Francisation des TIC : l’OQLF finance des projets en entreprise


Jean-François Ferland - 12/02/2009

Deux programmes de l’Office québécois de la langue française soutiennent les petites organisations et les associations pour des projets liés à des travaux d’adaptation et de promotion de la francisation en entreprise. Dans certains cas, le financement peut atteindre 100 000 $.

Dans le cadre du plan d’action Réussir en français annoncé en 2008 par le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du gouvernement du Québec, l’Office québécois de la langue française (OQLF) a entamé récemment deux programmes financiers pour soutenir des efforts de francisation en entreprise.

La première initiative, nommée Programme de soutien à la francisation par les technologies de l’information et des communications, fournit la moitié des dépenses requises par un projet de francisation aux entreprises de 50 à 99 employés qui désirent accélérer l’obtention de leur certificat de francisation obligatoire, tout comme aux entreprises de 11 à 49 employés qui souhaitent obtenir de façon volontaire un tel certificat. Une organisation peut ainsi obtenir jusqu’à 50 000 $ pour l’exécution de projets qui sont divisés en deux volets.

Le premier volet vise le remplacement de claviers non conformes par des claviers normalisés avec des inscriptions et des commandes en français ou des pictogrammes, le remplacement d’un logiciel déjà installé sur un ordinateur dans une langue par une version identique, une mise à niveau ou un équivalent en français. Également, les frais de traduction des interfaces d’un logiciel maison ou d’un logiciel commercial dont la version française n’est pas disponible au Québec.

Le deuxième volet a trait à la traduction des contenus d’un intranet, d’un extranet ou d’un site Web par une ressource compétente, ainsi qu’à l’achat d’un logiciel d’aide à la francisation. Chacun des volets accepte aussi les dépenses liées aux phases d’installation et de programmation qui sont requises par ces projets.

Soutien d’associations proactives

La deuxième initiative, nommée Programme de soutien aux associations pour la promotion de la francisation dans les entreprises, offre une contribution financière de l’OQLF qui rembourse jusqu’à 75 % des dépenses engendrées par des projets réalisés par des associations industrielles du secteur privé en matière de promotion de la francisation auprès de leurs membres.

Le premier volet, qui est consacré à des activités de promotion et de sensibilisation en matière de francisation, couvrira les coûts de main-d’oeuvre et de fonctionnement liés à la préparation et la tenue d’une activité, les coûts de production de matériel promotionnel ou didactique, les coûts de location d’une salle et d’équipement, certains frais de réception ainsi que les honoraires versés à un conférencier. L’OQLF établit à 20 000 $ le plafond de sa contribution à un projet de la sorte.

Le deuxième volet a trait à des activités liées à des initiatives de développement terminolinguistique dont pourront profiter les entreprises membres des entités participantes. Les dépenses admissibles sont des coûts liés au développement d’un portail linguistique dans un intranet, un extranet ou un site Internet (contribution maximale de l’OQLF : 100 000 $), des coûts de traduction en français d’un logiciel dont la mouture francisée sera diffusée et promue par l’entité (contribution maximale de l’OQLF : 50 000 $), ainsi que des coûts d’organisation et de réalisation d’une activité de développement terminolinguistique en fonction des paramètres établis dans le premier volet du programme (contribution maximale de l’OQLF : 10 000 $).

Les entités qui pourront participer à ces programmes sont les associations de travailleurs, d’entreprises et de gens d’affaires, les réseaux d’entreprises franchisées, les chambres de commerce ainsi que les associations et les regroupements à but non lucratif qui ont comme mission ou activité principale la promotion du français. Elles doivent être inscrites au Registre des entreprises du Québec, compter au moins 15 membres dont la majorité est située au Québec et tenir des activités destinées aux membres ainsi que des assemblées générales annuelles.

La contribution de ces entités – la part de 25 % qu’elles doivent contribuer à un projet – peut prendre la forme de matériel, d’argent ou de ressources humaines et être comptabilisée en vertu d’une juste valeur marchande.

Conditions

Certes, les demandes doivent être étudiées par l’Office québécois de la langue française, en fonction de l’ordre de réception des dossiers, du travail à faire pour atteindre le niveau de conformité requis, des besoins du secteur d’activité de l’organisation ainsi que de la qualité et du réalisme du projet. De plus, l’impact du projet sur la langue utilisée dans le cadre du commerce, des affaires – dont le nombre d’utilisateurs des technologies qui bénéficieront d’un changement potentiel – sera un critère pris en compte lors d’une évaluation.

Si le projet est accepté, les parties impliquées signent une entente qui contient une prévision des coûts du projet, la contribution de l’OQLF et la contribution de l’entreprise ainsi qu’un échéancier détaillé et une liste de preuves d’attestation de l’exécution des tâches prévues. 80 % de la subvention sera versée, en une seule somme ou par versements, après l’approbation d’un rapport d’étape et l’obtention de pièces justificatives. La portion restante sera remise lorsque l’OQLF approuvera la remise d’un certificat de francisation.

L’entreprise aura un an pour réaliser son projet. Si cette dernière ne complète pas le projet à temps ou qu’elle déroge à l’une des clauses de l’entente, l’OQLF pourra modifier, suspendre ou annuler cette dernière et réduire les montants accordés à l’entreprise fautive.

Impacts immédiats

Martin Bergeron, porte-parole à l’Office québécois de la langue française, explique que le programme, qui a été élaboré l’année dernière avant d’être approuvé par le conseil des ministres en décembre 2008, cadre parfaitement dans la mission de l’OQLF, qui est de faire du français la langue normale et habituelle du travail, des affaires, du commerce et des communications.

Interrogé à propos de la réaction des entreprises depuis le coup d’envoi du programme, M. Bergeron indique que les organisations de 50 employés et plus qui doivent obtenir un certificat de francisation ont généralement des mesures de francisation qui touchent aux technologies de l’information, et que la disponibilité d’un soutien financier aura un impact important.

« De façon normale, l’Office accepte que les mesures de francisation des technologies de l’information se fassent sur une plus longue période que d’autres mesures, parce que les coûts sont assez importants, explique-t-il. Ce programme de subvention va aider les entreprises à obtenir plus rapidement leur certificat de francisation. Plus de gens pourront travailler en français, servir davantage de clients en français et émettre davantage de documents en français pour les clients et les fournisseurs. L’impact sera immédiat. »

Depuis l’annonce du programme, les ententes approuvées lors de conseils d’administration mensuels de l’OQLF proviendraient d’entreprises qui étaient déjà à réaliser un programme de certification, alors que des conseillers de l’entité gouvernementale entretenaient déjà des contacts auprès de ces organisations. S’il confirme que des entreprises de moins de 50 employés ont entamé des démarches, M. Bergeron croit que les coûts engendrés par un tel projet pourraient allonger leurs échéanciers de réalisation.

« Avec le contexte économique actuel, il est peut-être plus difficile d’effectuer une telle dépense. Pour les entreprises qui ont moins de 50 employés, cette dépense peut s’avérer un coût très important qu’il faut planifier à plus long terme. Nous sommes en contact avec des entreprises qui sont en train de planifier [des projets] qui n’ont pas encore été déposés à l’Office », indique-t-il.

Résultats souhaitables

André d’Orsonnens, président du conseil et chef de la direction de Druide informatique, une entreprise spécialisée en développement d’outils linguistiques, dont Antidote, dirige le conseil de l’Alliance numérique, un organisme qui représente plusieurs entreprises québécoises de l’industrie des TIC. Il estime que ces programmes de l’OQLF constituent une « heureuse initiative ».

« Il est beaucoup plus facile pour une entreprise de servir sa clientèle en français lorsque ses employés bénéficient d’un environnement de travail en français. Or les TIC sont omniprésentes dans les milieux de travail. Le soutien proposé devrait notamment se ‘traduire’ – c’est le cas de le dire – par un plus grand nombre de sites Web en français. C’est un résultat éminemment souhaitable », indique M. d’Orsonnens.

Interrogé à propos de l’état de la francisation au sein des entreprises québécoises du secteur des TIC, le président du conseil de l’organisme industriel Alliance numérique ne croit pas qu’elles soient en meilleure posture que les entreprises des autres secteurs en matière de francisation.

« Mais dans la mesure où leurs produits et services sont utilisés par un nombre important et sans cesse grandissant de travailleurs, elles doivent probablement y être plus sensibles que les autres. Notre industrie gagnerait à être plus consciente du fort impact qu’elle peut exercer en matière de francisation », croit M. d’Orsonnens.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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