Crise: l’impact sur l’industrie canadienne des TI


Jean-François Ferland - 13/03/2009

IDC Canada établit trois scénarios quant à l’état des revenus en 2009 et le moment de recouvrement pour l’industrie des technologies de l’information. Si certaines données semblent inquiétantes, l’industrie des TI serait néanmoins en meilleure posture que d’autres. Analyse.

La firme IDC Canada, face aux changements drastiques survenus dans l’économie au cours des derniers mois, a procédé à une révision de ses prévisions pour les revenus de l’industrie des technologies de l’information au Canada en 2009. Les données précédentes avaient été établies en septembre 2008 et diffusées en décembre dernier.

Hier, dans le cadre d’une présentation Web, Vito Mabrucco, le premier vice-président de la pratique de consultation à l’échelle mondiale et directeur général chez IDC Canada, a souligné que les variables macroéconomiques qui avaient été établies pour 2009 – produit intérieur brut, investissements en machinerie et équipement, profits avant impôts, chômage, salaire – ont été revues à la baisse au cours des dernières semaines.

Toutefois, M. Mabrucco souligne que l’industrie des TI, qui a déjà vécu des récessions, vivra en quelque sorte une pause relative en relation à son expansion des dernières années et à sa croissance prévue à long terme. Il souligne que l’industrie canadienne des TI a connu une croissance continue ces dernières années, générant des revenus de 40 G$ en 2008, comparativement à 22 G$ en 1996.

Trois scénarios

Néanmoins, la dégradation de situation économique aura des impacts sur l’industrie des TI au Canada. En conséquence, IDC Canada a établi trois scénarios qui pourraient survenir quant au recul des dépenses effectuées en 2009 et jusqu’en 2011.

Les deux premiers scénarios émanent d’un sondage effectué auprès d’économistes par la firme Consensus Economics en février 2009. Le premier est fondé sur la moyenne des attentes exprimées par les répondants, alors que le deuxième est fondé sur les valeurs les plus basses qui ont été formulées par les répondants. Le troisième scénario, qui n’a pas été établi à l’aide de sondage, mais à l’aide de données provenant d’autres sources externes, dépeint une situation catastrophique.

À des fins de comparaison, les prévisions effectuées par IDC Canada à l’automne 2008 envisageaient une croissance des revenus de 1,4 % en 2009, soit au-dessus de 40 G$, une croissance de 2,9 % pour 2010 et une croissance de 3,5 % pour 2011.

Notons qu’en 2008, la croissance des revenus qui était initialement prévue était de 2,1 % en comparaison avec les revenus de l’année 2007. Au terme de la révision, cette croissance annuelle est ramenée à 1,7 %.

Le premier scénario, qui fait preuve d’un « optimisme prudent », est fondé sur une récupération de l’économie en 2010, sur l’application du plan économique du gouvernement fédéral, sur le retour aux dépenses historiques habituelles en TI, etc. Selon ce scénario, les revenus de l’industrie canadienne des TI pourraient reculer de 3,1 % en 2009, puis croître de 1 % en 2010 et 3,5 % en 2011.

Le deuxième scénario est fondé sur l’application tardive du plan de relance économique, sur une récession plus sévère en 2009, un recouvrement plus lent en 2010, une baisse des dépenses des consommateurs en 2009, une diminution de 30 % des profits avant impôt et une réduction de plus de 10 % des investissements réalisés par les entreprises canadiennes.

Selon ce scénario, les revenus de l’industrie canadienne des TI chuteraient de 7 % en 2009, augmenteraient de 0,9 % en 2010 et progresseraient de 3,3 % en 2011. M. Mabrucco indique qu’il faudrait attendre à 2012 pour retrouver le niveau de revenus de l’année 2008.

Le troisième scénario

Le troisième scénario, pour sa part, est fondé sur un impact limité du plan de relance économique et sur des changements dans les habitudes des dépenses en TI. Il est aussi fondé sur un taux de chômage de 11 %, une diminution des investissements commerciaux et un déclin de 7 % des investissements en machinerie et équipement en 2010.

Selon ce scénario, les revenus de l’industrie canadienne des TI reculeraient de 11 % en 2009, reculeraient de 5 % en 2010 et augmenteraient de 2,2 % en 2011. Ce scénario, qui serait marqué par des faillites, des difficultés pour plusieurs secteurs comme ceux des banques et de la production d’énergie et même « des enjeux géopolitiques », se traduirait par un recouvrement au-delà de 2012 du niveau de revenus de l’industrie des TI établi en 2008.

Ci-dessous, les tableaux sommaires qui résument la situation: le tableau 1 donne la prévision originale et le tableau 2 résume les 3 scénarios révisés pour 2009. Source: IDC Canada.

Prévisions sectorielles

D’autre part, une analyse des prévisions de la croissance des revenus en fonction des secteurs de l’industrie laisse entrevoir une année difficile pour les composantes matérielles en 2009.

Les revenus associés aux ordinateurs, aux serveurs et au stockage pourraient reculer de 11 % à 22 %, selon le scénario qui pourrait se concrétiser.

Les revenus associés au logiciel pourraient croître de 1 % si le premier scénario se réalise, mais ils pourraient reculer de 8 % si c’est le troisième scénario qui se concrétise.

Les revenus associés aux services en TI pourraient reculer de 2 % à 8 % en 2009, selon le scénario qui prendra forme.

Perspectives et préparation

M. Mabrucco indique que la concrétisation du pire des scénarios se traduirait par le recouvrement en 2012 du niveau de revenu de l’industrie canadienne des TI tel qu’il était en 2001 et 2002. Néanmoins, il estime que cette situation serait néanmoins meilleure que celles d’autres industries qui évoquent des reculs de vingt ou trente ans.

Si le deuxième scénario – qu’IDC Canada envisage comme étant le plus plausible – se concrétisait, le délai de trois ans avant l’atteinte du niveau actuel des revenus, selon M. Mabrucco, serait « pas mauvais » en fonction de l’ampleur de l’industrie canadienne des TI.

M. Manbrucco indique qu’en 2001, la récession avait surtout émané de l’industrie des TI, avec l’éclatement de la bulle « .com » – les événements du 11 septembre 2001 ont également eu un impact, mais dans une moindre mesure – alors que la récession actuelle est mondiale et émane de plusieurs industries.

Par ailleurs, il croit que l’industrie des TI sera un des meneurs importants de la phase de recouvrement.

« Le marché des TI est meilleure forme parce qu’il n’est pas dans la même situation que lors de la précédente récession des TI, où il y avait une surcapacité et un enjeu de crédibilité quant à la contribution au sein d’une organisation. Lors sondages effectués auprès de dirigeants canadiens à propos des coupures de budgets, les TI n’étaient pas en tête de liste », explique M. Mabrucco.

« Également, ce sondage s’intéressait à savoir si les TI faisaient parties des plans futurs des organisations. De façon surprenante, la réponse des gens des TI était moins positive que celle des gens des affaires! Les gens des TI ont réagi comme lors de la crise précédente – ‘On nous percevra comme un centre de coût, nous encaisserons les plus gros coups’ – alors que les gens d’affaires voyaient les TI comme étant une façon de contribuer au recouvrement, que ce soit à un niveau tactique ou à un niveau stratégique!

« C’est différent qu’en 2001 où les TI étaient blâmées. Cela ne veut pas dire que les entreprises commenceront [hâtivement] à dépenser, mais plutôt qu’une barrière du passé est disparue », précise-t-il.

M. Mabrucco estime que les vrais gagnants seront ceux qui évalueront le moment où le marché sera en recouvrement. Toutefois, il souligne que l’incertitude quant au degré et à la durée du déclin de l’économie s’applique aussi à propos du moment de la reprise du marché.

Il précise que les entreprises du secteur des TI qui s’en sortiront en premier devront choisir rigoureusement les endroits où ils feront des investissements lors de la période de recouvrement, ce qui pourrait entraîner des coupures à court terme, de la consolidation ou de la vente de divisions. Il ajoute que ces entreprises devront établir un plan dès maintenant afin de se préparer en conséquence.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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