Inquiétudes, spéculations et coeur de pomme


Jean-François Ferland - 16/01/2009

La santé du dirigeant d’une entreprise informatique fait générer bien des caractères ASCII sur Internet, alors que des rumeurs font chuter le cours de l’action. Sans le patron, pense-t-on, point de salut. Et si c’était de votre organisation dont on parlait?

Depuis plusieurs jours, la santé de Steve Jobs, le grand patron du fabricant de matériel informatique Apple, fait beaucoup jaser sur la Toile et dans les médias

M. Jobs aurait pris congé de la direction de son entreprise jusqu’en juin 2009 pour des raisons de santé, ce qui a été grandement souligné par des journalistes et des blogueurs. Or, l’information a été coulée dans Internet par la publication d’un message interne qui avait été transmis aux employés d’Apple.

Depuis, c’est la folie furieuse sur Internet, alors que les experts et les gérants, les économistes, les technologues et les médecins d’estrade jasent et jaspinent de l’état de santé du célèbre entrepreneur dont le statut frôle celui de l’icône. Plus de 3 000 articles au sujet de la santé de M. Jobs ont été recensés par Google jusqu’à ce jour.

Outre son rétablissement physique, il semble que bien des personnes s’interrogent sur l’avenir d’Apple sans lui. Déjà, certains se demandent si son remplaçant par intérim sera « le prochain Steve Jobs » et si l’entreprise survivra. Il y a même un scribe qui se demande « ce que ferait Steve Jobs » à propos de la stratégie de l’entreprise – comme s’il n’était déjà plus à la tête de l’entreprise ou qu’il avait quitté ce bas monde!

Certes, lorsque Steve Jobs a quitté l’entreprise – ou plutôt lorsque l’équipe de direction lui a demandé de la quitter – dans les années 80, Apple a connu une période plutôt difficile. Le retour de Jobs dans l’entreprise à la fin des années 90 a été suivi d’une période de renaissance où de nouveaux postes de travail, un système d’exploitation amélioré, mais surtout des lecteurs multimédias et des téléphones évolués ont redonné un élan fort appréciable à l’entreprise.

Or, certains croient que sans Jobs, il n’y a point de salut pour Apple. Pourtant, l’entreprise compte des milliers d’employés qui contribuent au développement de nouveaux produits et à l’évolution de produits actuels sur une base quotidienne. Qu’est-ce qui pourrait faire croire que l’entreprise s’effondrait dans l’éventualité que M. Jobs ne puisse plus jamais revenir au bureau?

Alors que les scribouilleurs de tout acabit multiplient les hypothèses, les analystes aussi rapides sur la gâchette pour prédire de jours sombres ou bien une incertitude quant à l’avenir du fabricant informatique. La conséquence de cette situation est que le cours de l’action d’Apple plonge ou remonte au gré des rumeurs et des ouï-dire. Il est pertinent de rappeler qu’à preuve du contraire, il est impossible de prédire avec certitude ce que réserve l’avenir…

Certains crieront que « le public a le droit de savoir », alors que d’autres affirmeront qu’il s’agit « d’une question de vie privée ». Ainsi, l’état de santé d’un dirigeant informatique sème autant d’émoi que les frasques d’une starlette…

Pommes cuites?

Ha ha ha! Que cette controverse est amusante! disent sûrement certaines personnes… Or, que se passerait-il si c’était VOTRE organisation qui était au centre d’une telle tourmente?

Disons que votre responsable des technologies de l’information rend son dernier souffle dans un accident imprévu durant ses vacances à l’autre bout de la planète. Est-ce que votre organisation possède un plan de relève? Est-ce que les orientations à court et à long terme sont établies par écrit quelque part? Est-ce que le savoir et l’expertise ne résident qu’entre les oreilles d’une seule personne? Est-ce que la stratégie technologique de votre organisation ne repose que sur une paire de frêles épaules? Est-ce que vous êtes prêts à affronter la machine à rumeurs sur la Toile? Que direz-vous aux fournisseurs?

Bon bon bon! Restons calmes! Les technologies sont utiles, mais elles ne constituent pas le coeur de notre raison d’être commerciale! diront certains. Pourtant, les technologies ne cessent de s’incruster dans les processus quotidiens. Une entreprise n’a pas de courriel durant dix minutes que ses employés paniquent. Imaginez une semaine…

Certes, le responsable des technologies de l’information n’a pas le statut du président au sein d’une organisation. Toutefois, dans bien des organisations, le grand patron cumule plus d’une fonction. Ainsi, il est important de penser à noter dans un endroit sûr et accessible les mots de passe, les stratégies et les plans de développement technologique, tout comme de penser à la relève.

Ainsi, on évitera de perdre le verger si le pomiculteur ne peut plus y travailler…

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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