Les devoirs et leçons des blocs-notes à l’école


Jean-François Ferland - 24/09/2008

Le Collège Notre-Dame-des-Servites a doté chacun de ses élèves d’un ordinateur portable. Selon le directeur, cette approche procurera des valeurs utiles autant en classe qu’au travail plus tard.

Les technologies de l’information et des communications, par le biais des laboratoires informatiques, font partie des outils pédagogiques depuis plus de deux décennies. Mais, depuis quelques années, certaines institutions intègrent davantage l’informatique aux méthodes d’enseignement en confiant des ordinateurs portables à leurs élèves.

Le Collège Notre-Dame-des-Servites, situé à Ayer’s Cliff dans les Cantons-de-l’Est, est une institution privée francophone de niveau secondaire qui est fréquentée par 277 élèves. Depuis la rentrée scolaire 2008, dans le cadre du programme « Un élève, un portable » échelonné sur deux ans, chaque étudiant emploie un ordinateur portable MacBook d’Apple prêté qu’il peut utiliser à l’école comme à la maison.

Éric Faucher, le directeur de l’institution d’enseignement, explique que le laboratoire d’informatique de l’école, autrefois à la fine pointe, était devenu désuet et devait être renouvelé. Des membres du comité de parents, familiarisés avec un projet de la Commission scolaire Eastern Townships, ont suggéré l’approche « un portable par élève ». Le projet a fait l’objet d’une étude de faisabilité, où 85 % des parents, lors d’un sondage, ont manifesté leur accord et accepté l’augmentation des frais scolaires de 500 $.

La majorité des enseignants de tous âges, dont plusieurs étaient familiers avec les technologies, a démontré un intérêt pour l’initiative. L’année dernière, lors d’une première étape, les trente-cinq professeurs et éducateurs de l’institution ont pu se familiariser avec le modèle de bloc-notes et ses logiciels d’édition et de création, en plus de bénéficier d’une formation de la part du fournisseur.

« Nos jeunes sont élevés là-dedans [les TI] et tous les enseignants savaient que cet outil allait être apprécié, rapporte M. Faucher. Nous y sommes allés en deux étapes pour rassurer les enseignants moins familiers avec l’informatique, afin qu’ils puissent être au même niveau que nos jeunes pour qui ouvrir un ordinateur ou aller sur Internet n’est pas nouveau. »

Intégration pédagogique

Le directeur confirme que l’utilisation des TI à l’école nécessite une intégration des outils aux activités pédagogiques de l’enseignement scolaire. Ainsi, les enseignants ont reçu une formation spécialisée de la part du Réseau pour le développement des compétences par l’intégration des technologies (RÉCIT) pour découvrir le potentiel pédagogique des logiciels d’édition de photos, de conception de sites Web, de création musicale et de production vidéo.

Selon M. Faucher, il appartient à la créativité de l’enseignant de définir de quelle façon le recours aux technologies peut être utile aux fins de l’apprentissage. « Avec les informations fournies lors des formations et par la direction [de l’école] pour la direction du projet, nous leur avons dit qu’il ne faut pas « utiliser l’informatique pour l’informatique ». Il faut qu’il y ait un objectif pédagogique au bout de la ligne pour améliorer l’apprentissage et son contenu », explique-t-il.

Le directeur fournit des exemples d’utilisations d’un laboratoire mobile, préalablement à la distribution des blocs-notes, au cours de l’année scolaire précédente. Deux enseignantes en français et en science et technologie ont travaillé en transdisciplinarité à créer une bande dessinée sur ordinateur afin de promouvoir une compétence commune. En mathématiques, certaines classes ont eu recours à un logiciel en ligne Netmaths.

« Certains utiliseront les ordinateurs portables de A à Z et d’autres à différents moments dans leurs cours. C’est laissé libre aux enseignants. On n’a pas demandé à ce qu’ils utilisent les portables mur-à-mur. On tient à ce que les volumes et les notes de cours soient encore présents. Certains devoirs seront faits sur le portable et d’autres à la main », précise M. Faucher.

Apprentissage et responsabilisation

Alors que les technologies de l’information atteignent le statut de commodité, plusieurs croient que les jeunes en savent beaucoup plus que les enseignants, que l’élève dépasse le maître. M. Faucher concède que les adolescents sont habitués à Internet et aux jeux vidéo, mais il souligne que la majorité doit encore apprendre à utiliser un traitement de texte ou un tableur. Certains ont des craintes envers la machine, alors que d’autres savent comment en modifier des paramètres ou faire de la programmation.

À son avis, le principal défi de l’institution d’enseignement sera d’inciter les étudiants à développer un sens critique et un sens éthique. « Tout n’est pas bon ni parfait avec un ordinateur. Si une porte de local est ouverte, on peut y entrer et en prendre tout ce qu’on en veut. Mais si on a un sens éthique et qu’on veut travailler avec un lien de confiance avec les gens de l’école, on n’entrera pas dans le local », illustre M. Faucher.

« Nous avons à faire de l’éducation auprès de nos jeunes. Il s’agit d’un système de valeur qui demeure présent dans l’école : il y a un respect et un sens éthique à établir, tout comme il faut être critique face à l’information qui est donnée par Internet et par l’enseignant. C’est plus qu’un appareil électronique qu’on remet dans leurs mains… »

Le programme « un élève, un portable » implique également une responsabilisation de l’élève à prendre soin de l’appareil et à bien en utiliser les fonctions. Sauf la caméra Web et la messagerie instantanée, aucun site Web ni fonction n’a été bloqué pour l’instant. Chaque étudiant a reçu son ordinateur un à un et chaque classe a été informée des règlements d’utilisation des appareils.

« Nous leur avons dit qu’ils étaient responsables, en grosse partie, de la réussite du projet. On sait qu’ils peuvent faire n’importe quoi et aller n’importe où. Mais nous leur avons dit qu’ils étaient responsables de perdre le privilège d’avoir un ordinateur et, si plusieurs le font, que le projet ne fonctionne pas. Nous leur avons demandé s’ils étaient d’accord – c’est sûr qu’ils n’ont pas répondu non! », relate M. Faucher.

« Il reste que ce sont des ados, mais ils savaient qu’on leur remettait un appareil dispendieux avec lequel ils pouvaient faire des choses inadéquates, mais aussi un paquet de choses adéquates. Ce sera toujours à surveiller. Même les parents qui remettent un ordinateur à leurs enfants ne les laissent pas aller sans voir ce qu’ils en font. Au lieu de remettre un cadenas, on leur dit qu’on préfère leur faire confiance, mais qu’on retirera les privilèges au fur et à mesure… »

Préparation

Le directeur, par ailleurs, reconnaît que l’incitation hâtive au respect de ces valeurs procurera des dividendes pour le travail éventuel au sein d’une organisation.

« Dieu sait comment il y a de la perte de temps de la part des employés parce qu’ils vont sur Internet! S’ils y vont pour utiliser le courriel ou les applications de calendrier et d’organisation de l’agenda, qui permettent une meilleure performance et une meilleure coordination, il s’agit d’outils positifs pour améliorer la productivité. Mais si les gens n’ont pas de sens éthique, ça peut être négatif », estime M. Faucher.

« Les étudiants peuvent perdre leur temps avec n’importe quoi : ils peuvent coller des images dans leurs agendas [au lieu d’écouter le professeur]. Ce n’est pas l’appareil qui fait en sorte qu’ils ont [un tel comportement]. Nous leur avons d’ailleurs remis un appareil pour les stimuler et les responsabiliser », ajoute-t-il.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.


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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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