L’état de l’identité numérique au Canada


Renaud Larue Langlois - 16/05/2022

L’identité numérique arrive au Canada, soulevant une foule de questions de même que certaines préoccupations des défenseurs de la vie privée. De nombreuses provinces et le gouvernement fédéral ont lancé des initiatives d’identité numérique pour simplifier et sécuriser l’accès aux services gouvernementaux. Ils considèrent l’identité numérique comme un élément essentiel de la transformation de la prestation de services à l’ère numérique.

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Les statistiques indiquent que le public est massivement favorable à l’identité numérique. Pourtant, ces initiatives ont leurs détracteurs, dont beaucoup craignent les excès ou les abus du gouvernement. L’identité numérique est une extension des formes d’identification actuelles qui prétend offrir plus de confidentialité et de contrôle sur la façon dont les informations personnelles sont partagées. Ses partisans affirment qu’elle diminue certains des risques associés aux documents physiques tels que les permis de conduire, les passeports ou les cartes bancaires.

État actuel des programmes gouvernementaux

Bien que le gouvernement canadien n’ait pas encore annoncé de plan concret pour un programme national d’identité numérique, il appuie certaines initiatives provinciales. Par exemple, les Albertains peuvent utiliser leur identité numérique provinciale pour accéder aux services en ligne de l’Agence du revenu du Canada.

En Ontario comme au Québec, le déploiement des initiatives provinciales a été retardé par la pandémie de Covid-19. L’Ontario prévoit lancer cette année sa vision globale de cette technologie. La province affirme que son infrastructure permettra aux résidents non seulement d’accéder aux ressources gouvernementales, mais aussi de faire des achats réservés aux adultes (comme la loterie ou l’alcool) ou de prouver son identité lors de l’ouverture d’un compte bancaire, par exemple.

Au Québec, le déploiement de son initiative d’identité numérique est prévu pour 2025. La province envisage d’inclure des documents émis par des entreprises privées dans son portefeuille d’identité numérique en plus des documents émis par le gouvernement tels que les cartes d’assurance maladie, les permis de conduire ou les certificats de naissance. Le ministre québécois de la Cybersécurité et du Numérique, Éric Caire, a donné l’exemple de la preuve d’assurance automobile, qui est obligatoire pour la conduite d’un véhicule, bien que délivrée par le secteur privé.

La Colombie-Britannique est l’une des premières à adopter l’identité numérique avec son service d’identité et d’authentification BCeID. Le service, en place depuis 2002, fournit une identité électronique qui permet d’accéder à tous les services gouvernementaux.

Les Albertains utilisent déjà MyAlberta Digital ID, un service gratuit pour prouver leur identité en ligne et pour les visites en personne sans utiliser de documents papier. Le service entend donner un accès transparent à une gamme croissante de services gouvernementaux tout en protégeant les informations et la vie privée des utilisateurs.

La Saskatchewan et le Manitoba n’ont pas encore mis en œuvre l’identité numérique. En Saskatchewan, le gouvernement envisage le recours à l’identité numérique comme une option pour ses résidents. La province étudie actuellement les propositions d’entreprises intéressées à développer le système, mais aucun autre détail n’a été révélé. De même, le Manitoba n’a pas encore présenté de plan ferme pour l’identité numérique.

Dans les provinces de l’Atlantique, la Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve-et-Labrador, l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick en sont à divers niveaux d’avancement dans leurs initiatives d’identité numérique respectives. La plupart des provinces n’ont déployé que des pilotes, des preuves de concepts ou des composants d’identité numérique en ligne tels que l’authentification unique. Les documents numériques sont conçus pour soutenir les échanges et le commerce tout en permettant aux individus de participer à l’économie et à la société numériques.

Pour ce qui est des territoires du Yukon, du Nord-Ouest et du Nunavut, leur utilisation de l’identité numérique se limite à permettre l’utilisation de eID-Me, une application mobile qui perent au gens de numériser et stocker leur pièces d’identité sur leur téléphone intelligent.

Impact sur les entreprises

La plupart des initiatives canadiennes d’identité numérique étant axées sur les particuliers et les services gouvernementaux, les propriétaires d’entreprise peuvent se demander quel impact l’identité numérique aura sur leurs opérations. Plusieurs provinces canadiennes ont déjà des plans pour inclure le secteur privé dans leurs initiatives respectives et toute entreprise qui a besoin d’identifier positivement ses clients pourrait également en bénéficier.

Risques perçus

L’identité numérique présente des avantages évidents, mais elle a également soulevé de sérieuses inquiétudes au sein de la population. Certains y voient une atteinte à leur vie privée. Certains craignent que leurs informations personnelles ne soient divulguées. Certains pensent que ce n’est pas assez sécurisé.

La plupart des infrastructures d’identité numérique utilisent des identifiants vérifiables signés numériquement pour assurer un haut niveau de sécurité et de vérification..Ceux-ci sont basés sur les principes de cryptographie, de confidentialité, de sécurité et de souveraineté des données. Cela assure une confiance quant aux informations partagées et crée un écosystème intrinsèquement sécurisé et centré sur l’utilisateur. Les citoyens peuvent désormais avoir un contrôle total sur leurs informations d’identification qui peuvent être stockées sur leur ordinateur de bureau ou leurs appareils mobiles et partagées et vérifiées de manière entièrement privée en ligne ou même hors ligne.

« Le Canada a le potentiel de devenir une référence en identité numérique à l’échelle mondiale si les différentes provinces conçoivent et déploient des systèmes qui peuvent fonctionner ensemble intelligemment. L’alignement sur les normes d’identité ouvertes est essentiel pour y parvenir, car certaines des technologies sous-jacentes à ce domaine sont toujours en évolution », a indiqué Chami Akmeemana, PDG de Convergence Tech, une société de conseil de Toronto spécialisée dans l’identité numérique.

Les partisans de l’identité numérique vous diront qu’elle permet un meilleur contrôle sur les informations partagées.

Prenons l’exemple de la location d’une voiture. L’utilisation d’une identité numérique au lieu d’un permis de conduire garantit que la société de location a la preuve que vous êtes autorisé à conduire le type de véhicule que vous souhaitez louer. D’autre part, son utilisation ne divulgue pas d’informations privées qui pourraient être utilisées à des fins de fraude ou d’usurpation d’identité, telles que votre numéro de permis de conduire ou votre date de naissance.

Il y a également des inquiétudes quant à la perte de votre identifiant numérique ou à son utilisation par un tiers non autorisé. Bien que cela soit possible, les partisans de la technologie soutiennent qu’il est plus simple et plus sûr de révoquer une identité numérique et d’en émettre une nouvelle que d’avoir à retrouver quelqu’un qui se sert de votre identification physique (un permis de conduire, par exemple) perdu ou volé.

Le débat est loin d’être terminé. L’identité numérique en est encore à ses balbutiements au Canada. Les prochaines années seront cruciales pour déterminer la direction qu’elle prendra et comment – ​ou si – elle sera acceptée par le grand public.

« L’exploitation des solutions récentes d’identité basées sur les informations d’identification a le potentiel d’atténuer de nombreuses préoccupations du public concernant la confidentialité et la protection des données. Elle a également le potentiel de créer des identités numériques aussi flexibles et portables que les cartes physiques qui sont présentement dans votre portefeuille », a ajouté Chami Akmeemana.

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