Le télégraphe fête ses 171 ans… et perdure!


Jean-François Ferland - 07/01/2009

En 1838, Samuel Morse procédait à la démonstration d’un système de télégraphie, l’ancêtre de la réseautique. Malgré la popularité d’Internet, la technologie continue d’être utilisée aujourd’hui.

Le 6 janvier 1838, dans une fonderie du New Jersey, Samuel Morse a réalisé la première démonstration d’un système de communication filaire à courant électrique. Morse a transmis un message sur une distance de deux milles afin d’indiquer l’arrivée d’un train ainsi que le nombre de passagers qu’il contenait.

Le système peaufiné par Morse et ses partenaires Leonard Gale et Arthur Vail transmettait des combinaisons deux types d’impulsions, les courtes (des points) et les longues (des traits), qui correspondaient à des chiffres qui, à leur tour, correspondaient à des lettres.

Lors d’une démonstration réalisée le 24 janvier 1838 à l’Université de New York, Samuel Morse a inauguré un code (qui allait porter son nom) où les combinaisons de points et de traits évoquaient des lettres plutôt que de chiffres. On attribue à Arthur Vail la conception du module à levier qui servait à produire les impulsions qui étaient retranscrites sur papier à l’autre bout de la ligne.

Quelques semaines plus tard, le 21 février 1838, Morse présentait sa technologie au président américain Martin Van Buren, mais il aura fallu attendre l’année 1843 avant que le Congrès approuve l’octroi de 30 000 $ pour l’établissement d’une première liaison sur une distance de 22 milles entre Washington et Annapolis Junction au Maryland. Le premier message a été transmis sur cette ligne le 24 mai 1844.

Comme l’indique un article de Steven E. Schoenherr de l’Université de San Diego, Samuel Morse n’a pas été à proprement dit le premier inventeur du télégraphe, mais on lui en attribue la paternité parce qu’il a créé une nouvelle industrie. Après l’établissement d’un réseau côtier, Morse a établi un câble transatlantique entre Terre-Neuve et l’Irlande en 1854. Son entreprise a éventuellement été acquise par un compétiteur, Western Union, qui poursuit encore ses activités aujourd’hui dans le secteur des transferts de fonds, mais qui a cessé de transmettre des télégrammes en janvier 2006.

Au Canada

Au Canada, la première liaison télégraphique a été établie en 1846 entre Hamilton et Toronto on Ontario. En 1847, une ligne transfrontalière reliait Montréal et New York.

Les principaux acteurs du secteur de la télégraphie commerciale ont été les deux grandes entreprises ferroviaires, le Canadien National et le Canadien Pacifique, qui ont établi des réseaux filaires le long de leurs voies ferrées.

D’autres technologies allaient éventuellement faire compétition au télégraphe, comme le téléimprimeur, dont une première liaison a été établie entre Montréal et Québec en 1929, puis le téléphone, alors que le premier service téléphonique transcanadien a été inauguré en 1931.

En 1960, les deux entreprises ferroviaires ont établi la coentreprise CNCP Telecommunications pour exploiter conjointement un service de télégraphie, mais dès 1967 l’entreprise entame la fermeture de bureaux régionaux qui étaient dédiés à l’envoi et la réception de télégrammes. En 1980, le télégraphe laisse sa place aux télécommunications. Le fournisseur Rogers a acquis une participation dans l’entreprise en 1984, mais le réseau filaire aurait été démantelé en 1988. L’entreprise Unitel, qui allait éventuellement être rebaptisée AT&T Canada, a poursuivi l’exploitation du service de transmission de télégrammes jusqu’en 1999.

Héritage controversé

L’envoi de télégrammes, ces retranscriptions sur papier de messages qui sont livrés, perdure aujourd’hui.

Ironiquement, deux entreprises canadiennes affirment qu’elles ont obtenu d’AT&T Canada, en 1999, les droits du service d’envoi de télégrammes. D’un côté, Télégrammes Plus de Montréal offre un service de transmission d’un message de façon orale par téléphone dans un premier temps, puis l’envoi de l’original sur papier ensuite. Les exemples de télégrammes illustrés qui sont affichés sur le site Web de l’entreprise ressemblent aux documents réalisés par ordinateur au début des années 1990.

De l’autre, Telegram Canada de Kingston en Ontario – dont les télégrammes ont une apparence traditionnelle – affirme être le seul fournisseur de service de télégraphie à détenir une licence du CRTC au Canada et être l’exploitant du système de câblogramme international qui appartenait à Unitel.

Dans un article publié en 2006 sur le site albertain Business Edge, le fondateur de l’entreprise Colin Stone explique que les messages sont reçus par téléphone ou par Internet et sont transmis par Internet vers d’autres pays, puis sont transmis par le réseau de télégraphie de l’entreprise anglaise TelegramsOnline vers des bureaux locaux, où des facteurs ou des livreurs retranscrivent sur papier un message qui est ensuite livré au destinataire.

L’envoi de télégrammes, bien que réalisé par le biais de diverses technologies autres que la télégraphie pure, se poursuit dans certaines régions du globe où la réseautique et l’électricité ne sont pas disponibles ou font preuve d’un manque de fiabilité.

Somme toute, la réseautique moderne doit une portion de son existence à Samuel Morse…

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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