Quand la différence fait toute la différence

11/02/2014

Jean-François Ferland

Jean-François Ferland

SAP Montréal, dans le cadre d’un projet pilote, embauchera trois personnes autistes. Chapeau.Illustration d'un casse-tête

Après Vancouver, où six personnes autistes ont été embauchées à l’automne 2013, voici que l’éditeur de progiciels amorce à Montréal une nouvelle phase d’un projet pilote au Canada. Les emplois à pourvoir sont dans les domaines du développement de logiciels et de l’assurance qualité.

Le projet pilote qui est réalisé en sol canadien par SAP serait le plus important du genre au sein de l’entreprise à travers le monde. En Inde, des personnes autistes occupent six emplois chez SAP depuis 2011, et en Irlande, trois personnes autistes travaillent pour l’éditeur depuis l’été 2013. Selon le site web de Specialisterne Canada Consulting, une firme internationale d’origine danoise qui assiste SAP dans le recrutement de personnes autistes, l’éditeur de progiciels a amorcé des projets similaires en Allemagne et aux États-Unis.

« Les talents spéciaux des personnes affectées par l’autisme concordent très bien avec l’industrie des TI, notamment dans les domaines du test de logiciels, de la programmation et de la qualité des données », indique SAP dans un courriel. L’éditeur souhaite tirer parti de certaines caractéristiques des personnes autistes, comme l’attention au détail, la logique de pensée et la capacité de mémoire.

Surtout, SAP précise qu’il ne s’agit pas d’une initiative à but charitable ni d’un projet de responsabilité sociale d’entreprise. « Les personnes seront embauchées au mérite et leurs salaires seront comparables à ceux de conseillers qui occupent des postes similaires », précise l’éditeur.

Bénéfices multiples

L’entreprise SAP s’est donnée l’objectif de faire croître la proportion d’employés autistes au sein de sa main-d’œuvre mondiale « pour donner à l’entreprise un avantage concurrentiel, en utilisant les compétences spéciales des personnes ayant de l’autisme ». L’objectif de SAP est de compter 1 % de personnes atteintes de troubles du spectre autistique dans sa main-d’œuvre d’ici 2020.

Présentement, l’éditeur de logiciel emploie 13 000 personnes à travers le monde, dont 2 300 au Canada. Si l’entreprise compte le même nombre de salariés dans six ans, elle pourrait alors employer 130 personnes autistes à l’échelle de la planète, dont 23 au Canada. Impressionnant.

SAP n’est pas la seule entreprise du secteur des TI à embaucher des personnes autistes : selon la fiche portant sur Specialisterne dans l’encyclopédie en ligne Wikipédia, des organisations telles que Computer Science Corporation, Microsoft et Oracle ont offert des opportunités de travail à des personnes autistes.

Des initiatives comme celles de SAP et d’autres entreprises des TI sont sans doute bien accueilles par les parents de personnes autistes, qui s’interrogent sur les opportunités que le marché de l’emploi réserve à leurs enfants. Également, la personne autiste qui obtient un emploi, bien qu’elle ait de la difficulté à communiquer et à interagir, ressent de la joie, de satisfaction et de la fierté. Chacun peut être utile et aider les autres, au sein de la société.

Bon nombre de personnes – dont l’auteur de ce billet – ont été informées de l’existence des troubles de l’autisme par le film Rain Man, paru en 1988. Dans cette œuvre cinématographique, le personnage joué par Tom Cruise tente de profiter les caractéristiques de son frère autiste (dont le personnage est joué par Dustin Hoffman)… au casino. Heureusement, les initiatives de SAP et d’autres entreprises en TI ont le mérite d’être réalisées avec un souci de respect et d’égalité pour les personnes autistes.

À voir ce qu’offre l’industrie des TI, avec ses produits et ses services, on se dit que les temps ont changé. Mais à voir de telles initiatives qui donnent des opportunités d’emploi à des personnes autistes, on peut dire aussi que les temps ont changé. Voilà quelques décennies à peine, plusieurs personnes ayant un handicap physique ou intellectuel avaient peu d’opportunités d’emploi. Certaines étaient littéralement cachées parce qu’elles « faisaient honte ». D’autres, malgré leur liberté, étaient tenues à l’écart par les autres à cause de l’ignorance, des préjudices et de la peur. Heureusement, ces « autres » ont été sensibilisés et informés – en partie grâce à la technologie – et ont appris à découvrir et respecter la « différence ».

Voilà maintenant l’occasion pour d’autres entreprises de l’industrie québécoise des TI d’aller de l’avant et d’offrir des opportunités aux personnes ayant des troubles de l’autisme, mais aussi à des personnes ayant des handicaps physiques ou intellectuels. Toutefois, il faut que de telles initiatives soient réalisées dans un esprit de « développement durable » et avec de la bonne volonté, sans intention de remplir un quota ni de se donner une bonne image.

Lorsqu’on donne une opportunité à une personne malgré sa différence, tous y gagnent, autant l’individu que l’entreprise et la société dans son ensemble.


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Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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