L’informatique centralisée sur les bancs d’école à Thetford Mines


Jean-François Ferland - 17/12/2009

Le Cégep de Thetford initie ses étudiants en informatique à la gestion des ordinateurs centraux à l’aide d’un ordinateur américain et d’Internet. Pour combler un manque de main-d’oeuvre, l’institution collégiale compte offrir un diplôme technique spécialisé… lorsque Québec donnera le feu vert.

Les institutions d’enseignement du Québec offrent aux étudiants une formation dans une variété de domaines des technologies de l’information et des communications, comme le jeu vidéo, le multimédia, la réseautique, la programmation et… la gestion des ordinateurs centraux.

Situé à Thetford Mines, dans la région de Chaudière-Appalaches, le Cégep de Thetford compte présentement 27 étudiants dans les trois années de son programme en technique de l’informatique. Cette institution a la particularité d’être la seule au Québec à procurer aux étudiants de façon active une formation en informatique centralisée. D’ailleurs, les ordinateurs centraux font partie du curriculum de l’institution depuis 37 ans.

Michel Pelletier, chargé de projet et enseignant au département d’informatique, explique que c’est à la troisième année du programme d’informatique de gestion que les étudiants, dans le cadre d’un cours de 45 heures, utilisent à distance via Internet un ordinateur zSeries d’IBM. Cet ordinateur est situé à l’université privée Marist College, à Poughkeepsie dans l’État de New York. IBM, qui exploite une usine d’assemblage à proximité fournit gratuitement un accès à la machine ainsi que des logiciels au cégep québécois.

« On ne se cachera pas que les étudiants sont attirés par les jeux vidéo et d’autres disciplines, mais le programme que nous offrons en est un d’informatique de gestion : quand on sait que 60 % à 70 % des systèmes dans le monde fonctionnent encore en langage COBOL sur des ordinateurs centraux, nous considérons être « en plein dedans » », indique M. Pelletier.

« Aussi, IBM a fait beaucoup d’efforts depuis 2000 pour rajeunir un peu l’image des ordinateurs centraux, avec le développement de nouveaux logiciels comme le serveur d’applications WebSphere et [la possibilité d’exploitation de] Linux. »

M. Pelletier précise que le collège souhaite détenir un jour son propre ordinateur central « virtuel ». Il s’agirait d’une partition d’un ordinateur central, situé dans un centre d’IBM à Dallas au Texas, qui serait utilisé et géré de façon autonome par le cégep.

Selon des statistiques compilées par l’institution, environ 25 % des finissants du cégep de Thetford se dirigent vers l’informatique centralisée. « C’est quand même très bien, compte tenu que ce n’est pas un secteur qui est propice à attirer les jeunes comme tel. Dans certains cas, ils peuvent avoir un boni salarial s’ils s’y orientent », souligne M. Pelletier.

Enjeux de relève… et d’accréditation

zSeries d'IBM

Un ordinateur central zSeries d’IBM

Pour les stages qui sont réalisés en troisième année de programme, les étudiants du Cégep de Thetford seraient en très forte demande auprès d’utilisateurs d’ordinateurs centraux, entre autres dans les gouvernements, les institutions bancaires et les entreprises. Alors que la relève en main-d’oeuvre apte à gérer cette forme de traitement informatique constitue un enjeu important, l’institution collégiale souhaite ajouter une corde à son arc.

Le Cégep de Thetford oeuvre au développement d’une formation spécialisée d’un an, soit un diplôme spécialisé d’études techniques (DSET), à l’intention de détenteurs d’un DEC en informatique qui veulent faire le saut du côté des ordinateurs centraux. Des interactions sont réalisées avec une quinzaine d’employeurs du Québec pour analyser les situations de travail et les besoins, afin d’offrir un programme qui répond aux besoins de l’industrie.

« En ce moment, les employeurs au Québec sont obligés d’engager des gens qui ont un DEC en informatique, mais qui n’ont pas de formation en informatique centralisée, et de les former à leurs frais. Cela monopolise des ressources à l’interne », relate M. Pelletier.

« Le marché que nous visons est celui du remplacement de cette formation en interne par une formation que nous donnerions nous-mêmes au cégep. Les employeurs continueront d’engager des diplômés sans formation, mais nous les formerons en entreprise, par une formation à distance en mode synchrone via Internet », explique-t-il.

Or, le Cégep de Thetford a fait une demande au ministère de l’Éducation du Québec, il y a plusieurs mois, obtenir la permission d’offrir un DSET. Toutefois, le ministère ne serait pas encore prêt à autoriser ce genre de diplôme. « C’est tellement nouveau qu’il n’y a aucun cégep qui a réussi à obtenir le droit d’en mettre un sur pied », commente M. Pelletier.

« En attendant, grâce à notre service de formation continue, nous allons amorcer le programme quand même, et ce qui sera fourni sera crédité éventuellement à l’intérieur du DSET, dès qu’on aura obtenu la permission d’en mettre un sur pied ».

Cette formation continue pourrait débuter en mai 2010.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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