Biz Stone de Twitter : Le parcours anecdotique d’un entrepreneur technologique


Jean-François Ferland - 22/02/2012

À l’aide d’histoires et de postulats, le cofondateur de Twitter a suggéré aux gens d’affaires de créer leurs propres opportunités de succès.

Christophier Isaac « Biz » Stone a donné à Montréal une conférence à l’invitation de la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain. Qualifié de « père d’une des révolutions courantes » dans les médias, il a fourni maints conseils à l’auditoire composé de gens d’affaires.

Il a raconté que sa première incursion entrepreneuriale visait la création d’un logiciel de diffusion des balados vers les lecteurs iPod. Or, l’intégration de la fonction par Apple dans son logiciel iTunes l’a forcé à trouver un autre projet technologique. M. Stone et un ami ingénieur Jack Dorsey, alors qu’ils travaillaient chez Google, ont choisi de combiner deux composantes technologiques. M. Stone s’intéressait à la diffusion des états d’âme de ses amis par le biais de statuts. M. Dorsey, de son côté, s’intéressait aux logiciels de répartition des messages.

Inspirés par l’essor que connaissait la messagerie SMS en 2005, ils ont opté pour une limite de 140 caractères et sont allés de l’avant. Twitter a pris son envol en 2006. « La réaction initiale de nos collègues était tiède », a indiqué M. Stone.

Alors qu’il arrachait un tapis dans sa maison lors d’une canicule, un tweet d’un ai sirotant un pinot noir après un massage l’a fait rire. « Il faut apprécier l’utilisation que l’on fait de son propre produit, il faut l’aimer », a-t-il alors constaté.

Rapidement, M. Stone a constaté les impacts de Twitter sur la communication auprès des individus. En 2007, à la conférence SXSW, des personnes ont quitté une conférence morne parce qu’un tweet évoquait une conférence plus intéressante. Le soir même, 800 personnes se sont rendues à un café « paisible » parce qu’un tweet avait suggéré l’endroit au lieu d’un 5 à 7 bruyant.

M. Stone a comparé l’effet de masse de Twitter à un vol d’oiseaux. « Ça semble compliqué, mais le mécanisme de vol est rudimentaire. Aucune autre technologie ne permettait à un groupe de gens de réagir à l’unisson. Le lendemain Twitter inc était fondé », a-t-il raconté.

En évoquant les événements sociopolitiques où Twitter a aidé à la communication de masse, il a précisé le rôle de la technologie. « Si Twitter triomphe ce n’est pas à cause de la technologie, mais à cause de l’humanisme », a-t-il affirmé. « Si le mur de Berlin est tombé, ce n’est pas à cause des téléphones, mais à cause des personnes qui ont relayé la nouvelle. »

Statuts de vie

Christopher Stone a formulé à l’auditoire des leçons de la vie, applicables aux affaires, qu’il a appris au gré d’expériences personnelles.

Au collège, alors qu’il ne connaissait aucun sport, il a convaincu l’école de partir une équipe d’un sport amérindien nommé crosse. Il voulait établir un sport que personne ne connaissait – ni même lui – ce qui lui donnerait une chance de percer et d’exceller. « Les opportunités peuvent être fabriquées. Il ne faut pas juste les attendre afin de sauter dessus, mais il faut les créer », a-t-il dit.

Lorsqu’il occupait un emploi étudiant chez un éditeur, il a conçu en cachette une jaquette de livre sur un ordinateur. La jaquette ayant été sélectionnée, son employeur lui a offert un poste sur-le-champ, ce qui l’a incité à abandonner ses études. À titre d’apprenti, il a beaucoup appris du métier de concepteur en graphisme.

« La créativité est une ressource renouvelable sans fin, qu’il faut parfois la rafraîchir. Il faut tourner le travail en jeu », a-t-il dit.

Du film Les ailes du désir, il a retenu qu’il faut être prêt à vivre un échec spectaculaire pour vivre un succès spectaculaire. « Ce qu’il y a de bien dans l’échec c’est qu’on a acquis de l’expérience », a-t-il confié.

Enfin, lors de son implication dans la campagne caritative RED, il a appris « qu’il n’y a pas d’intérêt composé dans l’altruisme. » « En s’impliquant tôt dans une cause, on obtient un plus grand impact », a-t-il dit.

M. Stone a affirmé que le futur du marketing résidait dans la philanthropie. « Une entreprise, au lieu d’investir 4 M$ dans une campagne de marketing, devrait consacrer 3 M$ à soutenir une cause. L’autre million servirait à en faire tout un plat. »  

Sages affirmations

En fin d’allocution, M. Stone a formulé sept postulats ou affirmations afin d’inspirer les gens d’affaires dans l’auditoire.

« Nous pouvons changer le monde, construire quelque chose de grand et s’amuser », a-t-il confié. Il a précisé que les trois éléments de cette phrase sont importants à égalité.

« Nous ne savons jamais ce qui va se passer. Il y a une réponse créative à chaque problème. Il y a plus de gens intelligents hors de votre entreprise qu’à l’intérieur », a-t-il poursuivi.

« Faire les bonnes choses pour les utilisateurs finaux mène au succès. La seule entente valable est celle qui est gagnant-gagnant pour les deux parties. Enfin, vos collègues de travail sont intelligents et ont de bonnes intentions », a-t-il ajouté. Il a souligné l’importance de savoir de quelle façon on peut être utile, mais aussi de connaître ceux avec lesquels on travaille.

Matière à réflexion

Lors d’une période de questions, M. Stone a indiqué que la limite de 140 caractères avait été choisie en raison d’une norme mondiale. « La norme est de 160 caractères, mais nous avons gardé de la place pour l’identifiant de l’utilisateur », a-t-il révélé.

« Aussi, en choisissant les limites du SMS, nous voulions avoir le plus petit dénominateur commun sur les appareils mobiles. On obtient beaucoup de créativité à partir des contraintes », a-t-il ajouté. Il a reconnu que la simplicité de la première interface de Twitter en avait intimidé plusieurs qui ne savaient quoi dire.

M. Stone a expliqué que Twitter a ouvert son interface de programmation d’applications pour permettre l’intégration de fonctions pointues. Toutefois, la confusion des utilisateurs, face à tant d’applications, a forcé l’entreprise à créer sa propre application officielle. « Nous sommes conscients que nous avons pilé sur les pieds de plusieurs petits développeurs », a-t-il dit.

M. Stone a dit apprécier que les politiciens utilisent Twitter pour se rapprocher des électeurs. Aussi, il a dit croire que les marques pouvaient utiliser Twitter pour reconnaître leurs erreurs auprès de leurs clients.

M. Stone a affirmé que Twitter a pu naître en Californie en raison de son écosystème qui est favorable aux entrepreneurs en techno. « Il y a de l’argent, du talent et des institutions académiques. Il y a des propriétaires d’immeubles et des avocats qui comprennent les besoins et réalités des entreprises en démarrage. Les bonnes personnes étaient au bon endroit au bon moment », a-t-il indiqué.

Enfin, M. Stone a dit croire que le modèle de Silicon Valley pourrait se concrétiser ailleurs dans le monde. Or, interrogé sur sa perception de Montréal à titre d’endroit propice, M. Stone a avoué qu’il découvrait l’endroit… depuis 16 heures.

Ce commentaire en dit long sur le travail que l’industrie des TI du Québec doit encore accomplir pour être reconnue à l’échelle mondiale… Du moins, auprès des dirigeants d’entreprises comme Twitter.

Note : Ce texte a été écrit dans l’esprit de Twitter, en phrases comptant 140 caractères au maximum. 🙂

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Jean-François Ferland est rédacteur en chef adjoint au magazine Direction informatique.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland a occupé les fonctions de journaliste, d'adjoint au rédacteur en chef et de rédacteur en chef au magazine Direction informatique.
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