PLAN NORD : Trois questions, trois visions


Jean-François Ferland - 04/06/2012

Des responsables des technologies, des dirigeants d’entreprises de l’industrie des TIC
et des observateurs répondent à trois questions liées à la thématique de notre dossier.

Marc Fournier
Associé délégué,
groupe Conseils PwC
Montréal
Diane Courtemanche
Responsable, Intégration des technologies
Rio Tinto Iron Ore
Jean-Guy Quenneville
Ingénieur
BBA


1- Quelle adaptation technologique serait bénéfique pour les entreprises minières qui sont établies ou veulent s’implanter dans le Nord québécois?

Marc Fournier : Les entreprises minières, au cours des dernières années, ont fait beaucoup d’efforts d’intégration à l’aide des progiciels de gestion intégrés. Plus récemment, elles ont opté pour la collecte de données en exploration ou en production à des fins d’analyse, pour une meilleure gestion et pour contenir leurs coûts. Les entreprises qui désirent s’installer dans le Nord doivent avoir procédé à une intégration au préalable, notamment pour mieux gérer les mineurs et l’équipement.

Diane Courtemanche : Il s’agit de l’automatisation et la surveillance de l’équipement à distance. Le recrutement de personnel qualifié dans les régions éloignées constitue un grand enjeu et l’environnement représente des défis de taille pour la sécurité des travailleurs.

En Australie, Rio Tinto a instauré des foreuses autonomes qui sont maniées à distance simultanément et avec précision par un opérateur. Nous anticipons la mise en place d’un projet pilote au Labrador d’ici 2014.
Nous poursuivons la virtualisation des serveurs et des postes de travail par l’utilisation de ‘clients légers’, qui ont une plus grande durée de vie dans les endroits où il y a de la poussière de minerai et qui sont plus faciles à supporter à distance.

Jean-Guy Quenneville : Au niveau des télécommunications, des technologies sans fil et cellulaires privées, comme les technologies WiMax et 4G, seraient bénéfiques pour les entreprises minières qui s’implanteront dans le Nord.

Dans les mines fermées, les technologies qui permettent de suivre le positionnement des mineurs pour des questions de sécurité et les systèmes avancés de contrôle de la ventilation devraient être adoptés par les entreprises minières afin qu’elles soient plus efficientes.


2- Quel est le grand enjeu de l’informatisation des processus qui se déroulent sous terre?

Marc Fournier : L’enjeu se situe au niveau de la surveillance des activités sous terre. Des appareils portables servent à surveiller en temps réel les mineurs, des systèmes évolués permettent d’assurer que les roches vont au bon endroit et des systèmes transmettent des données aux géologues à la surface. Or, l’absence d’harmonisation et de normalisation de ces systèmes, à des fins d’intégration des données, constitue le principal enjeu technologique des entreprises minières. Certaines sont plus avancées que d’autres en la matière.

Diane Courtemanche : Dans notre mine de fer qui est exploitée à ciel ouvert, les méthodes d’isolation et de sécurité des travailleurs dépendent d’une mise à jour rigoureuse des procédures et de l’accessibilité à ces procédures via une saine gestion documentaire.

Dans certains espaces clos, des caméras de sécurité reliées à une centrale permettent d’anticiper les problèmes et d’effectuer des contrôles à distance. Le passage de fibre optique est critique, car de plus en plus nos équipements informatiques transmettent des informations via IP.

Jean-Guy Quenneville Alors que la sécurité de mineurs est un enjeu important, les systèmes radio doivent être convertis au numérique, puisque l’accès aux communications à tous les endroits d’une mine est difficile. Aussi, en raison des nombreux changements qui surviennent aux extrémités d’une galerie, il faut recourir à des installations technologiques temporaires et flexibles qui peuvent être déplacées et réutilisées facilement. Ici, le sans-fil constitue le moyen de transmission des données qui est le plus souvent utilisé.


3- Quelle caractéristique d’un réseau de télécoms dans le Nord serait plus pertinente : sa couverture territoriale ou sa largeur de bande?

Marc Fournier : La largeur de bande et la disponibilité d’un réseau sont intimement liées. Souvent les données recueillies sur place sont traitées à Montréal ou à Toronto. Or, la fibre optique qui a été déployée il y a plusieurs années par les chemins de fer est surutilisée.
Pour accéder aux systèmes ou pour utiliser des applications d’infonuagique qui requièrent Internet, lors de la phase d’exploration des entreprises minières, il faudra avoir recours aux satellites.

Diane Courtemanche : Nous éprouvons actuellement des difficultés liées à la largeur de bande entre Labrador City et St John’s, ou se trouve un de nos bureaux. Si la bande passante ne suffit pas aux besoins de transmission en région éloignée, le réseau causera plus de frustrations que d’efficacité. Nous travaillons en collaboration avec les fournisseurs de service locaux et les gouvernements municipaux et provinciaux pour en arriver à une ou des solutions qui subviendront aux besoins commerciaux et individuels. N’oublions pas que la communauté qui existe autour des compagnies minières dépend elle aussi de connexions Internet et cellulaires.

Jean-Guy Quenneville : Pour la téléphonie cellulaire, qui constitue une mince fraction de nos besoins en communications et dont les services des fournisseurs mobiles coûteraient trop cher, nous préférerions surtout un accès Internet à large bande à partir duquel on exploiterait des systèmes privés sans fil qui couvriraient le territoire d’une mine. Or, l’accès à la bande passante est difficile, car les infrastructures actuelles sont saturées et les consortiums de services de télécoms ne s’entendent pas sur les investissements globaux à réaliser.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d'adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.
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