Cinq tendances québécoises pour 2006


Jean-François Ferland - 21/12/2005

Éric Lacroix, le directeur de la veille stratégique et des enquêtes au Cefrio, identifie cinq tendances qui changeront le paysage des TI du Québec au cours de la prochaine année.

Le Cefrio, l’organisme québécois qui agit à titre de centre de liaison et de transfert pour aider les organisations à mieux utiliser les technologies de l’information, garde l’oeil ouvert sur les tendances technologiques. Le directeur de la veille stratégique et des enquêtes, Éric Lacroix, a été invité à formuler cinq tendances qui pourraient marquer l’année 2006. Alors, sans plus tarder…

1. La publication personnelle de contenus dans les wikis et les blogues. Selon M. Lacroix, malgré le récent mini-scandale à propos de Wikipedia où une fausse information a été publiée, l’incident ne renversera pas une tendance de plus en plus forte pour l’utilisation de ces outils.

« Au-delà de la simple façon d’étaler son état d’âme en public, les blogues deviennent des outils qui sont utilisés aux niveaux stratégique et du marketing par les entreprises ou des universités, remarque-t-il. En 2005, il y avait une espèce de tâtonnement où l’on ne savait pas trop comment faire, mais l’attention sera davantage placée sur une utilisation accrue de ces outils dans une perspective mercantile ou de compétitivité.

« N’importe qui peut mettre en place un wiki pour discuter de n’importe quoi. La différence avec le blogue est que tout le monde y est sur un pied d’égalité, on peut éditer tout ce qui est sur le site et une communauté s’en empare éventuellement. Dans le cas du blogue, son propriétaire est l’administrateur et fait des commentaires et les autres rétroagissent sur ces commentaires », précise M. Lacroix.

« On y travaille un peu à tâtons, comme on pouvait le faire avec les sites HTML il y a dix ans quand on ne savait pas trop comment on pouvait bien se servir de cet outil. Une grande emphase sera mise sur l’utilisation des blogues dans une perspective d’efficacité. Cela va devenir un outil qui sera récupéré commercialement plutôt qu’une chose sympathique et folklorique qui est reconnue et appréciée (des internautes) »

2. La baladodiffusion audio et vidéo Le recours au procédé de baladodiffusion des contenus, appelé podcasting en anglais, prendra de l’ampleur au sein des entreprises et des organisations. M. Lacroix donne l’exemple d’universités américaines qui offrent des cours de la sorte.

« Ce qui est intéressant de cette technologie est l’approche très légère que, par exemple, le montage d’une formation d’apprentissage en ligne, note-t-il. On enregistre le professeur et la personne peut l’écouter sur son iPod vidéo. Le podcasting cessera d’être une simple expression culturelle et prendra plus d’ampleur avec la vidéo.

« Un autre exemple se manifestera au niveau des manuels de formation et d’instructions. Au lieu de télécharger et d’imprimer un énorme fichier en format PDF, un manuel d’utilisation pourra être offert dans ce type de format. Cela entraîne une certaine complexification pour la communication du message, car on ne dispose pas de l’équivalent d’un écran de téléviseur ou d’ordinateur, mais des possibilités qui se présentent et les entreprises auront de plus en plus tendance à l’utiliser. »

3. La publicité en ligne Après plusieurs années de morosité, la publicité en ligne pourrait prendre son envol en 2006.

« La publicité en ligne est de plus en plus reconnue dans des formats plus agréables et moins ‘agressants’. Si les gros acheteurs de publicité y mettent des budgets, les agences y feront travailler les meilleurs créatifs et cela paraîtra sur la qualité de ce qui est produit. On s’appuie de plus en plus sur le médium Internet et on diversifie davantage le placement média en y attribuant une part de plus en plus croissante », indique M. Lacroix.

« Les pop-up et les bandeaux sont tannants et ils persistent, mais la présence de gros dollars fera en sorte que les grosses pointures en matière de création publicitaire se pencheront sur la question, ce qui risque d’avoir des effets positifs. À la télévision, on voit ce qui est produit au niveau national sur des gros comptes versus la petite publicité locale d’un garage qui vend des motoneiges. Nous sommes sur le point d’assister à des choses plus spectaculaires pour la publicité sur Internet que ce qu’on voyait jusqu’à présent. »

4. Le commerce électronique  Si, en 2003, 5 % de la population achetait régulièrement des produits en ligne, la dernière mesure réalisée à la fin de 2005 par le Cefrio mentionnait que 21 % des adultes québécois avaient fait un achat en ligne au cours du mois précédent.

« C’est un résultat plus fort que ce nous attendions et il est possible que notre statistique surestime un peu la réalité, met en garde M. Lacroix, mais l’achat en ligne est définitivement le lot de plus d’un million de personnes, ce qui est considérable par rapport aux 350 000 personnes qui auparavant y faisaient régulièrement des achats. »

« Les commerçants ne suivent pas nécessairement encore, alors que des rapports disent que le Canada a glissé au niveau de son positionnement en terme d’entreprises qui font du commerce en ligne. Mais ce signal à l’effet que de plus en plus de consommateurs achètent en ligne devrait rassurer les entreprises et en amener un plus grand nombre à faire du commerce électronique », ajoute-t-il.

5. Le gouvernement en ligne À propos des efforts du gouvernement du Québec pour développer le gouvernement en ligne, M. Lacroix indique que ces initiatives ne sont pas arrêtées, mais prennent plutôt une direction différente.

« Michel Audet, le directeur scientifique au Cefrio, disait récemment que nous n’avons pas actuellement un gouvernement en ligne, mais plutôt des ministères en ligne, relate M. Lacroix. On a fait énormément de développement, mais malgré certains cas comme ceux de la trousse de changement d’adresse qui implique six ministères et du portail pour les entreprises, il n’y a pas de vision commune de gouvernement en ligne à l’heure actuelle. »

« Or, depuis la deuxième moitié de 2005, Services Québec a été mis en place pour offrir, au fil des ententes administratives, un certain nombre de services de première ligne sur Internet, mais aussi dans des bureaux en région. Si l’on se fie à l’expérience réalisée au Nouveau-Brunswick, cela devrait constituer un facilitant pour amener une certaine cohérence dans la prestation de services du gouvernement électronique. Nous verrons un changement de positionnement du développement du gouvernement en ligne au cours de la prochaine année », suggère M. Lacroix.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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