Perspectives 2012: Les enjeux commerciaux


André Ouellet - 31/01/2012

De plus en plus d’employés utilisent leur appareil mobile au bureau, posant de nouveaux défis de gestion aux dirigeants d’entreprises. De même, l’extraordinaire volume de données qui occupe le cyberespace devient un facteur particulièrement stratégique pour les organisations.

Apportez votre appareil mobile, tel est le nouveau credo d’un nombre croissant d’entreprises. Tirant sa source dans les foyers et les loisirs, le phénomène du BYOD (bring your own device), que l’on appelle aussi consumérisation, connaît une forte progression d’après diverses études. Selon le fournisseur de solutions de gestion de systèmes Dell Kace, 87 % des entreprises comptent des employés utilisant leur propre appareil mobile au travail. La firme Gartner a inscrit la consumérisation parmi les principales tendances qu’elle entrevoit pour 2012.

Les entreprises y voient une occasion d’épargner, puisqu’elles n’ont pas à défrayer le coût des appareils utilisés par leurs employés. « En réalité, cependant, la facture est beaucoup plus élevée en raison des coûts liés à la sécurité et au soutien technique », indique Pierre-Majorique Léger, professeur agrégé au Service de l’enseignement des technologies de l’information, HEC Montréal. Ainsi, les fonctions TI sont-elles « écartelées entre sécurité et demandes des utilisateurs », soutient le professeur. Pour lui, la consumérisation constitue un problème grave, que les dirigeants ne peuvent ignorer.

« Rompue aux technologies, la nouvelle génération qui s’apprête à intégrer le marché du travail affectionne les dispositifs modernes et esthétiques= », souligne-t-il. Elle souhaite donc être formée différemment relativement aux systèmes d’entreprise. « Les organisations devront songer au jeu sérieux pour attirer les meilleurs talents. En 2012, les employés réclameront davantage d’esthétisme et de convivialité dans les TI », ajoute M. Léger.

Les entreprises n’ont pas le choix de traiter ce problème, affirme-t-il. Elles doivent le faire au moyen des mêmes règles de gouvernance utilisées dans l’ensemble de l’organisation.

« Les entreprises commencent à mettre en place les mesures permettant de composer avec cette situation. De plus en plus, elles adoptent les logiciels de gestion des appareils mobiles permettant d’exercer un contrôle sur leur utilisation. Un nombre grandissant d’entreprises reconnaît que l’on ne peut revenir en arrière. Plutôt que de combattre le phénomène, on essaie alors de le gérer adéquatement », indique pour sa part Lars Goransson, directeur général d’IDC Canada.

Selon Sylvain Carle, vice-président, Technologies chez Needium et membre du Conseil de la Maison Notman, ce que nous voyons en ce moment en matière de consumérisation n’est que la pointe de l’iceberg. « C’est le début de la fin de l’ère des TI telle qu’on l’a connue dans les années 1990 et 2000. Après la prépondérance des paramètres de sécurité, on assiste à un retour du balancier vers l’appropriation des tendances émergentes par les utilisateurs », estime-t-il.

Données volumineuses

Autre facteur à prendre en compte par les organisations, les données non structurées augmenteront de 80 % au cours des cinq prochaines années, créant un immense défi en matière de gestion. IDC prévoit que le volume du contenu numérique global grimpera à 2,7 zettaoctets (1 Zo équivaut environ à 1 000 milliards de milliards d’octets) en 2012, ce qui constitue une augmentation ahurissante de 48 % par rapport à 2011.

« Les technologies de gestion de données traditionnelles ne suffiront pas à la tâche », estime-t-on chez Gartner. Aussi des techniques de pointe prometteuses comme les systèmes de base de données en mémoire (in-memory DBMS) ont-elles été mises au point. L’entrepôt de données traditionnel sera remplacé par le modèle des multiples entrepôts logiques compilant de l’information en provenance de sources diverses. Selon IDC, les outils et les services permettant de tirer avantage des données volumineuses (big data) constituent l’occasion par excellence pour les entreprises de se donner un avantage concurrentiel.

L’informatique en mémoire (in-memory computing) contribuera à l’optimisation de l’espace occupé par les serveurs, à la réduction de la chaleur qu’ils produisent, à l’amélioration de leurs performances et à l’accroissement de leur robustesse, souligne Gartner. La disponibilité de vastes volumes de mémoire entraîne la création de nouveaux modèles d’application, caractérisés par des performances et une évolutivité accrues, ainsi qu’une latence moindre. Gartner s’attend à ce que cette technologie devienne un courant dominant dès cette année.

« Bien qu’il y ait moins d’entreprises au Canada ayant à composer avec un volume massif de données – comparativement aux États-Unis – les applications d’analyse de données demeurent l’un des segments logiciels en plus forte croissance au pays », soutient Lars Goransson.

À ce sujet, Sylvain Carle souligne que les banques emmagasinent des données volumineuses depuis plusieurs décennies. Traditionnellement, toutefois, elles ont gardé ces informations au sein de l’entreprise, voire du service qui les détenait plutôt que de les partager avec d’autres intervenants ou le reste de l’organisation. « Aujourd’hui, l’informatique en nuage facilite l’exploitation de ces masses de données », indique-t-il.




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