Centres de données : Particularités du marché québécois


André Ouellet - 04/10/2011

Après la chute de la colocalisation (colocation en anglais) provoquée par l’éclatement de la bulle technologique au tournant du siècle, on assiste au Québec à un retour en force de ce mode de partage d’installations, observe Michel Chartier, président de l’entreprise d’ingénierie Kelvin Emtech.

Autre tendance, un nombre croissant d’entreprises choisissent le Québec et le Canada pour construire des centres de données. Provenant des États-Unis, ces organisations sont attirées par la forte densité de fibre optique dans les grandes villes et par le faible coût de l’énergie, du refroidissement (en raison du climat), de la main-d’œuvre, du combustible et des terrains, indique M. Chartier.

Non seulement l’électricité du Québec est-elle vendue à bon marché, mais elle est verte, dit à ce propos Peter Aglaganian, directeur-conseil, Services d’infrastructure, solutions et services-conseils chez CGI. « Nous avons ici la capacité de production et, de plus, notre réseau est indépendant de celui de l’ensemble de l’Amérique du Nord, ce qui nous isole en cas de panne généralisée. L’électricité est l’essence de la question. Sans électricité, pas d’informatique. »

L’attrait du Québec auprès des Américains comporte aussi ses inconvénients : les entreprises qui viennent installer des centres de données mandatent des firmes américaines pour en faire la conception, explique Michel Chartier. « Comme s’il n’y avait pas d’expertise ici », déplore-t-il. Les difficultés économiques ne touchent pas l’industrie des TI, poursuit-il.

Par conséquent, les firmes d’ingénierie qui œuvraient auparavant dans d’autres secteurs investissent maintenant celui des TI, ce qui crée une vive concurrence.

Par contre, le Québec demeure une société particulière, où le monde de la construction se caractérise par ses périodes de congé et ses cartes de qualification, entre autres facteurs distinctifs. S’il y a là une possible atténuation de la concurrence, ces traits uniques peuvent aussi décourager les entreprises étrangères à venir chez nous. « Pour que de gros joueurs internationaux choisissent de s’installer ici, nous avons besoin d’incitatifs gouvernementaux et, en ce moment, il n’y en pas », dit M. Chartier.

Il voit une autre éventualité à l’horizon (même s’il est trop tôt pour parler de tendance) : les grands impartiteurs de centres de données pourraient choisir de sous-impartir les fonctions électromécaniques de certaines entreprises – dotées de centres de données imposants, dont la capacité atteint plusieurs mégawatts, et d’infrastructures d’envergure (grandes génératrices, climatisation et refroidissement importants). « Produire de la puissance de refroidissement ne fait pas partie des compétences essentielles de ces impartiteurs, qui sont plutôt spécialisés dans les services TI. Il serait plus rentable pour eux de ne pas avoir à assumer la capitalisation massive que nécessitent initialement pareilles installations électromécaniques », croit M. Chartier.

Du reste, il est d’avis qu’il n’y aura pas de croissance du marché de l’impartition physique, mais de celui de l’impartition infonuagique.




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