L’assurance-qualité freine la complétion de la BDSO


    Alain Beaulieu - 01/10/2005

    PORTAIL L’intégration des données dans la Banque de données des statistiques officielles du gouvernement du Québec s’est avérée plus ardue que prévue.

    L’année 2005 devait marquer la fin du projet de création de la Banque de données des statistiques officielles (BDSO) de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), lancé en 2001 et dont une première mouture a été mise en ligne en novembre 2003. Mais cet objectif ne sera vraisemblablement pas atteint puisque l’ISQ prévoit plutôt avoir terminé, au mieux, l’intégration des données fournies par la moitié seulement des 24 partenaires du projet en décembre.

    Au moment d’aller sous presse, à la mi-août, l’intégration était complétée pour seulement six partenaires, soit le quart des ministères et organismes publics ayant adhéré au projet. Il s’agit de la Régie des rentes du Québec, du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, du ministère de la Santé et des Services sociaux, du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, du ministère des Transports et, bien entendu, de l’ISQ.

    À ces six organismes s’ajouteront, en décembre, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, la Commission des normes du travail, le ministère des Affaires municipales et des Régions, le Conseil du statut de la femme et le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles.

    Ce retard dans la réalisation du projet a poussé l’ISQ à reporter de trois ans, soit à 2008, l’échéancier prévu initialement. « Pour que le projet soit un véritable succès, il faut prendre le temps que ça prend, lance simplement Annie Giguère, directrice des TI à l’ISQ. À l’heure où on se parle, on a environ la moitié du chemin de fait. […] On a sous-estimé le temps nécessaire pour intégrer les données : on s’était donné un objectif beaucoup trop court. »

    Les douze autres partenaires qui seront intégrés au portail d’ici 2008 sont : ministère du Travail, ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, ministère de la Culture et des Communications, ministère de la Sécurité publique, ministère des Relations internationales, Commission de la santé et de la sécurité du travail, Régie de l’assurance maladie du Québec, Société d’habitation du Québec, Société de l’assurance automobile du Québec, ministère de l’Agriculture, de la Pêcherie et de l’Alimentation, Revenu Québec et ministère des Finances.

    Guichet unique

    Le projet est né de la volonté du gouvernement du Québec de mettre en place un guichet unique pour accéder aux données statistiques détenues par les différents ministères et organismes publics et ainsi offrir aux citoyens un cadre d’accès intégré aux statistiques officielles sur le Québec. Auparavant, l’utilisateur devait identifier le ministère détenant les informations qu’il recherche avant d’effectuer sa requête. Maintenant, ce n’est plus nécessaire : l’utilisateur n’a qu’à soumettre sa requête sur le portail de la BDSO (www.bdso.gouv.qc.ca).

    « Avant, quelqu’un pouvait passer trois à quatre jours à chercher la source des données qu’il a besoin et s’assurer qu’elles soient comparables pour pouvoir les jumeler », précise Mme Giguère.

    Ceci dit, avec le nouvel environnement de recherche, l’utilisateur sait quand même toujours quel ministère ou organisme a fourni l’information, par le biais d’une banderole apparaissant au bas de l’écran, car les données demeurent dans les ministères concernés, la BDSO se contentant d’établir un lien vers ces données.

    « On ne peut pas consolider toutes les données dans une seule base de données, pour des raisons de protection des renseignements personnels, explique la directrice. Alors, selon l’entente qui a été conclue, les données sont diffusées via la BDSO, sont documentées et normalisées selon la nomenclature entendue, mais restent dans les ministères. Pour que le partenariat fonctionne, il ne fallait pas que les partenaires perdent leur visibilité. Le producteur de la donnée est toujours identifié, à l’écran, avec les mises en garde, alors si l’utilisateur veut avoir un conseil, il peut toujours se référer au producteur. »

    « On travaille ensemble, dans le fond, pour améliorer la qualité du système de statistique québécois et il y a plusieurs dimensions à la qualité, ajoute-t-elle. L’une de ces dimensions porte sur l’accessibilité, le fait d’avoir une seule porte d’entrée répond à ce besoin-là, tout comme le fait de documenter l’information. Une autre façon d’améliorer la qualité du système de statistique est de faire en sorte que l’information puisse être comparable, ce que permet sa standardisation. Tout le monde ne produisait pas les données sur la même base, même si elles concernaient un même domaine d’activités. »

    C’est d’ailleurs cet effort de standardisation et de documentation qui explique le retard pris par le projet, l’obtention du consensus requis pour assurer la standardisation de l’information ayant été plus ardu que prévu. La petitesse de l’équipe qui réalise le projet, qui est d’à peine huit personnes, doit aussi être imputée.

    « Le principal défi, c’est le guichet unique, affirme Mme Giguère. Il fallait s’entendre sur une façon de faire un guichet unique qui satisfasse tous les partenaires. Des projets en partenariat au gouvernement, il n’y en a pas beaucoup qui fonctionnent. Identifier la statistique officielle, la documenter et la rendre comparable, ça représente un effort considérable, ce qui fait qu’il y a des ministères qui sont plus ou moins prêts et que ça prend un peu plus de temps que prévu.  »

    La difficulté n’était absolument pas technologique, assure la directrice, et ce, bien que le projet ait fait intervenir trois fournisseurs différents, à savoir Oracle, pour l’entrepôt de données, le serveur d’applications et le système de modélisation des données, Telus, pour le système de construction de pages Web, et Korem, pour le système de cartographie des données.

    Commentaires positifs

    Bien que le projet ne soit pas encore complété, les utilisateurs de la BDSO, soit des professionnels (chercheurs, journalistes, analystes…) et des membres du grand public, dans une plus grande proportion, ont des commentaires positifs à son endroit.

    « Le fait de réduire les coûts et les délais de recherche, ça, c’est gagnant, on le voit dans nos statistiques de fréquentation. Les gens viennent chercher des informations et ils y restent assez longtemps ; ça montre qu’il y a de la matière, croit Mme Giguère.

    « On a aussi beaucoup de commentaires à l’effet que les données qu’on trouve dans la BDSO sont précises et détaillées et que leur interprétation est facile à faire, étant donné qu’elles sont bien documentées. Un chiffre tout seul, on peut lui faire dire à peu près n’importe quoi, mais avec la BDSO, on a la métadonnée qui vient avec et les mises en garde. La BDSO est de plus en plus utilisée au gouvernement pour la prise de décision. C’est sûr que tout ça était possible avant, mais il fallait consulter un spécialiste pour interpréter les données et ça, ça ajoutait des délais. »

    Outre le parachèvement de l’intégration des données, l’équipe de Mme Giguère s’affairera au cours des prochains mois et années à accroître la convivialité de l’interface et l’accessibilité de l’information, par la prise en charge notamment des normes W3C (World Wide Web Consortium) et WAI (Web Accessibility Initiative).

    « On veut ajouter des normes internationales à la BDSO pour rendre la navigation plus facile pour l’utilisateur et rejoindre les personnes aveugles. On a déjà implanté la norme WAI dans le site corporatif de l’ISQ et on va le faire dans la base de données. La dimension de la qualité de l’information est très importante », réitère la directrice.

    wwww.stat.gouv.qc.ca