La pénurie de main-d’oeuvre en TIC est là pour durer


Jean-François Ferland - 20/01/2010

Pas moins de 60 000 emplois seront à combler d’ici 2015 dans l’industrie des technologies des TIC, mais la relève ne sera pas au rendez-vous. Une enquête de Jobboom.com souligne les enjeux liés à la main-d’oeuvre qui affectent déjà l’industrie québécoise des TIC. Toutefois, la relative jeunesse de la main-d’oeuvre constitue un baume.

Dans le cadre de la publication d’un recueil annuel sur les perspectives de carrière, l’éditeur Jobboom a souligné les grands défis qui affectent déjà l’industrie québécoise des TIC en matière de renouvellement de la main-d’oeuvre.

Dans ses documents destinés aux médias, Jobboom indique que le secteur québécois des technologies de l’information et des communications aura 60 000 emplois à combler en 2015, ce qui en fait la troisième industrie en importance en termes d’emplois à combler, après le secteur de l’énergie (130 000 emplois) et celui du transport (70 000 emplois).

Or, Jobboom souligne l’écart entre les emplois offerts et le nombre de diplômés, le nombre peu élevé d’étudiants inscrits aux programmes d’enseignement post-secondaire et le haut ratio d’offres de stages par étudiant.

Julie Gobeil, directrice à la recherche et rédaction aux Éditions Jobboom, indique que les statistiques relatives au portrait des perspectives de travail dans le secteur des TIC proviennent d’une enquête réalisée auprès des services de placement des institutions d’enseignement, de l’organisme sectoriel TechnoCompétences et d’entreprises du secteur privé. Mme Gobeil souligne que le secteur des TIC fait l’objet d’une vigueur depuis quelques années, mais les cégeps et universités ont encore de la difficulté à remplir leurs classes.

«C’est un phénomène qu’on voit dans le domaine des TIC, autant dans les cégeps en technique de l’information que dans les universités en génie logiciel, en génie informatique et en sciences de l’informatique. On voit que les classes ne sont pas assez pleines pour répondre aux besoins des employeurs. Les établissements d’enseignement ont beaucoup de promotion à faire pour remplir les classes dans des domaines où on croirait qu’il y a beaucoup de gens. Cela surprend souvent les gens de savoir qu’on manque énormément de diplômés, alors que l’industrie est en train de se mobiliser pour créer encore plus de postes.»

Mme Gobeil souligne que la création de 900 postes en jeu vidéo, qui est prévue d’ici l’été 2010, ne pourra être comblée avec les cohortes qui sont présentement sur les bancs d’école. Elle ajoute que la pénurie est présente dans tous les secteurs des TIC, autant dans les entreprises qui oeuvrent en technologies de l’information et des communications que dans les entreprises qui font l’utilisation de ces technologies.

Par ailleurs, pour plusieurs secteurs économiques du Québec, Jobboom.com fait état d’un événement nommé « bogue de 2012 », qui évoque l’année où le nombre de départs à la retraite sera plus élevé que le nombre d’arrivants sur le marché du travail.

Toutefois, Mme Gobeil estime que le secteur des TIC sera moins affectée que d’autres secteurs de l’économie québécoise par cette problématique, en raison de la relative jeunesse de ses travailleurs.

«La grande chance du secteur des TIC est que sa main-d’oeuvre n’est pas très âgée, alors que dans d’autres secteurs, comme celui de la santé, les départs massifs à la retraite ont augmenté et vont empirer. En informatique, cela viendra plus tard».

Constats de TechnoCompétences

Sylvie Gagnon, la directrice générale de TechnoCompétences, le comité sectoriel de main-d’oeuvre en TIC au Québec, a été invitée à commenter les constats formulés par l’éditeur Jobboom.

«À court terme le secteur des technologies de l’information et des communications demeure fort durant la période économique difficile actuelle, indique Mme Gagnon dans un courriel. Plusieurs entreprises dans le domaine des services bénéficient de contrats liés à l’informatisation et à l’amélioration des processus que certaines entreprises démarrent pour améliorer leur productivité en temps de crise. De plus, certaines entreprises profitent aussi des contrats des différents gouvernements qui continuent d’investir dans les TIC. L’emploi demeure donc fort et les entreprises que nous consultons continuent de recruter activement du personnel […]»

Mme Gagnon ajoute que le secteur des TIC, à moyen terme, devrait continuer sa croissance en termes d’emploi et d’activité économique. «Le secteur des TIC a connu une croissance deux fois plus rapide que l’ensemble de l’économie dans les dernières années et cette croissance devrait se poursuivre. Les perspectives d’emploi demeurent donc très bonnes à moyen terme grâce à la création future de nombreux emplois. De plus, le faible nombre de diplômés dans les différents programmes des TIC amènera des déséquilibres de main-d’oeuvre pour certains postes», souligne-t-elle.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d'adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.
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