Réseaux 4G : mythes et réalités


André Ouellet - 05/12/2011

L’avènement des réseaux de quatrième génération suscite commentaires et débats. Face à la diversité des informations sur les technologies 4G et aux contradictions qui les entourent parfois, il est important de ne pas perdre de vue les véritables enjeux.

L’évolution technologique des téléphones intelligents se poursuit à un rythme étonnant. Pendant ce temps, les modèles de tablettes se multiplient et un nombre croissant d’utilisateurs souhaitent accéder à Internet lorsqu’ils sont en déplacement. Dans ces conditions, le besoin de disposer d’un mode d’échange de données efficace se fait de plus en plus pressant.

Selon le cabinet NPD, spécialisé en recherches, plus de la moitié des téléphones mobiles achetés aux États-Unis au premier trimestre de 2011 étaient des téléphones intelligents. Le Canada n’est pas en reste; « c’est chez nous que l’on enregistre le taux d’adoption le plus élevé à l’échelle mondiale pour ces appareils », souligne Marc Choma, directeur des communications de l’Association canadienne des télécommunications sans fil (ACTS).

Voilà un contexte susceptible d’engendrer une transmission de données volumineuse. Ainsi, le lancement l’année dernière aux États-Unis des premiers réseaux LTE (Long Term Evolution) et des premiers appareils mobiles 4G a incité certains observateurs à prédire que le modèle de la mobilité de la prochaine décennie allait prendre forme en 2011.

Depuis qu’elle est offerte en Amérique du Nord, toutefois, la quatrième génération (4G) d’Internet mobile n’a pas nécessairement fait grande impression. Offert dans les grandes villes seulement, le service 4G n’est compatible pour le moment qu’avec une poignée d’appareils mobiles. Au printemps dernier, selon un reportage de CBC, les fournisseurs de services mobiles canadiens n’offraient aucun téléphone intelligent capable d’atteindre des vitesses 4G.

Les choses sont appelées à changer, cependant, car la commercialisation de nouveaux appareils 4G est amorcée depuis peu et jusqu’à une centaine de dispositifs LTE pourraient voir le jour au cours des prochains mois. Entretemps et étonnamment, un tiers de la population des États-Unis a accès aux technologies Wimax et LTE, considérées comme les modes 4G les plus performants.

Qu’est-ce que le 4G?

Actuellement, les réseaux 3G atteignent des vitesses d’un ou deux mégabits par seconde (Mbps). Si cela est suffisant pour la navigation sur le Web, les technologies de quatrième génération ouvrent toutefois de nouveaux horizons, grâce 
à de possibles vitesses de 5, 8, 10 ou même 21 Mbps. Et ce n’est qu’un début, car ces les technologies 4G recèlent un potentiel beaucoup plus grand, du moins en théorie.

Au départ, la quatrième génération comprenait les technologies LTE et WiMAX. L’année dernière, cependant, l’Union internationale des communications (UIT) – organisme de l’ONU – a décidé d’y englober les réseaux 3G dont les performances avaient connu une amélioration importante. C’est ainsi que la technologie HSPA+, très présente au Canada, est maintenant étiquetée 4G.

Aux États-Unis, certains ont baptisé cette norme « Faux G » (au lieu de « Four G »). Parmi les raisons évoquées par les sceptiques, outre les vitesses prétendument inférieures, il y a le fait que la norme HSPA+ n’est pas fondée sur le protocole IP, contrairement aux technologies WiMAX et LTE. Du reste, les réseaux évoluent constamment, et leur vitesse dépend de nombreux facteurs : emplacement des tours de télécommunications, trafic, appareil utilisé et, même, conditions météorologiques.

« La latence est un élément dont il faut tenir compte également », précise le vice-président de l’ingénierie de l’accès au réseau sans fil de Vidéotron, Serge Legris. Dans le but de la réduire, Vidéotron a ajouté la technologie Direct Tunnel à son offre HSPA+ afin de « faire circuler l’information plus rapidement dans le cœur du réseau ». En outre, l’entreprise a mis en œuvre une technologie dite « double porteuse » qui a permis essentiellement de doubler les débits. Par conséquent, 
M. Legris dit « employer avec confiance le qualificatif de 4G » pour le réseau de son entreprise.

« Dans son état actuel, les réseaux LTE procurent des performances très légèrement supérieures, poursuit-il. À bien des égards, toutefois, il s’agit d’une technologie immature, surtout en ce qui concerne la gestion de la voix. » Pour l’heure, les fournisseurs exploitant un réseau LTE sont forcés de recourir à un réseau parallèle pour assurer la transmission de la voix. La voix sur LTE (VoLTE) ne sera pas offerte avant la fin de 2012 ou même 2013. « Chez Vidéotron, nous comptons mettre en œuvre un réseau LTE mais, dans un souci d’expérience client et de qualité de produits, nous sommes à déterminer le meilleur moment pour lancer cette technologie », indique M. Legris.

Pragmatisme

Selon Iain Grant, directeur général de la firme de services-conseils Seabord Group, les désaccords sur la valeur des différentes technologies 4G conduisent à des discussions stériles. « Au supermarché, on ne se préoccupe pas tellement de savoir quelle poudre à récurer est la plus blanche, fait-il observer. Il s’agit ici du même genre de débat. Ce que les gens recherchent d’abord et avant tout, c’est un réseau plus rapide à meilleur prix. Au cours des trois ou quatre prochaines années, il n’y aura pas de différence notable quant à l’impact exercé par les réseaux HSPA+ et LTE. »

De fait, cette querelle technologique ne tient pas compte du faible pourcentage d’appareils mobiles actuellement compatibles avec LTE et du fossé ainsi créé entre les vitesses théoriques et réelles. « Ce genre de décalage existera toujours », indique M. Grant. Selon lui, la vraie question qui incite les fournisseurs à investir dans les réseaux et détermine le prix et la qualité de leurs services est la vigueur de la concurrence au sein de l’industrie. C’est le gouvernement fédéral qui, par ses décisions, détermine largement ce contexte.

« Le fait d’accorder ou non de l’importance aux diverses technologies dépend de ce que l’on veut faire au moyen des communications sans fil, dit à son tour Marc Choma. Si l’on souhaite voir un match de hockey sur son téléphone, cela devient important. Par ailleurs, les gens ne se soucient pas tellement de savoir s’il s’agit de HSPA+, de 4G ou d’autre chose. Ils veulent simplement savoir ce qu’ils seront en mesure de faire en optant pour une technologie particulière. »

 Utilisation des réseaux 4G à des fins professionnelles

De ce point de vue, tout ce que fait une entreprise aujourd’hui pourra éventuellement être réalisé à partir d’un appareil mobile, croit M. Choma. La technologie LTE permet également la communication entre machines, grâce à laquelle les machines fixes ou mobiles d’une entreprise communiquent entre elles par le truchement d’un réseau sans fil.

L’avènement des réseaux 4G, et tout particulièrement de la technologie LTE, semble ouvrir la voie aux entreprises pleinement mobiles. « La mobilité n’est plus une simple extension du bureau, mais un moyen d’accéder à son environnement de travail, peu importe où l’on se trouve », explique Serge Legris. « On peut reproduire les capacités d’un réseau filaire dans le sans-fil. Grâce aux communications mobiles de quatrième génération, il est possible d’accéder à distance à la vaste majorité des applications utilisées au bureau. Pour une organisation, il s’agit alors d’adapter les processus d’entreprise à cette possibilité », ajoute-t-il.

Qu’en est-il des PME (celles qui sont situées en dehors des centres urbains notamment)? Seront-elles en mesure de tirer avantage des technologies 4G? Le service HSPA+ est largement offert en région, mais « le jour où nous lancerons la technologie LTE, les PME ne vont pas nécessairement frapper à notre porte en nous disant qu’elles en ont besoin », répond Bastien Néron, qui est directeur des opérations de Sogetel, une entreprise membre de l’Association des compagnies de téléphone du Québec (ACTQ).

« Comme nous sommes de petits fournisseurs, nous ne faisons pas le marché. Ce sont plutôt les grandes entreprises de télécommunications qui le font. Déployer la technologie LTE est une chose, mais encore faut-il avoir les lignes de transmission soutenant les grands volumes de données qui en découlent », indique-t-il. Actuellement, il n’y a pas de débouché commercial évident pour les réseaux LTE en région, mais M. Néron mentionne que son entreprise demeure intéressée à ce type de réseau, ne serait-ce que pour demeurer technologiquement à jour.

« Petite ou grande, une organisation bénéficiera des progrès du sans-fil dans la mesure où elle exploite déjà la transmission électronique de données », croit Iain Grant. Pour les entreprises qui seront prêtes, les coûts diminueront et la production augmentera. « Ces technologies ne sont pas une révolution en soi. Une organisation qui n’a jamais échangé électroniquement n’y trouvera pas d’avantages », dit-il.

Éventuellement, ne pourrait-on pas s’en remettre uniquement au sans-fil étant donné les formidables performances promises? M. Grant est d’avis que les deux modes de communication – filaire et sans fil – continueront d’exister parallèlement. Selon lui, l’accroissement du volume de données transmis par Internet sera tout simplement trop important pour être absorbé entièrement par les communications mobiles.




Tags: , , , , ,