédaction quotidienne de ses nouvelles dans le Carnet techno, un carnet Web quotidien en ligne sur le site de la SRC, sa chronique hebdomadaire dans le quotidien Le Devoir et la revue des blogues politiques qu’il fait chaque semaine à l’émission de télé Les coulisses du pouvoir.

Essoufflé, Bruno Guglielminetti? L’enthousiasme qui l’anime est tel qu’on ne songe même pas à lui poser la question. De toute évidence, voilà un homme qui adore ce qu’il fait. « Moi, je me définis d’abord comme un communicateur, un vulgarisateur. Mon plaisir, je le prends à aller chercher de l’information, et à la ramener aux gens, à la rendre plus accessible. » Ce désir de communiquer est à la base de la création du Carnet techno, le carnet sur les nouvelles technologies qui a valu à son auteur le Mérite du français dans les TI 2005 dans la catégorie Médias.

« Au départ, explique Bruno Guglielminetti, le Carnet techno se voulait une simple déclinaison Web des chroniques que je faisais deux fois par jour à la radio de Radio-Canada. Mais peu à peu, c’est devenu une entité autonome, j’y ai ajouté de l’information plus pointue qui n’aurait pas pu faire l’objet d’une grande diffusion radio, mais qui avait néanmoins un intérêt pour un certain lectorat. Le Carnet techno m’a permis de créer un seul lieu où je peux ramener les auditeurs ou les téléspectateurs de Radio-Canada, quelle que soit l’émission où j’ai traité du sujet auparavant. Et ça permet des échanges fascinants avec les internautes. »

Le Carnet techno voit large : on y traite autant de téléphonie que de musique, de jeux, de logiciels, d’éducation ou de virus, (32 catégories, en fait). Comment le chroniqueur s’y retrouve-t-il dans la pléthore d’information qu’Internet propose sur les nouvelles technologies? « Depuis dix ans que je travaille dans les technologies, je me suis développé un réseau d’informateurs qui m’alimentent régulièrement. Quant à mes sources sur Internet, j’ai dans mes favoris de 100 à 125 sites fiables que je consulte assidûment. Et comme tout le monde, je fais un tri, je filtre. »

En français, s’il vous plaît! La francisation des termes techniques fait partie intégrante du travail du chroniqueur. Comme une grande part des documents qu’il consulte sont rédigés en anglais, Le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française figure parmi les outils de travail en ligne que Bruno Guglielminetti utilise régulièrement. Il affirme y trouver la réponse à ses questions dans environ 60 % des cas quand il s’agit de nouveautés – 75 % quand il s’agit de termes plus courants. « Ça me fascine… Il m’est arrivé souvent de tomber sur un mot que je n’avais jamais lu ni entendu auparavant, un truc complètement nouveau. Je vais dans le GDT – c’est un réflexe – et surprise, l’équivalent français est déjà là! Quelqu’un à l’Office y a pensé! » Et si la recherche est négative? « Souvent, je passe un coup de fil au conseiller linguistique de Radio-Canada, Guy Bertrand – on a un « téléphone rouge », lui et moi – et je lui demande son avis sur la solution que j’ai en tête. »

L’une des grandes fiertés de Bruno Guglielminetti est d’ailleurs d’avoir proposé l’emploi du terme webmestre. « C’était en 1995, j’étais à Edmonton, en Alberta. Je venais de voir un reportage sur TV5 où on parlait des bourgmestres en Belgique. Je me suis dit : tiens, pourquoi pas webmestre comme équivalent de webmaster, qu’on entendait partout? Je me suis mis à l’employer systématiquement dans mes communications, y compris avec les gens que je rencontrais dans la francophonie, car à l’époque, je voyageais pas mal pour donner des consultations. Le mot s’est implanté! »

Autre exemple : le terme sessions de clavardage, que le chroniqueur a contribué à répandre dans l’usage. « Les collègues de Radio-Canada l’employaient couramment, mais le jour où j’ai entendu des animateurs de CKOI et de Rock Détente l’utiliser, je me suis dit : ça y est! C’est passé! ». A-t-il déjà pensé qu’Internet représentait une menace pour le français? « Jamais! J’ai toujours pensé que les francophones prendraient sur Internet la place qu’ils voudraient bien prendre. Ça a commencé par les Québécois, qui sont entrés en force, puis ils se sont fait rattraper par les Français, qui ont pour eux l’avantage du nombre. Des sites en français, aujourd’hui, il y en a une multitude. Et ça continue. Maintenant, autant avec les carnets Web que dans la baladodiffusion ou même dans la vidéo pour baladodiffusion, les francophones sont là. »

Et ils peuvent compter sur Bruno Guglielminetti pour parler d’eux dans les multiples tribunes qu’il occupe.