Sécurité avancée: les défis de l’industrie québécoise


Jean-François Ferland - 20/10/2010

Selon une étude de l’Alliance CATA, les difficultés de recrutement de main-d’oeuvre, les carences en soutien gouvernemental et les enjeux liés au financement sont les principaux obstacles au développement de l’industrie de la sécurité avancée au Québec.

Selon le rapport de l’édition 2010 du Profil de l’industrie de la sécurité avancée au Québec de l’Alliance canadienne pour les technologies avancées (Alliance CATA), qui a été produit à partir d’un sondage réalisé par la firme Sciencetech Communications, 65 % des entreprises québécoises qui sont actives dans ce domaine ont identifié le recrutement de personnel qualifié comme étant le principal obstacle au développement de l’industrie. Parmi ces derniers répondants, 97 % des entreprises qui souhaitent embaucher du personnel en 2010 ont mentionné le recrutement comme étant leur obstacle principal.

Lors d’une étude similaire réalisée en 2003, 16 % de l’ensemble des entreprises québécoises en sécurité avancée avaient qualifié l’embauche de personnel d’obstacle principal au développement de l’industrie. En comparaison, 48 % des entreprises situées dans le reste du Canada ont identifié en 2010 l’embauche de personnel comme étant un obstacle majeur.

« L’effort accompli par les universités en matière de formation de sécurité de l’information est fondamental, mais il n’est pas suffisant », indique le rapport. « L’université ne constitue qu’un des volets de la formation en sécurité, l’autre étant entre les mains des entreprises et associations spécialisées du secteur privé […] L’infrastructure de formation existe. Par contre, la volonté politique de mobiliser le réseau de la formation ainsi que l’industrie, fait défaut », ajoute-t-on en évoquant la fermeture récente de deux centres de recherche et formation au Canada, dont l’ISIQ au Québec.

D’ailleurs, 56 % des entreprises québécoises en sécurité avancée estiment que le manque de soutien gouvernemental constitue l’obstacle principal au développement de leur industrie. « Nos gouvernements ne participent pas aux associations internationales en sécurité. Ils doivent aider à changer les règles du jeu, à développer une culture de la sécurité au Québec », estime Jean-Guy Rens, le vice-président de l’Alliance CATA.

L’obtention de financement est identifiée comme un autre obstacle important au développement de l’industrie de la sécurité avancée par 49 % des entreprises. La concurrence étrangère (46 %), la concurrence locale (37 %) et le protectionnisme américain (17 %) sont les autres obstacles identifiés. Le quart des entreprises ne verrait pas d’obstacle à affronter pour l’industrie.

Variables de progression

Le profil de l’industrie québécoise de la sécurité avancée identifie trois variables qui peuvent contribuer au développement de cette industrie.

« La sécurité avancée doit se débarrasser de son image associée aux TIC, et l’industrie doit développer une offre qui s’imbrique dans la gouvernance d’entreprise. Trop souvent le responsable de la sécurité se rapporte au responsable des technologies de l’information, ce qui prévient la montée de l’information jusqu’à la haute direction », indique M. Rens.

« Il faut aussi développer une offre qui est adaptée à la petite et à la moyenne entreprise, soit en divisant l’offre présentement conçue en fonction des grandes organisations, soit en développant des matrices applicables rapidement à un prix unique. »

« Pour remédier au manque de personnel qualifié, le gouvernement doit encourager la formation par tous les moyens possible, et établir une politique de sensibilisation des femmes qui ne sont pas assez présentes dans l’industrie », ajoute M. Rens en soulignant que l’embauche de main-d’oeuvre immigrante constitue une piste de solution.

Consolidation

Pour l’édition 2010 du profil de l’industrie au Québec, la firme Sciencetech Communications a identifié 167 entreprises oeuvrant dans le domaine de la sécurité avancée dont 54 %, soit 90 entreprises, ont accepté de participer à l’étude. Pour la réalisation d’un profil similaire en 2003, on avait identifié 181 entreprises présentes au Québec dont 51 %, soit 92 organisations, avaient accepté de participer à l’enquête. Selon M. Rens, cette diminution du nombre d’entreprises oeuvrant en sécurité avancée démontre une consolidation de l’industrie à la suite de fermetures, de fusions et d’acquisitions.

À l’échelle canadienne, 611 entreprises effectuent des activités en sécurité avancée, soit 444 entreprises hors du Québec.

48 % des entreprises québécoises oeuvrant en sécurité avancée comptent d’un à cinq employés, alors que 4 % comptent plus de cent employés. Dans le reste du Canada, 33 % des entreprises comptent d’un à cinq employés, tandis que 10 % des entreprises comptent plus de cent employés.

Joueurs « hybrides »

Au Québec, 64 % des entreprises actives en sécurité avancée sont des entreprises spécialisées, alors que 36 % sont des entreprises « hybrides » qui oeuvrent dans plus d’un secteur. Toutefois, 59 % des emplois associés à la sécurité avancée sont situés au sein d’entreprises hybrides, contre 41 % au sein d’entreprises spécialisées.

Les entreprises hybrides sont surtout de grandes organisations, comme des fournisseurs de services de télécommunications, des firmes de service-conseil et des prestataires de services professionnels Environ 1 % de leurs revenus proviendrait d’activités en sécurité avancée, mais elles compteraient plusieurs dizaines d’employés attitrés à ce domaine.

Les entreprises spécialisées, de leur côté, sont surtout des petites entreprises et des micro-entreprises. L’entreprise québécoise oeuvrant uniquement en sécurité avancée qui compte le plus d’employés est Silanis Technology de Montréal qui emploie 75 personnes, dont 70 sont au Québec.

Exportations

L’étude 2010 de l’industrie québécoise de la sécurité avancée révèle que 54 % des entreprises exportent 100 % de leurs produits et services hors du Québec, que 37 % vendent leurs produits seulement au Québec et que 9 % desservent les marchés intérieur et extérieur.

Hors du Québec, 33 % entreprises québécoises en sécurité avancée desservent seulement des marchés dans les autres provinces et territoires canadiens, 12 % vendent à l’étranger seulement et 56 % sont actives partout hors du Québec.

Par ailleurs, 52 % des entreprises québécoises actives en sécurité ont l’intention de développer de nouveaux marchés hors Québec. Les marchés de l’Europe, des États-Unis et du reste du Canada ont été fréquemment mentionnés par les répondants, mais très peu ont évoqué l’Asie.

Recherche et développement

Selon l’étude réalisée pour le compte de l’Alliance CATA, 56 % des entreprises québécoises actives en sécurité avancée font de la recherche et développement et 41 % n’en font pas. Dans le reste du Canada, le deux tiers des entreprises en sécurité avancée font de la R-D.

Selon les auteurs de l’étude, ce niveau relativement moindre de R-D au Québec s’expliquerait par la forte présence de fournisseurs de services, dont 57 % ne font pas de recherche et développement. Toutefois, presque tous les éditeurs de logiciels et fabricants de matériel en exécutent.

45 % des entreprises québécoises en sécurité avancée qui font de la R-D créent de nouveaux produits et 39 % améliorent des produits existants. La vidéosurveillance, la cryptographie et la mobilité sont les trois domaines où les entreprises québécoises effectueraient le plus de R-D.

En 2003, neuf entreprises québécoises sur dix disaient faire de la R-D. La diminution du nombre d’entreprises en fabrication d’équipement et en édition de logiciels au Québec au cours des dernières années expliquerait le repli noté en 2010.

Jean-François Ferland est rédacteur en chef adjoint au magazine Direction informatique.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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