Colère et déception chez les employés de Bell Canada


Jean-François Ferland - 04/05/2007

Plusieurs centaines d’employés de bureau et techniciens ont manifesté devant les bureaux de l’entreprise de télécommunications pour dénoncer des transferts de postes en sous-traitance à l’outremer et des coupures progressives des avantages sociaux aux retraités. Des manifestations auront également lieu lors de deux prochaines activités corporatives.

Deux décisions administratives prises par Bell Canada causent bien du mécontentement au sein du personnel de l’entreprise. En soutien aux personnes touchées par ces décisions, des centaines d’employés ont publiquement démontré leur insatisfaction devant les bureaux de l’entreprise lors de manifestations qui ont eu lieu à plusieurs endroits au pays jeudi dernier.

En premier lieu, quelques centaines d’employés du groupe Attribution/activation, qui sont représentés par l’Association canadienne des employés en télécommunications (ACET), ont manifesté en mi-journée devant des bureaux de Bell, notamment à Ottawa et à Montréal. Ces personnes contestaient une fin de contrat pour 67 employés temporaires, qui ont reçu un avis de quatre semaines de terminaison d’emploi, ainsi que pour la réduction d’heures de travail de 160 autres employés permanents à temps partiel, qui verront leur horaire hebdomadaire passer de 30 à 40 heures par semaine à 15 heures par semaine. Ces postes abolis ou réduits sont une conséquence du transfert par Bell Canada d’une partie des activités de ce groupe en sous-traitance vers l’Inde.

La vice-présidente de l’ACET, Line Brisson affirme qu’une centaine de personnes ont participé à la manifestation aux bureaux montréalais de la division, qui sont situés sur la rue Jean-Talon.

« C’est sûr que les gens sont en état de choc, stressés et inquiets, mais ils étaient heureux que l’on fasse une marche avec eux. Nous avions fait des étiquettes disant ‘Non à la sous-traitance’ que les gens portaient, et que même les directeurs portaient. Les gens étaient vraiment heureux de dire qu’ils se tenaient ensemble et qu’ils n’étaient pas contents de perdre leur emploi. »

La porte-parole du syndicat a confirmé que la décision de l’entreprise touchait autant les employés que les membres de la direction, et que des indices laissent croire que l’entreprise avait récemment pris sa décision de délocalisation d’emplois. « [Récemment] il y avait des ouvertures pour vingt postes de directeurs et finalement [Bell] a fermé ces ouvertures de postes. On m’a dit que [Bell] les envoyaient en Inde et qu’il ne fallait pas être surpris qu’ils ne soient plus affichés. Il s’agissait de postes de cadres », a-t-elle relaté.

Inquiétudes

Selon Mme Brisson, les impacts les plus prononcés de cette décision se feront ressentir auprès des gens qui faisaient trente, voire plus de quarante heures par semaine parce qu’elles faisaient beaucoup d’heures supplémentaires. « C’est là que le bât blesse, parce que ces gens étaient habitués de faire beaucoup d’heures. Ce n’est pas évident quand on leur annonce qu’ils vont faire moins d’heures parce que leur travail va être fait en Inde, parce qu’il n’y a pas grand’monde qui peut vivre avec quinze heures par semaine. C’est difficile de payer l’hypothèque et il y a beaucoup de gens qui sont des soutiens de famille. »

Selon la représentante syndicale, l’employeur a indiqué son intention de faire l’attrition des postes permanents à temps partiel au fur et à mesure que les gens voudront sortir de ces groupes. Elle précise que les employés permanents du secteur qu’elle représente, au nombre de 323, ne sont pas affectés immédiatement par la décision de Bell Canada. Elle a toutefois affirmé l’intention de l’entreprise d’appliquer une attrition pour ces postes lorsque les employés quitteront l’entreprise.

La représentante de l’ACET acquiesce que la décision de Bell Canada pourrait ne pas être étrangère à une vente possible de l’entreprise à d’autres intérêts, ce qui fait couler beaucoup d’encre depuis quelques semaines.

« C’est sûr que la compagnie essaie de réduire ses coûts de toutes les façons possibles pour être rentable, indique-t-elle. Ils nous disent qu’ils veulent être capables de faire compétition avec la concurrence, mais nous nous posons la question à savoir si c’est relié à la vente de l’entreprise, si elle veut être plus attirante en réduisant leurs coûts, ce qui serait normal. »

Le syndicat a rappelé, dans un communiqué annonçant la manifestation, que l’employeur avait augmenté les salaires de la majorité des employés du secteur Attribution/activation lors d’une négociation en 2005 « en affirmant qu’ils étaient sous-payés par rapport aux compétiteurs en télécommunications. »

Mme Brisson rappelle que ce n’est pas la première initiative de transfert de postes en sous-traitance et à l’outremer pour Bell Canada. « 50 % des appels effectués au service à la clientèle sont répondus par des ressources qui travaillent en sous-traitance et 5 % de ces appels sont acheminés en Inde. [Bell] a régulièrement des plaintes et malgré cela, l’entreprise maintient ce service en Inde », affirme-t-elle.

Mécontentement illustré

En même temps que les manifestations orchestrées par l’ACET avaient lieu, la section Québec du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier (SCEP) procédait à une autre manifestation au centre-ville de Montréal.

Sur le coup de midi, plus de 200 personnes, autant des techniciens et des téléphonistes que des employés de bureau, ont quitté les bureaux de Bell Canada situés sur la rue de La Gauchetière et ont marché sous escorte policière jusqu’à l’édifice du 1000 de la Gauchetière où se trouvent les bureaux des hauts dirigeants de l’entreprise. Des membres du syndicat de l’ACET participaient en coalition à cette marche.

Cette manifestation visait à démontrer l’insatisfaction des employés envers l’annonce de Bell Canada, à la fin de mars dernier, de couper partiellement les avantages sociaux des employés qui prendront leur retraite à partir de 2012, puis d’abolir totalement ces avantages aux employés qui quitteront à partir de 2016.

Plusieurs manifestants brandissaient des pancartes qui arboraient des slogans et des illustrations des castors qui font office de mascottes de Bell Canada, des personnages de la série « Les têtes à claques », diffusée sur les appareils mobiles de l’entreprise, ou la photo du président et chef de la direction, Michael J. Sabia.

Au cours de la manifestation bruyante, des représentants syndicaux, qui ont notamment qualifié Bell Canada de ‘compagnie de rats’, ont indiqué qu’ils allaient prendre divers recours pour signifier leur opposition à la décision administrative de l’employeur. Selon le site Web de la section Québec du syndicat, un recours collectif pourrait être déposé devant les tribunaux, alors que des griefs nationaux et individuels pourraient être remis à l’employeur.

Après une trentaine de minutes, le cortège a calmement quitté les lieux pour retourner aux bureaux et terminer leur pause de dîner.

Autres manifestations publiques

Le SCEP a invité ses membres à manifester leur insatisfaction à la Marche des jeunes, une activité annuelle de collecte de fonds qui aura lieu le 6 mai prochain à Montréal. Les participants sont invités « à marcher pour les jeunes mais contre Bell » de façon pacifique et le syndicat affirme qu’il contribuera financièrement à cette collecte de fonds.

« Il est assez ironique – voire hypocrite – que Bell organise des événements pour ramasser des fonds pour les jeunes alors qu’en même temps, elle coupe dans les programmes sociaux de ses futurs retraités. Est-ce que Bell a aussi l’intention d’organiser des marches pour récolter de l’argent pour aider les retraités? », déclare Michel Ouimet, le vice-président de SCEP-Québec sur le site Web de l’association.

Le SCEP a également affirmé qu’une manifestation sera tenue lors de l’assemble générale des actionnaires de Bell Canada, qui aura lieu le 6 juin prochain à Montréal.

Mme Brisson, de l’ACET, a confirmé que son syndicat prendra part à la manifestation qui aura lieu lors de cette assemblée générale, et qu’une évaluation des recours légaux contre l’entreprise était également en cours. « Mais notre priorité, actuellement, est de retrouver des places pour nos membres », a-t-elle ajouté.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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