Informatique décisionnelle : Trois questions, trois visions


Jean-François Ferland - 02/08/2012

DOSSIER – Des responsables des technologies, des dirigeants d’entreprises de l’industrie des TIC et des observateurs répondent à trois questions liées à la thématique de notre dossier.

 

 

 

 

Diane Guertin

Directrice adjointe Intelligence d’affaires
Division des technologies de l’information
Société des alcools du Québec

Marc-Eric LaRocque
Directeur général
Procima Experts

Manon G. Guillemette, PhD.
Codirectrice
Pôle de recherche en intelligence stratégique et multidimensionnelle d’entreprise
Université de Sherbrooke

 

1 : L’informatique décisionnelle est-elle surtout une affaire de gestion ou d’informatique?

DG : C’est totalement une affaire de gestion. Le but de l’intelligence d’affaires est de supporter l’entreprise dans sa prise de décision tant au niveau stratégique que dans le quotidien. L’informatique a le défi d’avoir les informations et les outils nécessaires pour bien supporter l’entreprise dans sa prise de décision. L’informatique sera un utilisateur du décisionnel comme toute autre division, pour bien suivre ses objectifs ou ses processus d’affaires.

ML : C’est une affaire de gestion. L’informatique décisionnelle intègre et présente les données, qui sont au plus bas niveau dans la hiérarchie de valeur, afin de les élever au niveau d’information pour savoir ce qui s’est passé ou prédire ce qui va se passer. Les données des systèmes d’entreprise sont des actifs qu’il faut exploiter afin d’en tirer des bénéfices d’affaire, au même titre que toute autre ressource. Il faut évidemment utiliser l’informatique et une expertise à cet effet, car les gens d’affaires ne peuvent y arriver par eux-mêmes.

MG : Les deux. L’informatique décisionnelle est importante au niveau de la gestion, car elle permet de connaître les préoccupations des gestionnaires, les objectifs stratégiques, les questionnements, etc. On se sert de l’information pour agir. Cette discipline concerne aussi les gens de l’informatique, car elle se déroule à la base sur un support informatique. On travaille à l’agrégation des données, mais aussi à la présentation des données qui influence la façon par laquelle les gestionnaires prennent leurs décisions. Les deux mondes ont besoin l’un de l’autre.

2 : Qui doit s’intéresser à l’informatique décisionnelle au sein d’une organisation?

DG : L’informatique décisionnelle doit intéresser tous les niveaux de gestion selon ce qu’on désire suivre ou améliorer. Idéalement il faut partir du niveau stratégique – le président et même le conseil d’administration – et descendre à chacun des niveaux de gestion en matière de tactique et d’opérationnel. Cette façon de faire permet d’assurer que les objectifs sont bien alignés et que tout le monde travaille ensemble à rencontrer les cibles identifiées pour bien supporter le plan stratégique de l’entreprise.

ML : Les dirigeants à tous les niveaux et dans tous les départements ont un rôle envers l’organisation de maximiser les ressources à leur disposition. Même si les gens d’affaires n’appliquent pas les meilleures pratiques en informatique décisionnelle, ils s’organisent pour arriver à leurs fins en ayant un peu plus d’information pour soutenir leurs décisions, par exemple à l’aide d’Excel. Mais si on ne tire pas avantage des outils, de l’expertise et des techniques matures que l’informatique décisionnelle peut nous donner, la qualité et la consistance des résultats vont peut-être jouer des tours.

MG : Il revient aux gestionnaires d’y voir plus loin dans l’utilisation du potentiel des outils informatiques, car ce sont eux qui prennent des décisions et changent des processus d’affaires à la lumière des informations fournies. Les employés doivent apprendre à exécuter leur travail en fonction des objectifs et des mesures intégrées à l’informatique décisionnelle dont leurs patrons font l’utilisation. Cela touche aussi plusieurs niveaux de responsables de l’informatique, dont les analystes spécialisés ou non en intelligence d’affaires, les architectes ou les modélisateurs de données, les responsables des entrepôts de données, les gestionnaires de projets et les responsables de la gouvernance.

3 : Doit-on optimiser les opérations courantes avant d’aborder l’analyse prédictive?

DG : Il faut une base solide afin d’avoir les informations nécessaires pour alimenter le prédictif, mais il n’est pas nécessaire que le présent soit optimum avant d’y aller. L’analyse du courant permet d’assurer qu’un processus opérationnel est optimisé et qu’on rencontre les cibles établies. S’il faut faire des projections, des simulations ou des analyses poussées pour amener plus loin le processus d’affaires, c’est avec le prédictif qu’un y arrive.

ML : Oui. L’analyse prédictive est complexe et comporte des préalables tels que la qualité des données, la présence d’expertise en interne, etc. Si on investit dans l’informatique décisionnelle, par défaut on arrive à une meilleure qualité de données parce qu’on les observe et on s’assure qu’elles sont consistantes, ce qui est nécessaire pour faire de l’analyse prédictive. Sans qualité de la donnée qui entre, c’est garbage in, garbage out, comme on dit…

MG : Je ne crois pas. Ces choses se dérouleront en parallèle. On peut utiliser l’informatique décisionnelle du présent dans certains secteurs d’une entreprise et l’analyse prédictive dans d’autres secteurs. Ce n’est pas une question de maturité, mais une question d’optimisation des processus de travail et d’affaires. Il est important d’être organisé afin de pouvoir servir rapidement les clients en interne.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d'adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.
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