Les TI à la merci des désastres


Jean-François Ferland - 09/12/2005

L’incendie qui a endommagé l’édifice abritant L’ÉNAP et le Conservatoire de musique et d’art dramatique à Montréal a causé des avaries, notamment aux équipements technologiques. Plusieurs semaines s’écouleront sûrement avant le retour à la normale. Si le feu se déclarait chez vous, seriez-vous pris au dépourvu ?

Très rapidement, les sapeurs se sont rendus au brasier pour s’attaquer aux flammes qui brûlaient le toit du bâtiment. Alors que les uns déployaient échelles et lances pour asperger l’élément destructeur, d’autres installaient des bâches dans les bibliothèques de l’école et sur les instruments de musique du conservatoire, pour empêcher que l’eau ne mouille les livres, les périodiques, les violons et les timbales.

Cette pratique est probablement le résultat d’un plan de contingence qui a été établi à la suite d’un incendie, sur place ou ailleurs, qui a porté les instances en autorité à mettre en place un programme de limitation des dégâts. Ceux qui ont déjà visité les lieux d’un incendie ont constaté que l’eau et la fumée font des dommages qui rendent rapidement inutilisables les biens de la vie courante. Ainsi, les précieux bouquins et instruments difficiles à remplacer ont été protégés des pires inconvénients. Ils auront certes un parfum de roussi durant quelques semaines, mais ils pourront encore nourrir les sens des élèves pendant longtemps.

Les ordinateurs, les serveurs, les imprimantes et les postes téléphoniques n’ont probablement pas eu cette chance et se sont retrouvés dans la flotte jusqu’aux puces. Au mieux un coup de linge asséchera l’équipement, mais au pire des composantes rendues inutilisables devront être remplacées. Il est à espérer que des politiques de sauvegarde centralisée des données aient été en place pour assurer que l’actif le plus indispensable, soit l’information contenue dans les systèmes informatiques, ait été préservé. Le matériel informatique se remplace plus facilement que les données. Un livre endommagé peut être restauré en partie, mais pour les données informatiques, un peu de chaleur ou un peu de moiteur suffit à les détruire à tout jamais…

Dans la réalité quotidienne, un tour d’horizon permet de constater l’omniprésence des technologies de l’information au sein des organisations. Imaginez maintenant qu’un feu, une inondation ou un tremblement de terre fait rage dans votre entreprise où maints employés utilisent les TI comme outil principal de travail. Chaque personne doit être relocalisée dans un lieu physique et dotée d’un bureau, d’un téléphone, d’un ordinateur, de logiciels, d’une connexion réseau et d’un accès à des données. Que faites-vous? Qui appelez-vous? Dans quel local emménagerez-vous? Avez-vous un budget d’urgence? En combien de temps vos fournisseurs pourront-ils déployer les infrastructures matérielles? Et restaurer les images des postes de travail et des serveurs? Et les bases de données?

Pendant ce temps, le déroulement des activités de l’organisation est sérieusement altéré. Si la raison d’être d’une entreprise est la fabrication de produits, la machinerie intacte pourra continuer à fonctionner. Mais s’il s’agit d’une entreprise du secteur tertiaire qui vit de la matière grise entre les oreilles des employés et des données contenues dans ses PC, combien de temps sera nécessaire à la reprise des activités et quelle sera l’ampleur de la pente à remonter?

Il serait techniquement possible d’instaurer des mécanismes élaborés de protection des équipements technologiques, que ce soit avec des bâches, de la mousse ou par la suppression de l’oxygène. Mais encore, qui déploiera ces mécanismes? Les pompiers, qui en ont déjà plein les bras avec un brasier à éteindre, ne pourront pas abriter tous vos actifs informatiques. Il faut donc être réaliste et s’assurer que l’essentiel sera protégé et rapidement restauré.

On procède fréquemment à des pratiques d’évacuation et à des simulations de désastres physiques, mais simule-t-on des incidents qui affectent directement les technologies? Si un plan d’action est clairement défini, le retour à la normale se fera plus rapidement que pour ceux qui seront pris au dépourvu…

Nous souhaitons bon courage aux futurs administrateurs de l’ÉNAP et aux comédiens et musiciens du Conservatoire qui doivent terminer leur session, au personnel administratif et, bien sûr, aux responsables de l’informatique…




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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