Comment jouir gratuitement des canaux de télé HD


Nelson Dumais - 30/08/2011

En ces jours où la transmission de signaux télévisuels analogiques «Over The Air» (OTA) est sur le point de cesser au Canada pour faire place au numérique, voici l’histoire d’un débrouillard qui s’est bricolé un réseau domestique télévisuel en HD de grande qualité, cela à coût abordable, sans jamais souscrire aux services d’un télédistributeur. Chronique de la «résistance»!

Pour bien des Canadiens, sans doute les moins téléphages, et, paradoxalement, les plus près des antennes de télédiffusion, des téléspectateurs non abonnés aux services d’un télédistributeur, le 31 août 2011 marque la fin d’un très long règne. Les antennes intérieures (oreilles de lapin) ou extérieures branchées à un téléviseur cathodique non muni d’un récepteur-syntoniseur numérique (ATSC) se retrouvent frappées d’obsolescence, comme ce fut le cas aux États-Unis en février 2009. L’objectif est de libérer de l’espace sur la très convoitée bande hertzienne.

Désormais, pour continuer à recevoir le « signal » gratuit Over The Air (OTA) des stations émettrices, incluant ceux relevant de Quebecor, ces « irréductibles » devront installer un convertisseur numérique-analogique (Zenith, RCA, Coby, Zinwell, Insignia, Magnavox, etc.) entre leur antenne et leur télé, une dépense de quelque 50 $. Et même là, les maux de tête pourront agrémenter leurs longues soirées d’automne. Ainsi, il est possible qu’ils ne sachent plus comment brancher leur magnétoscope, comment enregistrer leurs émissions, comment se prévaloir du guide horaire et ainsi de suite. De fort belles heures d’agrément en perspective!

Tout ce « grand dérangement » fait bien sourire Stéphane Lévesque, un électronicien amateur de haut niveau qui, depuis déjà trois ans, reçoit chez lui à Boisbriand une quinzaine de signaux numériques ATSC de très grande qualité, des signaux qu’il distribue dans les différents téléviseurs HD de sa maison. La particularité de son installation : aucun télédistributeur n’est impliqué; tout a été bidouillé avec de l’équipement peu onéreux disponible dans les grandes surfaces du Québec, les Future Shop, BestBuy et autres La Source.

Quand on visite son installation, le premier bricolage que l’on remarque est l’antenne extérieure. Étant « radioamateur », notre homme avait aménagé une tourelle adjacente à sa résidence afin d’y accrocher ses antennes. Il en a donc profité pour y boulonner celle nécessaire à la réception numérique ATSC. Mais, assure-t-il, nul n’est besoin d’un tel support. Il suffit de placer cette dernière au bon endroit, sur une corniche, en haut d’une lucarne, près de la cheminée ou ailleurs, de bien l’orienter, dans son cas vers le mont Royal où il y a plusieurs émetteurs numériques, et le tour est joué.

Selon le modèle retenu, on peut s’attendre à payer ici entre 60 $ et 200 $, ce qui ne tient pas compte de la petite quincaillerie afférente ainsi que du câblage coaxial nécessaire (plus ou moins dix sous le pied). Il faut en effet pouvoir relier cette antenne à un « centre » de réception. Il existe ici une gamme très élaborée de produits pouvant convenir à cette fonction d’accueil, la plupart se vendant aux alentours de 100 $.

Mais dans le cas de Stéphane Lévesque, il s’agit d’un vieux PC sous Windows 7 dans lequel il a branché trois cartes PCI d’acquisition. Un tel périphérique interne permet de brancher (par connecteur coaxial) le signal télé et de l’enregistrer. En l’occurrence, il s’agit de cartes Hauppauge, d’excellents produits qui ne coûtent guère plus de 100 $US pièce. Ici, le câble coax arrive dans une boîte amplifiée de séparation (splitter) d’où il ressort multiplié en trois.

Généralement, ces cartes d’interfaces sont livrées accompagnées d’un logiciel de gestion des « signaux captés », c’est-à-dire des « fichiers informatiques reçus »; pour un PC, une émission télé en HD est un ensemble de bits’n’bytes constitué en fichiers de quelques Go ou moins. Ici, notre expert a préféré un gratuiciel particulièrement généreux, de NextPVR. Bien que ce produit ne soit apparemment disponible qu’en anglais, il rend possible de gérer et de distribuer localement tout fichier multimédia (vidéo, photo, audio) capté ou déjà existant dans un disque rigide dont il connaît l’existence. Un vrai petit bonheur!

L’étape essentielle est ici de bien configurer ce logiciel, c’est-à-dire de lui expliquer quelle émission enregistrer à partir de quelle source; c’est qu’il y en a pour tous les goûts. Il faut notamment pouvoir se configurer un guide des émissions, alias un « EPG » (Electronic Program Guide). Les logiciels du genre NextPVR n’offrent pas ce service, mais la plupart ont des compatibilités avec certains guides.

En l’occurrence, M. Lévesque utilise de Schedules Direct (abonnement de 20 $US par année) qui lui permet de configurer sa liste d’émissions devant être diffusées dans les deux prochaines semaines. Il lui suffit de bien préciser de quelle source (son PC dispose de trois cartes d’acquisition) proviennent telle ou telle émissions. Ainsi structuré, il devient possible, par exemple, d’enregistrer trois émissions en même temps puisque chez lui, trois sources sont reconnues.

Du côté disque rigide, il s’en trouve plusieurs chez les Levesque. On parle de deux « jeux » de 5 téraoctets (To) chacun, le second agissant comme sauvegarde du premier, lequel se retrouve dans le PC ainsi que dans un boîtier externe. Quant à l’unité de sauvegarde, elle se trouve chez un voisin par connexion WiFi.

Est-ce suffisant? Imaginons qu’un film ou une émission de télé HD sur disque occupe quelque 4 Go sur disque, il devient techniquement possible d’en placer au moins 1 000 dans le cas d’une disponibilité de 5 To. D’où, notamment, l’importance cruciale d’un logiciel comme NextPVR. Comme on ne parle pas ici de collection, mais plutôt de divertissement, le matériel visionné est systématiquement effacé, ce qui permet de s’en tenir à 5 To. Pour l’instant!

Sophistication intéressante, les téléviseurs de la maison sont reliés au PC par Ethernet RJ-45, modalité plus fiable et de meilleures qualités que le WiFi. Cela est rendu possible grâce à l’ajout d’une petite boîte intelligente, une sorte de minicentre multimédia qui, la plupart du temps, contient une version embarquée de Linux. On connecte ce bidule (plus ou moins 100 $) au réseau local de la maison, on le relie par câble HDMI (50 $) à un téléviseur HD (les modèles à 32 pouces de diagonales se vendent présentement 300 $) et, dès lors, cette télé a accès au contenu multimédia des disques rigides. Toutefois, l’interface utilisateur est celle de la boîte et non celle de NextPVR.

Pour son salon où le « petit écran » a la taille d’un terrain de football, notre expert a choisi d’utiliser un Mac mini (600 $) au lieu d’une boîte Linux. C’est un luxe qui lui a permis d’installer de Plex, un très beau gratuiciel Mac OS X qui fait office de gestionnaire multimédia. Imaginez le résultat, considérant qu’un système audio Dolby 5.1 (entre 300 $ et 700 $) a été branché au Mac mini.

En résumé, le PC capte et enregistre les émissions qu’a choisies M. Levesque. Par leur interface de navigation, les gens de la maisonnée zappent dans ces documents et visionnent à leur rythme, ce que bon leur semble. On est loin du direct. Mais, à bien y penser, qui a encore le temps de regarder la télé en direct de nos jours?

Et qu’en est-il des émissions qui ne sont pas diffusées gratuitement, notamment celles qui nécessitent l’abonnement à des canaux spécialisés? Il faut alors aller les trouver sur Internet. Chez nous, le site Tou.tv en présente une partie et, en fouinant, il est possible d’en trouver d’autres, notamment aux États-Unis si on est amateur de sport.

Se définissant davantage comme bidouilleur que comme téléphile, Stéphane Lévesque est fier de son système. Il ne paie des redevances à personne, il est autonome, mais il reconnaît être peut-être en dérogation avec la vieille loi fédérale, une loi devenue inapplicable par la force des choses, voulant qu’en 2011, il demeure interdit au Canada d’enregistrer des émissions de télé sur un DVD vierge, une cassette VHS ou un disque dur.

En prime, tant qu’à s’y connaître en programmation, M. Lévesque s’est ficelé un amour de petit script en Perl grâce auquel, toutes les nuits, après qu’il ait placé son iPhone 4 sur un chargeur connecté au réseau (en l’occurrence une radio réveille-matin), un certain nombre d’émissions prédéterminées sont copiées dans le bidule d’Apple. Le voyagement en train de banlieue vers le centre-ville est ainsi moins monotone.

Si ce que vous venez de lire vous apparaît remarquable, vous tomberiez en bas de votre chaise si je vous décrivais le réseau téléphonique, le système d’alarme et les contrôles domotiques que j’ai découverts sur place. Tout a été bricolé avec des produits faciles à trouver sans devoir s’abonner ailleurs que chez un petit fournisseur Internet pour l’accès au réseau des réseaux.

Cela dit, vous allez devoir m’excuser; je dois filer. Allez savoir pourquoi, j’ai une envie irrépressible d’aller m’acheter des gugusses chez un marchand d’électronique proche de chez moi et de me faire aller le tournevis.

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Nelson Dumais est journaliste indépendant, spécialisé en technologies de l’information depuis plus de 20 ans.




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