Alain Tascan et Sava Transmédia : une leçon d’affaires… et d’humanisme

22/05/2014

Jean-François Ferland

Jean-François Ferland

L’entrepreneur en jeu vidéo Alain Tascan, qui inspirait déjà confiance, mérite le respect de toute l’industrie des TIC.

Les initiatives entrepreneuriales ne sont pas toujours fructueuses et celles qui sont réalisées dans l’industrie québécoise des TIC n’échappent pas à cette réalité. Lorsque les choses ne vont pas bien, la fin d’une aventure commerciale peut prendre diverses formes et avoir des répercussions différentes pour les travailleurs et les travailleuses d’une entreprise. Trop souvent, la situation est malheureuse pour les personnes touchées par une fermeture d’entreprise… Mais il y a des exceptions.

Alain Tascan, qui a participé activement à l’établissement de deux importants studios de développement de jeu vidéo à Montréal – Ubisoft Montréal et EA Montréal – a lancé le studio Sava Transmédia à Montréal en 2011. Ce studio, qui était soutenu par des investisseurs privés et une société de capital de risque, œuvrerait dans le créneau des jeux vidéo mobiles et à caractère social. Selon le site web de Sava Transmédia, quatre

Alain Tascan

Alain Tascan (Photo : Groupe CNW/Sava Transmédia)

jeux ont été développés pour les plateformes iOS d’Apple et Android de Google. Jusqu’à une quarantaine de personnes ont travaillé au studio qui avait pignon sur le boulevard Saint-Laurent. Or, Sava Transmédia a cessé récemment ses activités, faute d’utilisateurs et de revenus.

Le site web américain VentureBeat a publié récemment un compte-rendu d’un entretien entre le cofondateur de Real Ventures John Stokes et Alain Tascan dans le cadre de la conférence Videogame Economics Forum, qui a eu lieu en France il y a quelques jours. Lors de l’entretien, M. Tascan a indiqué qu’il n’a pu cerner ni comprendre assez rapidement le monde des jeux mobiles et sociaux, alors qu’il provenait du domaine traditionnel des jeux sur console à gros budget. Également, il a fait état de la difficulté de convertir le talent des développeurs de jeu vidéo sur console pour qu’ils oeuvrent au développement de jeux mobiles et sociaux.

Mais ce qui retient l’attention dans le compte-rendu de VentureBeat, c’est la façon dont M. Tascan a mis fin aux activités de Sava Transmédia : alors qu’il avait des ressources monétaires pour maintenir les activités du studio durant encore six mois, M. Tascan s’est rendu à l’évidence qu’un jeu en développement était en quelque sorte un « quitte ou double » pour la poursuite des activités de l’entreprise. Il a demandé aux employés qui étaient encore à son emploi, en cas d’échec, de rester en poste jusqu’à une date précise. En échange, il trouverait pour chacun d’entre eux un autre emploi dans l’industrie avant leur dernière semaine de travail chez Sava Transmédia.

Selon VentureBeat, lorsque le jeu n’a pas répondu aux attentes commerciales, Alain Tascan a tenu parole et a trouvé des emplois pour la douzaine de personnes qui travaillaient encore pour lui.

Porter une attention de la sorte au sort de ses employés, lorsque son entreprise cesse ses activités, est très rarissime dans l’industrie des TIC, voire dans toute industrie au Québec. Cette façon de faire d’Alain Tascan mérite une main d’applaudissement, un coup de chapeau, un tape dans le dos et un pouce en l’air.

Souvent, lorsqu’une entreprise démarre ses activités dans notre industrie, elle convie ses nouveaux employés, ses partenaires financiers et les médias à un événement de lancement où tapas, petits verres de vin, écran géant, DJ et prestations d’acrobates sont de mise. Tous ont le sourire et envisagent les opportunités qui s’offrent à la nouvelle entreprise dans un marché régional, puis national, continental et mondial…

Mais lorsqu’une entreprise ferme ses portes, personne ne sabre le champagne. Généralement, dans de telles situations, on entend parler de « fermeture sauvage », de déménagement en pleine nuit, d’employés impayés et laissés à eux-mêmes. Certes, certaines entreprises offrent des services d’aide aux ressources humaines qui seront licenciées, mais vont-elles jusqu’à s’assurer que chaque personne « remerciée » aura une nouvelle job dès le lendemain de son dernier jour à l’emploi?

Ayant rencontré Alain Tascan à quelques reprises dans le cadre du travail, ce dernier m’a donné l’impression d’être une personne honnête, attentionnée et passionnée. Il est fort probable qu’il donne la même impression lors d’une rencontre par hasard à l’épicerie ou sur le site d’un festival que lors d’une entrevue ou d’un lancement d’entreprise. Évidemment, il est difficile de savoir si les employés de M. Tascan avaient une impression similaire de leur employeur, mais à en juger les réactions aux révélations de VentureBeat dans Internet et les médias sociaux, sa réputation semble être positive en général.

Alain Tascan, qui travaille présentement à un nouveau projet dans le secteur du jeu pour les appareils mobiles, dit qu’il appliquera les leçons apprises au cours des dernières années. Puissent les dirigeants d’entreprises de l’industrie des TIC y trouver de l’inspiration afin que l’humanisme prévale s’ils sont confrontés un jour à pareille situation.


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Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d’adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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