Révolution mobile à l’horizon


André Ouellet - 07/06/2011

Tous les indicateurs pointent vers une croissance massive de la mobilité, comme celle qu’Internet a connue. Encore timides, les entreprises se préparent néanmoins aux bouleversements annoncés.

Selon une étude publiée récemment par Alliance numérique, il y aurait quelque 4,6 milliards d’utilisateurs de téléphones cellulaires dans le monde, les téléphones intelligents accaparant 20 % des ventes de ces appareils. En 2009, la valeur du marché mondial des téléphones cellulaires dépassait la rondelette somme de 96 milliards de dollars américains.

Le taux annuel de croissance moyen anticipé d’ici 2015 est de 24,9 % pour les téléphones intelligents contre 3,7 % pour les autres types de téléphone cellulaire, ce qui donnera encore plus d’élan à la mobilité. D’ici 5 ans, il y aura plus d’internautes utilisant un appareil mobile qu’un ordinateur de bureau, d’après IBM.

« Il y a au moins trois ans qu’au moment d’entamer une nouvelle année, on déclare sur toutes les tribunes qu’il s’agit de celle de la mobilité. Il semble que, cette fois, 2011 sera bel et bien le moment attendu », affirme Dominic Gagnon, président de la firme de marketing mobile Piranha. Cette année sera celle où les écrans tactiles – téléphones et tablettes – commenceront à supplanter l’ordinateur portatif, selon une étude du fournisseur de services Zenprise.

« Le Web mobile est le prochain cycle informatique majeur », estime Alon Kronenberg, chef du groupe-conseil Applications mobiles, Services d’affaires mondiaux, IBM Canada.

L’adoption des technologies mobiles est plus rapide que ce qu’on a pu observer dans l’histoire pour toute autre technologie. Il faut dire que, les communications mobiles se faisant par le truchement d’Internet, l’infrastructure nécessaire est déjà en place. Ce qui n’a pas été le cas du téléphone à ses tout débuts, à titre d’exemple.

Alon Kronenberg souligne aussi le fait que les utilisateurs sont aujourd’hui très avisés technologiquement parlant, ce qui facilite l’adoption des produits de pointe. En outre, Internet continue de croître parallèlement aux technologies mobiles, facilitant ainsi la croissance de la mobilité sur Internet. D’ailleurs, le réseau des réseaux joue un rôle essentiel dans l’évolution de la mobilité.

« C’est ce qui explique le succès de l’iPhone : plutôt qu’une simple fonction ajoutée à l’appareil, Internet fait partie intégrante du produit, que l’on ne peut vraiment utiliser sans le Web », poursuit M. Kronenberg. Avant l’avènement d’Internet, que faisions-nous avec nos ordinateurs? « Pas grand-chose », répond Dominic Gagnon. Le même constat s’impose en mobilité : sans Internet, les fonctions du téléphone sont limitées. « Le jour où tout le monde aura Internet sur son téléphone, les façons de communiquer seront très différentes », dit-il. En fait, l’évolution des technologies mobiles est très similaire à celle du Web. On constate les mêmes hésitations, le même clivage entre les groupes d’âge, les mêmes préoccupations par rapport à la sécurité que dans les années 90, époque des débuts d’Internet, précise Alon Kronenberg.

Adoption par les entreprises

« Il y a quelques années, on se demandait si Internet allait être un succès et on se lançait dans l’aventure un peu n’importe comment, indique Dominic Gagnon. On vit un peu la même chose avec la mobilité ; tout le monde veut son application, mais, au bout du compte, peu de contenus sont offerts spécialement pour les utilisateurs mobiles. C’est le principal problème en ce moment.

« Il y a là quelque chose d’illogique ; on oublie que ces personnes ne sont pas assises à un écran d’ordinateur. L’historique de l’entreprise, que l’on retrouve traditionnellement sur les sites Web, ne présente aucun intérêt pour un utilisateur mobile », ajoute M. Gagnon.

Malgré les lacunes inhérentes à l’adoption d’un modèle émergent, la mobilité d’entreprise progresse. Au moment où elles s’installent dans le quotidien des gens, les technologies mobiles exercent une incidence graduelle sur la façon dont les organisations mènent leurs activités. « Les nouveaux réseaux mobiles 4G donnent lieu à un accroissement de la force du signal et de la bande passante, ce qui permet de faire des choses beaucoup plus intéressantes, soulève le président d’Alliance numérique, Pierre Proulx. L’accessibilité à des contenus riches permet d’entrevoir un potentiel beaucoup plus grand. Cela se passe sur une multitude d’applications et dans des domaines où, autrement, on n’aurait peut-être pas considéré la mobilité. Le modèle touche à M. et Mme tout le monde au quotidien », plaide-t-il.

Selon une étude de la société Deloitte, plus de la moitié des entreprises de la liste Fortune 500 ont mis en place des sites Web à l’intention des utilisateurs mobiles.

La croissance du phénomène se poursuivra avec la convergence du commerce électronique mobile, des technologies infonuagiques et des réseaux sociaux, indique l’étude. « La mobilité est un phénomène inévitable, commente Kawther Haciane, directrice principale, Sécurité et relève des technologies de l’information à la Banque Nationale du Canada. Il convient d’être proactif à cet égard afin de ne pas manquer le bateau et de se retrouver dans une situation catastrophique », prévient-elle.

La demande dépasse l’offre, commente pour sa part Dominic Gagnon. « Plus de 80 % des gens indiquent vouloir recevoir des bons de réduction sur leur téléphone, mais il y a encore très peu d’offres en ce sens. Nous sommes à l’étape des projets pilotes ou des petites campagnes. Peu d’entreprises ont des stratégies à plus long terme – prévoyant une, deux ou trois années. » Selon lui, les campagnes mobiles procurent un rendement de l’investissement supérieur d’environ 15 % à 20 %.

Difficultés rencontrées

De façon générale, on s’entend pour dire que la mobilité n’est pas un simple canal Internet s’ajoutant à ceux qui existent déjà, mais une occasion unique de repenser la façon dont les entreprises interagissent avec leurs clients, leurs employés et leurs partenaires. Pour le moment, toutefois, les organisations doivent composer avec une certaine adversité.

En tête de liste vient sans doute la complexification des tâches au sein des services TI. La coexistence de plusieurs plateformes – iPhone, Blackberry et Android – y est pour beaucoup.

D’après Alon Kronenberg, le regroupement des plateformes aidera en ce sens. Les écosystèmes mobiles prendront rapidement de la maturité et faciliteront les tâches liées à la gestion des appareils et à leur soutien, croit-il.

Autre élément à prendre en compte : la sécurité. On s’attend à ce que davantage d’employés utilisent leur propre appareil mobile au travail, avec ou sans l’autorisation de l’employeur. Objets de convoitise de la part des voleurs, les téléphones et les tablettes peuvent aussi contenir des programmes malveillants susceptibles de se propager dans les réseaux d’entreprise. Dans ce contexte, le vice-président de la Division Asie-Pacifique de Research in Motion, Norman Lo, s’attend à ce que les organisations resserrent leur politique de sécurité.

À quoi servirait une œuvre d’art que l’on garderait dans un coffre-fort, demande Alon Kronenberg. La même logique s’applique à la mobilité ; la sécurité ne devrait pas être un frein à son adoption, indique-t-il. D’ailleurs, « les algorithmes permettant de sécuriser les échanges avec des appareils mobiles existent déjà et ont commencé à être déployés à l’échelle mondiale », précise Pierre Proulx.

De son côté, Dominic Gagnon est d’avis que les technologies mobiles sont plus sécuritaires que le Web. « Il n’y a pas de virus ; les systèmes d’exploitation sont très simples et ne comportent pas de réception de fichiers. On a jamais vu de fraudes ou de campagnes de pourriel importantes dans le cadre de la mobilité », souligne-t-il.

Quoi qu’il en soit, les écueils rencontrés par les organisations ne semblent pas trop ralentir la poussée de la mobilité. « Il y a tout juste deux ans, on constatait beaucoup de dénis à l’égard de ces nouvelles technologies, explique Kawther Haciane. Aujourd’hui, la tendance consiste davantage à se pencher sur la question. Il y a beaucoup plus de séminaires, d’échanges et de collaboration à ce sujet », conclut-elle.

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