Les conférences à l’ère du visiteur numérique


Jean-François Ferland - 22/06/2006

Les événements de l’industrie sont le théâtre d’une profonde mutation du comportement de l’auditoire. Les gens ne discutent plus en groupe, debout dans l’aire de foire, mais le font par appareils de communication interposés, assis dans les couloirs.

Il n’y a pas si longtemps, les participants aux conférences et aux foires d’industrie prenaient le temps, entre deux ateliers ou deux kiosques, de piquer une jasette avec d’autres personnes présentes devant elles, en chair et en os.

Que ce soit avec des collègues, des connaissances ou de purs inconnus, ils tendaient la main, se saluaient et échangeaient à propos de telle norme ou de telle technologie, ou sinon de la pluie et du beau temps. La conversation pouvait ensuite se poursuivre dans le couloir, dans un restaurant, dans un bar ou tout autre lieu propice à la socialisation. De temps à autre, une personne pouvait s’absenter pour aller téléphoner, d’un appareil public, au bureau ou à un être cher, pour ensuite retourner à la discussion en cours. Or, la situation est en train de changer.

Depuis quelques années, bon nombre de participants aux conférences et aux salons d’industrie traînent avec eux leurs téléphones mobiles, leurs ordinateurs portatifs et leurs assistants numériques. Ainsi, dans les couloirs des centres des congrès, les chaises et les fauteuils sont occupés par ces personnes qui pianotent ou qui « papotent », enfermés dans une bulle invisible, mais hermétique.

Si tous les sièges sont occupés, c’est le long des murs que les gens s’assoient pour utiliser leurs ordinateurs portatifs ou leurs appareils à main. De plus, toutes les prises électriques en vue sont occupées par des fils qui fournissent aux blocs-notes la précieuse énergie nécessaire au traitement des données. L’offre gratuite de liaisons sans fil au réseau Internet, qui se répand de plus en plus lors des événements d’industrie, contribue également à la prolifération de ce genre de comportement.

Plusieurs personnes consultent ainsi, à l’aide de leur ordinateur, les contenus offerts en ligne par les organisateurs et les exposants, ce qui est légitime. D’autres consultent leur courriel d’entreprise ou personnel, ce qui est également compréhensible. Mais lorsque ces personnes regardent un film ou un site de divertissement, s’agit-il d’une pratique judicieuse, surtout lors d’un événement payant où le temps est alors supposé avoir un prix? Et si le coût de participation à l’événement est défrayé par l’employeur, s’agit-il d’une pratique responsable?

D’autres personnes, malheureusement, doivent travailler à distance contre leur gré. Par exemple, un ingénieur qui doit faire du dépannage à distance, à des milliers de kilomètres du bureau, ne peut accorder son attention aux contenus offerts lors des ateliers. Mais le travail, c’est le travail, et si les technologies le permettent, il faut répondre aux besoins urgents qui se manifestent.

Mais lorsqu’une personne appelle une amie ou un parent et fait subir sa conversation, animée ou enragée, à toutes les personnes se trouvant à portée de voix, la situation peut être agaçante. Et en matière de téléphonie mobile, l’oreillette sans fil étant maintenant l’accessoire de l’heure, il devient difficile de savoir si la personne nous parle, parle à un interlocuteur au téléphone ou se parle à elle-même… Et encore, nous ne parlons pas des sempiternelles sonneries de téléphone qui résonnent lors des ateliers même si on a demandé aux participants d’utiliser le mode vibration ou d’éteindre leur appareil.

Est-ce que les technologies individuelles seront mises au rancart de sitôt lors des conférences? Non. Est-ce qu’il y a encore des personnes qui prennent le temps de parler avec d’autres participants, de façon traditionnelle, lors des événements? Heureusement que oui. Toutefois, si la dépendance envers les technologies est si prononcée pour certaines personnes, il est à se demander si l’offre des contenus des conférences et des ateliers par le biais de la vidéoconférence ne serait pas une alternative souhaitable… Mais encore, comment obtiendraient-elles les chandails et les merveilleuses babioles distribuées aux kiosques?




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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