Utilisation de l'informatique décisionnelle : le Québec traîne

Alain Beaulieu -01/09/2008

Bien que conscientes des avantages que procurent l'accès à l'information pertinente et la capacité de prévoir l'évolution du marché, rares sont les entreprises québécoises qui ont recours aux outils de veille stratégique pour établir leurs stratégies commerciales. Ce qui est moins le cas de leurs concurrents hors Québec.

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Peu importe la manière qu'on utilise pour désigner les technologies qu'elle réunit - veille stratégique, veille économique, analytique, aide à la décision, etc. -, l'informatique décisionnelle est, aux dires des spécialistes, sous-utilisée au Québec, comparativement au reste du Canada et aux États-Unis. Non seulement les organisations québécoises tardent à utiliser ces technologies, mais les outils dont elles disposent pour filtrer l'information, localiser l'information pertinente et la faire circuler sont inefficaces, voire inadéquats (voir encadré). Résultat? Elles exploitent mal le capital informationnel dont elles disposent, réduisant d'autant leur productivité et leur compétitivité.

« Dans les faits, on est en retard. Au Canada anglais, ce sont les deux tiers des entreprises qui utilisent des solutions de veille stratégique de façon exhaustive; au Québec, on n'est pas là », confirme Jean-François Ouellet, professeur agrégé en marketing à HEC Montréal, qui se réfère à un récent sondage réalisé par IDC pour le compte de Teradata. M. Ouellet a développé une spécialisation en développement de nouveaux produits et marketing des innovations et de la technologie et en analyse de bases de données en marketing. « Ce n'est pas grave d'être un peu en retard, de l'être beaucoup, c'est déjà plus grave, mais d'être en retard et de rater complètement le bateau, ce l'est beaucoup plus et c'est vers ça qu'on se dirige, si on ne fait rien.

« Avant, on avait tendance à dire que le temps c'est de l'argent, aujourd'hui c'est l'information en temps opportun qui est de l'argent. Force est de constater que les entreprises qui ne se réveillent pas assez vite lorsqu'il y a des changements [compromettent sérieusement leur avenir]. Auparavant, on avait un laps de cinq à dix ans pour allumer, aujourd'hui c'est pas mal moins que ça, c'est plus de l'ordre de cinq à dix mois. À partir du moment où votre concurrent adopte une technologie qui lui donne un avantage concurrentiel face à votre entreprise, vous avez un court laps de temps pour embarquer dans la danse, et si vous ne le faites pas, vous n'avez pas de deuxième chance. »

Outre l'étude de IDC citée par le professeur, une autre étude plus récente, réalisée par Léger Marketing pour le compte de SAS Canada, ajoute de l'eau au moulin. Le sondage sur lequel se base cette étude rendue publique en juillet dernier a été mené fin mai début juin auprès de 374 décideurs québécois. On y apprend, entre autres, que 59 % des dirigeants se disent submergés par la quantité d'information dont ils disposent et donc qu'ils ont de la difficulté à localiser l'information qui les aidera à réaliser leurs tâches, alors que c'est seulement un dirigeant sur quatre qui soutient ne recevoir que l'information qui lui est utile. Qui plus est, c'est à peine un dirigeant sur dix qui croit que l'information dont il dispose est toujours exacte et opportune.

« Quand les gestionnaires se réunissent pour discuter de la performance de l'entreprise, par exemple, ils ont rarement tous les mêmes données, donc c'est clair qu'il y a une déficience au niveau de la qualité des données, reconnaît Mario Ianniciello, directeur régional pour l'est du Canada chez SAS Canada. Avoir des données de qualité, dont la gestion est intègre, est le fondement de la veille stratégique. Souvent, dans les entreprises, les données ne sont pas contrôlées de façon centralisée; elles sont très distribuées. [...] La solution à ce problème - ce n'est pas nouveau - c'est un entrepôt de données centralisé, mais même en sachant ça, les données dans les entrepôts sont parfois manquantes et pas toujours intègres, et la tendance actuellement est à les refaire. »

« Des recherches en TI montrent qu'un des facteurs clés du succès de l'utilisation d'un gros système de gestion est lorsqu'il a été déployé à la grandeur de l'organisation, ajoute Jean-François Ouellet. Quand le déploiement est effectué à l'intérieur de petits groupes, essayer de remettre tout ça ensemble entraîne généralement l'échec du projet, parce que ça crée une hétérogénéité au niveau des données. »


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