La nature increvable de WordPerfect

Achèteriez-vous WordPerfect dans votre entreprise? Si oui, pourquoi le feriez-vous? Microsoft Office ne vous convient plus? Vous êtes nostalgiques de l’époque du DOS à « double-clutch »? Quelle que soit votre réponse, sachez qu’en mouture X5, WordPerfect Office est un fichu de bon produit Windows. Et vlan pour les nuances!

WordPerfect est bien vivant et apparemment en bonne santé. En défroque Office X5, il vit à Ottawa, municipalité calme et coquette de l’Est ontarien. Si pour vous, cela est une nouvelle, permettez-moi de rajouter à votre étonnement : je vous affirme que ce produit vise les marchés corpo, gouvernemental et institutionnel, univers feutré peu enclin aux extravagances où le mode de vie, cravaté ou non, est celui de Microsoft. De Microsoft mur à mur.   D’entrée de jeu, il est permis d’affirmer que WordPerfect Office X5 est un très beau coffret résolument Windows (donc ni Mac, ni Linux) qui est capable de satisfaire aux exigences bureautiques les plus poussées. À l’intérieur, on retrouve WordPerfect (texteur), Quattro Pro (tableur), Presentation (présentatique), Nuance PaperPort 12 SE (imagerie), Mozilla Thunderbird for WP (messagerie), Lightning (notes), ainsi que quelques gugusses variés. On dit (et mes tests me le confirment) que c’est une panoplie logicielle très bien ficelée. Toutefois, sa fabricante, l’Ontarienne Corel, l’a coiffé d’un prix de vente un peu élevé, un prix parfois supérieur à l’équivalent chez Microsoft (où une chatte perd ses minous, quand on essaie d’en brosser un tableau complet…). En fouinant sur le Net, je suis arrivé à quelque 230 $ CAN pour la version complète de X5 Standard bilingue, la version qu’on m’a fait parvenir en service de presse, et à quelque 150 $ CAN pour la mise à jour.   Les plus vieux parmi nous se rappellent, j’ose croire avec ravissement, les bonnes années de Borland, la firme du mélomane Philippe Kahn qui était derrière Quattro Pro et Paradox (base de données incluse dans la version « Pro » de WP Office X5). Ces logiciels étaient costauds et, la plupart du temps, coiffaient leurs concurrents Microsoft (Excel et Acces), voire Lotus (123 et Approach), au poteau de la qualité. Idem pour le texteur WordPerfect. Avant que tout ne s’écroule, ce logiciel existait en versions Windows, DOS, OS/2, Mac, Unix, VMS, NeXT et plusieurs autres. C’était donc le roi de la route, cela en raison (notamment) d’un remarquable système de soutien à la clientèle.   On connaît l’histoire. WordPerfect, qui avait dévoré WordStar, fut, à son tour, bouffé par Word, pour utiliser un mauvais raisonnement de chaîne alimentaire. En fait, les « avalés » ne disparurent pas entièrement dans les entrailles du prédateur. WordStar survécut quelques années aux multiples triomphes de WordPerfect, et ce dernier est toujours en vie. Il faut donc changer de métaphore et parler plutôt d’hégémonie de carré de sable. Le gamin qui a la plus grosse chaudière gagne et les autres petits rois s’en vont ronchonner en périphérie.   Non pas que le nouveau produit soit toujours le meilleur. Il se peut qu’il soit simplement mieux présenté, mieux distribué, mieux publicisé, qu’il soit associé à de nouvelles valeurs alors que les autres, de par leur ancienneté, ont un certain passif. Vous vous rappelez à quel point on disait que Word était « cool » alors que WordPerfect nous obligeait à des situations rébarbatives, le petit doigt sur F6, le pouce sur Alt, le majeur et l’annulaire sur Shift-Escape, le gros orteil sur Ctrl et la main droite sur l’accent que l’on devait taper? On disait aussi que Word pouvait être l’outil de tout le monde alors que WordPerfect n’était finalement que celui d’employées (remarquez le « e » muet) irréductibles ayant suivi les cours pour apprendre à maîtriser la bête. Les Américains utilisent le mot « fud » pour décrire de telles inepties marketing.   Mais, bon, la machine à saucisse de Redmond étant ce qu’elle est, WordPerfect a été projeté hors du carré de sable. Il a tenté de revenir déguisé en petit garçon Novell, mais il a été reconnu et Microsoft l’a à nouveau expulsé. Toutefois, avec son gaminet Corel, on l’a jugé non menaçant et on le laisse s’épivarder dans son petit coin.   De là, il fait tout pour se fondre dans l’univers Microsoft. Les modules ont tous une interface (facultative) imitant celle des titres correspondants de Microsoft Office 2003 (la version sans le fameux ruban); Quattro peut ressembler à Excel comme deux gouttes d’eau, WP à Word, etc. Mieux, X5 s’intègre sans attirer l’attention dans Microsoft SharePoint. En prime, il est compatible avec le format OOXML de Microsoft (les docx et autres xlsx) et ronronne de bonheur dans Windows 7. Bref, il a tout pour plaire aux habitués de l’univers Microsoft.   Pourquoi alors acheter une imitation de Microsoft Office à un prix, somme toute, semblable au modèle? Parce que X5 irait plus loin, me jure-t-on. Par exemple, les « vieux de la vieille » (ou les « vieilles du vieux », pour les tenants de la rectitude politique) aimeront pouvoir faire afficher le code dans WordPerfect comme ce fut toujours le cas. Cela permet de réparer facilement des erreurs de mise en format. Autre exemple, WP ouvre et modifie comme si de rien n’était des documents PDF. Si j’ai noté un bogue ou deux à cette enseigne, j’ai trouvé cette fonction quand même très utile. Et ainsi de suite. Résumons en disant qu’on en a pour son argent.   De son côté, IBM aurait, sans l’admettre, laissé mourir Lotus SmartSuite (WordPro, Lotus 123, Freelance Graphic, Approach, Screencam, etc.) au lendemain de la dernière version, celle de 2002 appelée Millenium. Depuis, elle a publié quelques Services Packs, le dernier en 2008, et elle ne parle plus du produit. Dans les années 90, SmartSuite était le troisième athlète dans la course aux parts de marché particulières à l’univers de la bureautique. Malgré ce retrait de taille, Corel continue; quand il n’en restera qu’une à lutter contre le dragon, elle sera celle-là.   Je connais des gens qui ne jurent que par OpenOffice.org, un coffret bureautique Open Source gratuit. Ils s’en servent à des fins professionnelles et n’arrivent jamais à utiliser toutes les fonctions disponibles; il y en a trop. Est-ce que ce produit multiplateforme est aussi bon que WP Office X5? Peut-être que oui, peut-être que non. En tout cas, il est gratuit et fait son petit bonhomme de chemin. Il occupe un créneau où X5 n’a aucune chance, celui du gratuit, des travailleurs isolés, des gens à petit budget, des amateurs des environnements multiplateformes, etc.   Le bassin traditionnel de WP est celui du juridique, de l’institutionnel, de certaines entreprises où les « adjointes administratives » ont débuté au temps de WP 4.2. La panoplie de Corel a-t-elle une chance de s’y maintenir à l’heure de Microsoft Office 2010, une plateforme (plus qu’un coffret) où les prix sont parfois stupéfiants? Par exemple, Microsoft Office Pro Academic 2010 (Word, Excel, PowerPoint, Outlook, OneNote, Publisher et Access) se vend présentement 89 $ CAN en version complète,  et Microsoft Office Famille et Étudiant 2010 (Word, Excel, PowerPoint et OneNote), elle aussi en version complète, se vend 160 $. Corel a beau proposer des versions d’X5 comme Home & Student à 110 $, l’offre de Microsoft est souvent difficile à battre.   Reste que le produit est magnifique et mérite d’être considéré. D’où l’offre d’essai gratos pendant un mois que l’on découvre sur le site Web de Corel.   Amusez-vous bien.

Nelson Dumais est journaliste indépendant, spécialisé en technologies de l’information depuis plus de 20 ans.

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