L’art et la technologie, deux forces créatrices


Jean-François Ferland - 15/04/2009

SÉRIE Le retour d’ascenseur – Chez Contact Jupiter, les technologies et le Web servent à créer des oeuvres, réaliser des prototypes virtuels et interagir avec les intervenants. Le temps et l’argent sauvés par le numérique offrent de nouvelles possibilités.

Olivier Mielenz a fondé Contact Jupiter à Montréal en 1996. Il s’agit d’une agence d’artistes qui représente 24 photographes et illustrateurs indépendants qui réalisent des mandats dans les domaines de l’imprimé et du Web, pour des livres, de la photographie de mode, des publicités, etc.

M. Mielenz, un dessinateur de profession, a mis en ligne des portfolios d’artistes et a appris son rôle d’agent sur le terrain, au jour le jour. Considérant que l’offre de service de son agence et le marché montréalais étaient trop restreints, il a revu sa stratégie et a pris la direction des foires du livre aux États-Unis et en Europe.

Cette nouvelle approche lui a permis d’obtenir plusieurs contrats pour l’illustration de livres d’enfants, notamment avec Meredith Books, Marvel Comics et DC Comics.

Approche inversée

Lors d’une conversation par le biais de caméras Web – à sa suggestion – Olivier Mielenz relate l’utilisation des technologies pour la réalisation d’un projet de Meredith Books, pour le compte du studio de cinéma Dreamworks. En aidant le client à développer un concept et à l’aide d’artistes multidisciplinaires, son agence a conçu un livre accompagné d’un casse-tête sous le thème du film Kung Fu Panda.

Le livre comporte une page double où les enfants peuvent jouer avec des personnages et des éléments de décor qui sont assemblés à partir de pièces en carton à détacher. Une petite équipe a été façonnée pour le besoin du projet où la technologie a joué plusieurs rôles.

« On créait des fichiers électroniques qui ont été envoyés au client, qui les a ensuite envoyés à Dreamworks pour approbation, explique M. Mielenz. Ces fichiers ont été envoyés en Chine pour la réalisation de prototypes, afin de tester les coupes de papier pour que les morceaux s’assemblent bien. Nous avons reçu des fichiers de commentaires et nous avons recommencé des éléments pour raffiner notre travail, le tout en format électronique. »

« Grâce à Internet et à la chaîne de communication. La technologie nous a permis de sauver du temps, parce que nous avons pu faire des changements assez rapidement ».

M. Mielenz explique ensuite que la création d’un casse-tête implique la conception et la visualisation en 3D d’un prototype par ordinateur, comme c’est chose courante dans l’industrie du jeu, où le travail avec des mesures réelles permet de voir si tous les morceaux du casse-tête concordent.

« C’est utile à l’autre bout de la [chaîne de production] parce que les instructions que nous fournissons [à l’imprimeur] sont créées à l’aide des prototypes virtuels. Nous n’avons pas à faire des maquettes en papier pour faire des tests et faire de l’ingénierie inversée », explique-t-il. Il ajoute que le recours, au besoin, à des imprimantes de prototypes en grandeur réelle et coupés au laser procure des possibilités qui étaient impensables il y a dix ans.

L’inspiration reste humaine

Certes, les technologies de l’information se sont manifestées à titre d’outil pour les artistes d’une façon très prononcée au cours des dernières années. Les artistes et les travailleurs des domaines de photographie et de l’illustration ont effectué un virage vers le numérique, de gré ou de force.

M. Mielenz mentionne que la plupart des artistes avaient déjà un regard sur la technologie au milieu des années 1990. Toutefois, plusieurs artistes font encore leur oeuvre à la main pour ensuite la numériser. Si la plupart des artistes sont convaincus que c’est « la » façon de travailler, M. Mielenz relate la réticence d’une photographe envers un passage au numérique. Il reconnaît que les spécialistes du cliché ont dû acquérir beaucoup de matériel onéreux et réapprendre à travailler dans l’univers numérique.

Si la technologie prend une place croissante dans la réalisation des travaux artistiques, elle ne reste encore qu’un outil au service de la création dont l’origine est avant tout humaine.

« Nous oeuvrons dans une industrie où l’inspiration vient d’un peu partout pour un artiste. Je ne pense pas que la technologie a changé beaucoup l’aspect tactile, l’inspiration par l’environnement. »

L’oeil de la caméra… Web

Depuis quelque temps, M. Mielenz prône l’utilisation de la vidéoconférence via Internet pour échanger avec les clients et les artistes qu’il représente. Pour l’instant, ces communications à distance servent à réduire les déplacements requis pour des rencontres d’affaires.

Toutefois, M. Mielenz envisage un avenir pas si lointain où la vidéoconférence se traduira par de nouvelles opportunités commerciales.

« La photo est difficile à vendre à l’extérieur de Montréal : un directeur artistique ne viendra pas de Toronto pour faire de la photo ici. Quelqu’un qui est spécialisé a l’habitude de le faire, mais les déplacements d’une équipe coûtent cher. Or, nous commençons à nous intéresser à la photographie en direct par Internet. Certains logiciels d’édition permettent de transmettre en réseau ce qui est capté par la lentille d’un appareil photo numérique. Je crois que cela pourrait engendrer de belles communications et réaliser des contacts avec des clients qui se faisaient difficilement autrement. »

M. Mielenz croit que cette approche à distance pourrait bénéficier à des artistes spécialisés en conception photo et en photos de produits. Il envisage aussi l’utilisation de grands moniteurs et de caméras connectés à Internet qui alloueraient une interaction visuelle à distance et à haute définition entre l’artiste, le modèle, le directeur technique et le client lors d’une séance de prise de photos.

« C’est sûr qu’il y aura toujours un besoin d’interaction physique, dit M. Mielenz en référant à son intérêt pour la psychologie de la communication. Par courriel, on n’a que 15 % de la perception [de l’interlocuteur] : le message est clair, mais on n’a pas le côté physique qu’apportent les communications non verbales ».

« Dans le futur, cette approche [en réseau] pourrait être un atout pour un photographe ou un artiste qui maîtrise très bien un domaine, mais qui ne pourrait se déplacer physiquement, ou pour un client qui voudrait conserver l’énergie en kilojoules ou en CO2 de ses déplacements. »

*** Contact Jupiter a participé à l’initiative Le retour d’ascenseur, lancée au début de l’année 2009 sur le blogue L’Observateur de Direction informatique, qui vise à mettre en valeur des jeunes entreprises québécoises qui n’ont qu’un objectif en tête : la croissance grâce aux TI.

Également dans cette série:

Orion Software: une progression mondiale à distance

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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