WCIT 2012 : Des visions à tous azimuts de l’ère numérique


Jean-François Ferland - 24/10/2012

Neuf participants à un panel modéré par Larry King, qui provenaient de divers domaines des TIC, ont partagé leurs points de vue sur les impacts du numérique dans la société.Logo du congrès WCIT 2012

La discussion, qui était dirigée par le célèbre animateur de radio et de télévision américain Larry King, a réuni Kevin Crull, le président du producteur de contenu Bell Média au sein du conglomérat Bell Canada, Ivo Ivanovski, le ministre responsable de la Société de l’Information et de l’Administration à la République de Macédoine et Philippe Kridelka, qui est directeur à l’UNESCO.

Un autre participant qui était présent sur la scène était Nathan Muema Masyuko, le responsable du développement des affaires Afroes, un développeur sud-africain de jeux et de contenus voués à la conscientisation sociale qui a remporté le prix World Summit Youth Award (WYSA) en 2012.

Mark Aboud, directeur général chez SAP Canada, Brian David Johnson, futuriste chez Intel, Robert E. Kahn, co-inventeur d’Internet et dirigeant de l’organisme Corporation for National Research Initiatives (CNRI), Vivek Ranadivé, fondateur et président-directeur général de l’éditeur de logiciels d’information en temps réel TIBCO Software et Carlos Slim Domit, président du conseil de Groupo Carso et administrateur du fournisseur mexicain de services de télécommunications Telmex ont participé à l’échange par le biais de la vidéoconférence.

Les impacts du numérique

Les membres du panel ont indiqué à quel point le numérique avait eu un impact sur leurs activités au cours des dernières années.

Kevin Crull a indiqué que le numérique secoue l’industrie des médias comme il a secoué celle de la musique. « La technologie IP a donné le contrôle aux consommateurs et aux entreprises et elle a réduit la barrière d’entrée pour ceux-ci. Les fournisseurs de services ont dû améliorer l’expérience utilisateur, les interfaces et la disponibilité du contenu, mais la création de bon contenu est demeurée importante », a-t-il affirmé.

Pour Ivo Ivanovski, la société de l’information et le numérique ont permis à son gouvernement de donner plus de pouvoir aux citoyens. « Nous n’avons pas de ressources naturelles : nos citoyens sont nos ressources. En rendant le gouvernement plus transparent, mais surtout en misant sur les services électroniques et mobiles, nous leur avons permis d’être plus productifs et de passer plus de temps au travail ou en famille plutôt qu’à nos comptoirs de services », a-t-il confié.

Selon Philippe Kridelka, le numérique aide à améliorer la littératie des gens à travers le monde, aux fins de l’apprentissage théorique et de la mise en pratique. « Le téléphone mobile est un outil incroyable. Les nouvelles technologies peuvent aider à l’éducation, mais aussi à rapporter les crimes culturels ou à protéger les journalistes qui font leur métier dans certaines parties du monde », a-t-il souligné.

Nathan Muema Masyuko, qui se qualifie d’entrepreneur social, a indiqué que les systèmes mobiles permettaient aux gens d’apprendre de nouvelles choses, alors que des jeux peuvent inspirer et changer des comportements. « Des jeux peuvent permettre de discuter d’enjeux difficiles comme la protection de l’environnement ou la prévention des abus des enfants », a-t-il noté.

Mark Aboud a affirmé que la gestion de l’information et la collaboration étaient des éléments essentiels dans l’univers numérique. « Les choses fonctionnent lorsqu’on les essaie. Il fait prendre le capital intellectuel à divers endroits et l’utiliser pour faire de nouvelles choses », a-t-il dit.

Pour Brian David Johnson, l’avenir est prometteur parce qu’il sera construit par des personnes. « Nous aurons plus de puissance de traitement, les puces informatiques seront plus petites et tout deviendra un ordinateur. Que voudrons-nous faire? Nos aspirations et notre imagination nous le dicteront », a-t-il affirmé.

Robert Khan a souligné que la Toile était rendue à sa cinquième génération de technologies. Il a dit croire que des concepts liés aux technologies que l’on commence à peine à saisir aujourd’hui marqueront la société lors des prochaines décennies. Il a dit en substance que le réseau et les appareils qui sont utilisés pour exploiter l’Internet changeront, mais que le système d’information de la Toile sera maintenu.

Selon Vivek Ranadivé, il y a tant de choses à faire et tant de choses à résoudre à l’aide du numérique. « Il faut utiliser la technologie au bon moment et au bon endroit », a-t-il confié.

Visions d’avenir

Les panellistes ont chacun partagé leurs visions des impacts du numérique dans l’avenir, qui parfois n’est pas si loin…

Pour Kevin Crull, qui constate la poussée de la courbe d’adoption du contenu en temps réel et des appareils mobiles, le futur est à la fois excitant et apeurant, puisque des modèles d’affaires sont créés et d’autres sont aussitôt détruits. Pour Ivo Ivanovski, tous les gouvernements seront connectés à leurs citoyens via les appareils mobiles afin de leur offrir des services en tout temps.

Philippe Kridelka, de son côté, entrevoit des histoires à succès, mais aussi des enjeux qui seront liés au numérique. « Les nouvelles technologies peuvent faciliter un monopole culturel, ce qui a un effet sur la vivacité des langues des minorités. Toutes les deux semaines, une langue disparaît. Mais la technologie peut être un outil de promotion de la diversité », a-t-il prôné.

Robert Khan, pour sa part, a mentionné que la gestion de l’information sera plus importante, mais que le numérique soulèvera des enjeux liés à la vie privée et à la sécurité. « Mais je suis optimiste quant à l’avenir. Lorsqu’on fera la moyenne des avantages et des inconvénients, les avantages seront supérieurs. »

Vivek Ranadivé a indiqué que le contexte, encore plus que l’information, sera roi dans le futur. « Il faudra que le contenu soit placé dans le bon contexte. Pour avoir une meilleure planète, il faudra utiliser l’information qui existe déjà afin de résoudre des problèmes liés par exemple à la santé ou la pénurie d’eau. »

Plusieurs panellistes ont partagé des visions qui étaient fondées sur leurs intérêts commerciaux. Toutefois, le jeune Nathan Muema Masyuko a suscité les applaudissements de l’auditoire à plusieurs reprises avec des propos empreints de sagesse. « Chacun d’entre vous a une opinion sur la direction que devrait prendre la technologie. Et si nous voulions aller plus loin que la Lune? Il faut se servir de la technologie et s’y rendre », a-t-il dit notamment.

Bruit dans la communication

La discussion, dans son ensemble, a sûrement plu aux participants du WCIT. L’animateur Larry King a accompli sa tâche avec professionnalisme, bien qu’il ait semblé utiliser une formule qui doit être appliquée dans tous les événements commerciaux pour lesquels ses services sont requis.

Il est dommage que la majorité des panellistes n’aient pu être présents dans la salle pour prendre part à la discussion. Surtout, il est dommage que la qualité du service de vidéoconférence n’ait pas été à la hauteur pour plusieurs des participants. D’ailleurs, la qualité de la vidéo et de l’audio de la liaison de Carlos Slim Domit était si mauvaise qu’il était difficile de saisir son discours, d’où l’absence de ses propos dans le présent article.

Ces difficultés techniques soulèvent des questions lorsqu’on considère qu’elles sont survenues lors d’un événement mondial qui est consacré aux TIC, et plus encore lorsque la plus mauvaise liaison multimédia était celle du haut dirigeant d’un conglomérat en télécommunications…


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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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