Les paroles s’envolent, les écrits restent, les courriels déguerpissent


Jean-François Ferland - 15/06/2007

Le courrier électronique est bien pratique pour sa rédaction rapide et sa transmission quasi instantanée. Or, cette rapidité d’exécution peut avoir des conséquences fâcheuses en cas d’erreur ou de regret.

Le courrier électronique a révolutionné la façon de communiquer des citoyens internautes. À l’aide d’un ordinateur et d’un logiciel, il suffit de rédiger quelques lignes, d’entrer quelques adresses ou de les sélectionner dans une liste, et une missive peut être transmise à l’autre bout de la planète en moins de quelques secondes. Comme elle est loin l’époque où il fallait écrire des mots à la main sur du papier, cacheter et affranchir une enveloppe, et se rendre au bureau de poste ou à la boîte aux lettres!

Mais comme plusieurs internautes l’ont déjà constaté, la rapidité n’a pas que des avantages.

Prenons l’exemple d’une jeune femme (dont nous préserverons l’anonymat) qui, à l’occasion de l’absence de ses parents, décide de tenir une fête à la maison et d’inviter ses amis. Elle rédige une invitation où elle parle de soleil, de barbecue, de piscine et d’alcool qui coulera à flot. Elle leur demande d’apporter des disques de musique ainsi que des matelas gonflables pour dormir sur place en cas d’ébriété avancée. Elle inscrit ses coordonnées de téléphone portable et de courriel au travail, en demandant aux destinataires de ne pas trop écrire de « niaiseries » dans les messages envoyés sur ce compte de courriel d’entreprise.

Sans réviser le texte, elle sélectionne des adresses et appuie sur « envoi ». Or, parmi les adresses sélectionnées, elle a cliqué par mégarde sur celle qui transmet des messages… à toute l’entreprise. Quelques minutes plus tard, elle est forcée de rédiger un message d’excuses aux destinataires importunés…

Dans un autre cas, un internaute lit un article ou un texte sur un site Web qui les contrarie un peu ou beaucoup. Il rédige un courriel de bêtises, d’insultes et d’injures à l’auteur, puis appuie sur « envoi » sans se relire. Quelques secondes plus tard, il est pris de remords. Il clique dans le dossier « Boîte d’envoi », mais il est trop tard…

Si les messages avaient été écrits à la main sur du papier, la première personne aurait envoyé son invitation seulement aux personnes visées, alors que la seconde, en route vers la boîte aux lettres, aurait pu décolérer et repenser à la pertinence de l’envoi de ce message. Mais dans l’univers numérique, il semble que les économies de temps mènent également à des économies de raison…

Sur Internet, les forums de discussion permettent également de constater à quel point certains ne semblent pas prendre le temps de réfléchir aux paroles (ou plutôt aux mots) qu’ils émettent. Certains, en se réfugiant derrière l’anonymat que permet la Grande Toile, produisent des messages mal écrits et remplis de propos grossiers qu’ils n’auraient pu exprimer aussi facilement sur du papier à l’intention d’un auditoire élargi. Celui ou celle qui aurait envoyé un message de la sorte à la section « courrier des lecteurs » d’un journal aurait eu bien peu de chances de voir leurs propos être imprimés sur du papier.

D’ailleurs, ces personnes ne pensent pas aux conséquences que peuvent avoir leurs mots durs ou leurs quolibets gratuits sur les auteurs des textes qui les ont incités à réagir de la sorte. Certains journalistes reçoivent régulièrement plusieurs messages d’insultes qui sont envoyés par les mêmes personnes, ce qui aurait nécessité bien du temps, du papier et des timbres à faire par la voie postale!

Dans d’autres situations, des personnes se servent de l’Internet et du courriel pour proférer des menaces et pour faire de la cyberintimidation, au déplaisir des personnes visées par des messages antipathiques ou haineux. Éventuellement, des procédures d’identification et de retraçage exécutées par les corps policiers permettront de mettre la main au collet des émetteurs et de porter des accusations, mais entre-temps, ceux et celles qui sont victimes de telles situations doivent prendre leur mal en patience et créer des filtres qui envoient ces messages directement à la poubelle.

Décidément, comme il en est avec l’alcool, on dirait que l’Internet et le courrier électronique font rapidement disparaître les inhibitions, la retenue et même la bonne éducation…




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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