Réseaux 4G : Trois questions, trois visions


    Jean-François Ferland - 05/12/2011

    Des responsables des technologies au sein d’organisations, des dirigeants d’entreprises de l’industrie des TIC et des observateurs répondent à trois questions liées à la thématique de notre dossier.

    Jean-Guy Rens
    Associé principal
    Sciencetech
    Montréal
    Sofiène Affes
    Professeur titulaire,
    Chaire de recherche en communications sans fil à haute vitesse – INRS Québec
    Pierre Deguire
    Président
    PigisTelecom

    Blainville


    1- Quels ajouts majeurs obtiendront les organisations qui adopteront hâtivement les réseaux mobiles 4G?

    Jean-Guy Rens : Un écosystème industriel qu’on appelle « Internet des objets » est en train de se créer, où tous les objets de notre environnement seront progressivement dotés d’intelligence et interreliés en temps réel. L’atout du 4G est de permettre ce temps réel si utile. Toute entreprise qui entend rester en affaires au cours des dix prochaines années devra appartenir à cet écosystème, dont le lien sera le 4G. Le gain de bande passante rend tout possible. Les premiers ordinateurs avaient 4 ko de mémoire, mais lorsqu’on s’est mis à parler de gigaoctets, ce n’était plus la même chose. Avec le gain de la bande passante, on pourra agir et offrir des services 
différemment.

    Sofiène Affes : Avec le « vrai » 4G et un spectre plus large, les avantages sont des débits beaucoup plus élevés, soit environ deux fois plus qu’avec le 3G, et des latences moins importantes, soit d’un facteur de dix ou plus. On augmente de beaucoup la vitesse de transmission et le temps de réponse, ce qui permet le développement de nouvelles applications. Le terrain étant prêt, il faut que les développeurs d’applications emboîtent le pas. Cela rendra l’expérience de l’utilisateur beaucoup plus agréable.

    Pierre Deguire : Un des gros points qui influencera cette nouvelle technologie qu’est le 4G est l’infonuagique, qui amène de nouvelles fonctions et une accessibilité accrue à bon nombre d’applications. Cela aura une incidence au sein des entreprises qui ont des gens mobiles et qui pourront tirer profit d’un accès plus rapide à bon nombre d’informations, surtout en multimédia.


    2- Quels défis émaneront du déploiement progressif des réseaux 4G sur le territoire? Comment les contourner?

    Jean-Guy Rens: Le grand défi du 4G est l’intégration sans discontinuité avec la fibre optique : tout ce qui est sur un réseau sans fil doit pouvoir transiter sur un réseau câblé et vice-versa. Pour aborder en bonne position l’arrivée du 4G, même si elle n’y a pas accès ou n’a pas envie de s’y lancer immédiatement, une entreprise devrait installer du WiMax ou du LTE et tester en interne dès aujourd’hui les services qui seront commercialisés demain. Les entreprises qui ne peuvent pas effectuer un tel déploiement ont intérêt à collaborer avec des universités pour explorer les concepts qui s’appliquent à leurs domaines d’activités.

    Sofiène Affes : Chez des fournisseurs, avec la technologie 4G, il y a des problèmes de nature technique aux abords des cellules, soit des interférences qui sont dues à des chevauchements avec les cellules voisines, et des problèmes dans le transfert d’une cellule à l’autre. Les fournisseurs devront densifier leurs équipements de transmission afin de combler les « trous » de couverture. Du point de vue de l’utilisateur final, une flexibilité des applications sera nécessaire, avec une version élaborée qui sera disponible dans une zone 4G et une version plus simple qui sera utilisable ailleurs. Pour ces applications, il faudra assurer une compatibilité et une interopérabilité avec les technologies de réseaux précédentes. L’utilisateur pourra faire l’ajustement lui-même ou recourir à une configuration automatique [d’une version à l’autre].

    Pierre Deguire :  Il y aura une période de transition qui sera plus ou moins longue d’un fournisseur à l’autre, alors que la performance des réseaux qui sont en cours d’implantation se rapproche parfois du « 3G avec des stéroïdes » plutôt que des spécifications du 4G. Les organisations qui adopteront ce qu’on pourra leur livrer devront être conscientes qu’elles n’iront pas y chercher la pleine performance à court terme. Elles devront planifier ces aspects dans leurs plans directeurs technologiques. Puisque l’amplitude du service sera progressive, bien des entreprises resteront sur les lignes de côté et attendront que les réseaux s’optimisent avant de s’y embarquer, tandis que d’autres y verront une performance supérieure à l’habitude et se contenteront de ce qui pourra être obtenu pour l’instant.


    3- Est-ce les prochaines générations des réseaux mobiles se résumeront à des élargissements de bande passante?

    Jean-Guy Rens : Il ne faut pas sous-estimer le potentiel d’un élargissement de bande passante. Quand l’accès Internet est passé du modem à la liaison LNPA ou au câble, il a transformé le monde. Il en sera de même quand le réseau sans fil passera au 4G, bien que de façon encore plus radicale, puisque le sans-fil a pour vocation de pénétrer partout, et non seulement dans quelques lieux précis comme la maison et le bureau. Les ingénieurs suggéreront sûrement d’autres aspects technologiques, comme l’utilisation d’un nombre réduit d’antennes ou d’antennes moins hautes, ou bien le recours à des réseaux maillés où chaque appareil mobile deviendra une antenne. Les développeurs d’applications devront saisir qu’ils pourront utiliser de plus en plus de bande passante et un accès universel, où il n’y aura plus de différence entre le réseau fixe et le réseau mobile, ce que les Sud-Coréens ont testé longtemps et utilisent aujourd’hui.

    Sofiène Affes : Il y aura de nouvelles caractéristiques au niveau technologique que l’utilisateur final ne verra pas, mais qui rendront le service beaucoup plus efficace. Il y a différentes contraintes à résoudre, par exemple au niveau du débit total, du débit de crête, de la latence, de l’efficacité spectrale et de l’interopérabilité, qu’il faut traiter afin d’atteindre les objectifs des nouvelles générations des réseaux mobiles. Pour les opérateurs, il y a aussi des contraintes de coûts, de rétrocompatibilité rétroactive 
et de mobilité pour la desserte des 
usagers qui se déplaceront à grande vitesse.

    Pierre Deguire : Avec le 4G on vise une plus grande bande passante, mais aussi un plus grand nombre d’utilisateurs par cellule. Cela procurera des bénéfices dans les grands centres où l’on trouve une forte concentration d’utilisateurs. Ainsi, l’usager devrait obtenir une meilleure performance. J’ose croire que ces tendances se poursuivront dans le futur, mais il est difficile de savoir si d’autres éléments dimensionnels s’y ajouteront.




    À propos de Jean-François Ferland

    Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d'adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.
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