Le marché du PC en redéfinition


Nelson Dumais - 01/12/2010

Le groupe américain de recherche Gartner a beau se livrer à des études sur le marché du PC et sur les tendances qui s’y dégagent, je n’en ai que faire. Pour bien comprendre ce qui se passe, je n’ai qu’à regarder aller ma belle-mère et ma blonde. Elles sont exemplaires.

Ma belle-mère qui chemine vers ses 89 ans en est à sa troisième année d’expérience aux commandes d’un PC. Or, lundi, la journée même où Gartner publiait ses prévisions quant au marché du PC, elle m’a fait savoir qu’elle en avait ras le bol de sa machine XP et elle a décidé d’aller s’acheter un bloc-notes, comme sa belle-sœur l’avait fait il y a un an.   Ce brouhaha s’étant passé très loin de Montréal, je n’ai eu que le temps de magasiner sur les sites Web des grandes chaînes faisant affaire là-bas, d’opter pour un appareil convenable, compte tenu du contexte, bien sûr, en l’occurrence un K501J d’ASUS, de m’entendre au téléphone avec un représentant commercial (« taxes comprises, ça revient à combien, vous lui foutez la paix avec votre garantie prolongée, etc. ») et d’y expédier Belle-maman avec sa carte de crédit.   Depuis hier, elle clique donc dans la félicité de Win 7 sur un portable en soi plus costaud que la moitié des ordis de mon réseau local. Quant à sa vieille bécane Win XP, un bon vieux PC clone que je lui avais assemblé à partir d’un valeureux P4, elle l’a recouvert d’une housse en dentelle. Pour la convaincre de le conserver, de l’aimer davantage, il m’aurait fallu être sur place plus souvent et optimiser l’appareil sur une base plus régulière. Car, on le sait, toute belle-sœur normalement constituée tend à installer de magnifiques petits gugusses kioutes dans les PC avoisinants, ce qui finit par les congestionner malgré les directives polies, voire impuissantes, des gendres éloignés.   Ce que cela illustre, c’est que les vieilles dames et autres néophytes autodidactes en sont rendues à posséder des blocs-notes bien garnis ronronnant dans les doux édredons de Windows 7. Quant à leurs gendres, force leur est d’accrocher leurs patins de réparateur. Si un PC de bureau (« Desktop PC ») se bricole, se bidouille, se renforcit, un bloc-notes c’est autre chose. Sur le plan matériel, quand il va mal, il retourne chez le revendeur ou chez le fabricant. J’ai beau savoir comment assembler un PC, je ne perdrai pas mon temps à essayer d’en faire autant avec un bloc-notes.   C’est pour le moins un constat observé par les analystes de Gartner : les ordis de table, ces tourelles, minitourelles et autres coffres métalliques, semblent être en train de se positionner sur la voie de garage. Tant pis pour les boutiquiers réparateurs. Et c’est une tendance lourde. À plus forte raison, dixit la firme de recherche, que le ravage des tablettes vient de commencer.   Prenez le cas de ma blonde. Depuis l’été, elle s’adonne aux joies de la finance personnelle (accès bancaire, suivi des comptes, balance budgétaire, etc.) sur son iPad 3G, cela à partir de son siège dans le train de banlieue. Elle en profite également pour s’acquitter de son courriel personnel et pour lire ma chronique quotidienne, sans parler du reste. En ce qui a trait à son courriel professionnel, que le temps passe, plus elle s’en acquitte, pour l’essentiel, à partir d’un BlackBerry fourni par son employeur. C’est devenu qu’il y a des jours où Outlook dans son PC principal ne lui sert plus qu’à synchroniser sa messagerie. Ce que cela semble démontrer, c’est que son PC (un double Quad AMD que je lui ai bricolé l’an dernier) se retrouve, lui aussi, en voie de désaffection.   On parle ici de la convergence de deux phénomènes. Dans le cas de ma belle-mère, un fait incontournable vient réduire l’espérance de vie des gros PC de table; il est devenu possible de se procurer un bloc-notes qui convienne pour moins de 800 $, taxes et garantie de deux ans comprises. Si cela est possible, pourquoi ne pas en acheter un, les avantages étant aussi nombreux (ce qui me fait penser qu’elle m’attend pour que je lui configure un routeur WiFi)? À plus forte raison que la belle-sœur en possède déjà un.   Dans le cas de ma blonde, c’est la nature humaine qui joue. Dans un premier temps, on s’achète un appareil complémentaire à l’ordi principal, un téléphone intelligent, une tablette, un NetBook, une machine dite de décentralisation. Puis, tranquillement, on s’en sert de plus en plus, au détriment de la grosse Bertha du bureau. Ce qui fait dire à Gartner que les dispositifs portables sont en train de cannibaliser le marché du PC sédentaire.   Tant et si bien que dans son communiqué de lundi dernier, Gartner revoit ses prévisions quant au nombre de PC qui auront été vendus entre le 1er janvier et le 31 décembre 2010. La firme de recherche parle désormais d’une augmentation de 14,3 % au lieu de 17,9 % tel qu’annoncé précédemment. En ce qui a trait à 2011, la croissance projetée passe de 18,1 % à 15,9 %. La raison? « Une demande plus faible en provenance des consommateurs, cela en raison d’un intérêt croissant envers les tablettes, dont le iPad », explique l’analyste Ranjit Atwal.   Si on parle encore de progression, on peut remercier les marchés émergents, là où il se vendra des tombereaux de PC dans les années à venir. Par contre, dans les marchés saturés, p. ex. le nôtre, la croissance sera problématique. Au contraire, le mobile, ce qui est le cas des tablettes, y connaîtra des années fastes pour peu que le pouvoir d’achat des consommateurs regagne son niveau de confort relatif. Pour l’instant, l’économie américaine étant ce qu’elle est, il ne se vendra pas autant de tablettes que les fabricants le souhaiteraient.   Effet secondaire digne de mention, les PC qui sont achetés présentement tendront à durer plus longtemps que leurs prédécesseurs, soutient-on chez Gartner. Si la moitié du temps consacré par une personne à l’utilisation des TI se passe à partir d’un dispositif mobile, le PC de table sera beaucoup moins mis à contribution et s’usera ainsi moins rapidement. Ce qui, on l’a compris, constituera un nouveau facteur de ralentissement dans les ventes de PC.   La cerise sur le sundae? Tous ces produits de virtualisation que l’on installe de plus en plus sur les serveurs font en sorte que les utilisateurs n’ont plus besoin d’un PC dernier cri gavé comme ce n’est pas possible de « gigaceci » et de « gigacela » pour accéder à certaines applications. Idem pour le phénomène croissant des logiciels sur demande auxquels on accède par le Nuage. Sombre perspective!   Une question en terminant : est-ce que vous croyez que Belle-maman va finir par réaliser qu’elle ne clique plus dans Windows XP, mais dans Windows 7? Auquel cas, croyez-vous qu’elle va m’en tenir rigueur?

Nelson Dumais est journaliste indépendant, spécialisé en technologies de l’information depuis plus de 20 ans.






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