Un bulletin météo pour l’informatique en nuage


Jean-François Ferland - 08/04/2011

À la conférence Boule de cristal du CRIM, des représentants d’Amazon, IBM, Google, Savvis et Salesforce.com ont résumé les défis et les enjeux commerciaux liés à l’informatique en nuage. Leur message était clair : l’infonuagique est inévitable et aura d’importantes répercussions.

D’entrée de jeu, le modérateur Allistair Croll, qui est le fondateur et l’analyste principal de la firme Bitcurrent, reconnaît que des utilisateurs potentiels de l’infonuagique ont des craintes envers la sécurité pour les nuages publics, envers la dépendance au fournisseur pour les infrastructures et les plates-formes à titre de service, envers les coûts d’exploitation pour les nuages privés ou envers les coûts d’échelonnage pour l’infrastructure service.

Mais il affirme que le débat lié à la sécurité de l’infonuagique prendra fin bientôt, en donnant l’exemple des erreurs de classement dans les dossiers en papier des cliniques médicales. « Les gens se diront qu’il ne peuvent pas ne pas utiliser l’informatique en nuage, parce que l’approche alternative habituelle est non sécuritaire », affirme M. Croll.

Jinesh Varia, évangéliste technologique chez Amazon Web Services, a formulé cinq éléments clés qui caractérisent un bon fournisseur d’informatique en nuage. « Le fournisseur doit rechercher une excellence dans la sécurité et l’exploitation, alors que la responsabilité de la sécurité se situe au niveau de l’infrastructure, des services et des applications. Aussi, il faut fournir de la flexibilité et du choix, en ayant recours à une infrastructure de blocs de composantes entre les couches du matériel et des applications », a-t-il indiqué.

« Il faut écouter et répondre rapidement aux suggestions des clients : le fournisseur doit innover au niveau technique, mais aussi au niveau commercial en offrant une variété de modèles d’affaires. Il faut chercher constamment à réduire les coûts et offrir des économies d’échelle. Enfin, il faut aider le client à être concurrentiel dans un marché mondial, en réutilisant des composantes et en répartissant les charges au gré des fuseaux horaires. »

Tom Wheatley, ingénieur émérite dans le groupe des Services mondiaux chez IBM, a souligné que l’informatique en nuage profitait de l’évolution d’éléments clés au cours des dix dernières années, comme comme la standardisation, la consolidation, l’accès omniprésent, l’automatisation de service, le libre service et la facturation à l’utilisation. Il a évoqué l’évolution des modèles de livraison et des modèles de déploiement, avec les approches des nuages publics, privés et communautaires.

« Comme ce fut le cas avec Internet, les modèles de l’informatique en nuage évoluent avec le marché. Les grands bénéfices pour les clients sont la réduction des coûts, l’atteinte rapide de valeur et l’amélioration de la fiabilité et de la disponibilité », a dit M Wheatley.

Patrick Chanezon, le directeur des relations développeurs au groupe Informatique en nuage et applications chez Google, a affirmé que l’infonuagique permettait de créer de la valeur « entre les lignes ».

« En ces temps économiques mornes, il faut trouver des façons de créer de la valeur. Je crois que l’informatique en nuage peut jouer ce rôle », a-t-il dit, en donnant l’exemple d’une microentreprise qui avait établi un service en créant un pont entre le service publicitaire AdWords de Google et le service de gestion de la relation client de Salesforce.com.

Tim Beerman, vice-président responsable de la gestion et de l’ingénierie de produits d’hébergement chez Savvis, a affirmé que les gestionnaires et les responsables des TI des organisations devaient saisir rapidement les possibilités offertes par l’infonuagique. Selon lui, les clients ne devraient pas avoir à se préoccuper de ce qui se passe en arrière-plan d’une application en nuage. « Ils ne sont pas encore à l’aise et veulent savoir ce qu’il y a derrière le capot… Mais cela changera bientôt », a-t-il indiqué.

Peter Coffee, vice-président et directeur de la division dédiée à la recherche sur les plates-formes chez Salesforce.com, a indiqué qu’un fournisseur d’informatique en nuage devait être « mille fois meilleur » que ce qui prévaut présentement dans des organisations afin que l’approche de l’infonuagique soit acceptable aux yeux des utilisateurs potentiels.

« Nous devons démystifier les craintes et résoudre les enjeux, a-t-il expliqué. Si un centre de données est à une bonne distance du client, il nous faut établir une redondance avec divers fournisseurs en réseautique. Aussi, il faut suivre la réglementation liée à la protection des données et à la conformité. Il faut regarder les lois, mais il faut aussi suivre l’actualité juridique pour prendre connaissance des situations problématiques. »

« Chez un fournisseur de service en nuage, tout travail d’analyse en amont permet ensuite aux ingénieurs d’être plus efficaces… et aux gestionnaires de mieux dormir la nuit. »

Prévisions

Le modérateur Allistair Croll a invité les panellistes à répondre à diverses questions liées à l’informatique en nuage, dont nous avons retenu des observations intéressantes.

« Si on n’offre que des fonctions de base en informatique en nuage, les gens resteront au niveau du sous-sol. Il faut offrir aux organisations des mécanismes de haut niveau, qui permettent aux gens d’aller plus loin », a indiqué Peter Coffee de Salesforce.com.

Pour leur part, Tom Weathley d’IBM et Jinesh Varia de Savvis ont affirmé que les fournisseurs d’applications conventionnelles n’auront pas le choix d’offrir des solutions fondées sur l’infonuagique s’ils veulent maintenir leurs activités commerciales. « Le modèle monolithique des fournisseurs de progiciels de gestion intégrés sera brisé. Ils devront offrir de nouveaux produits », a prédit M. Varia.

Pour Tim Beerman de Savvis, les gens s’attendent à ce que tout soit éventuellement utilisé sous la forme d’un service, mais la bande passante constitue encore un obstacle majeur.

Peter Coffee de Salesforce.com a souligné qu’il était facile et abordable pour une organisation de faire l’essai avant achat d’un nombre élargi de solutions sous l’approche de l’informatique en nuage. Il a envisagé le métier de « courtier en infonuagique » comme une profession d’avenir.

Enfin, les panellistes ont estimé qu’il n’y aurait pas de perte d’emploi dans les organisations en raison de l’adoption de l’informatique en nuage. Toutefois, les administrateurs feront plutôt du travail de développement et les tâches des professionnels des TI seront davantage orientées vers les besoins d’affaires.

Jean-François Ferland est rédacteur en chef adjoint au magazine Direction informatique.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d'adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.
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