Allô, allô Microsoft? Y a quelqu’un?


Nelson Dumais - 10/06/2010

Quelques locos filent sur la voie ferrée, celles de Google, Apple, Acer, etc., mais dans le champ, quelques paisibles ruminants les regardent placidement passer. La question est de savoir si Microsoft dont le système d’exploitation fut déjà symbolisé par une vache Longhorn, fait partie du nombre, ou si, secrètement, la géante du logiciel prépare un coup pour bien rattraper, sinon dépasser, les concurrents qui roulent déjà à fond la caisse. Encore faut-il pouvoir appeler…

On sait que le métier de chroniqueur informatique nécessite un outil cérébral qui se retrouve chez de nombreux humains, le « discernement ». C’est cette aptitude qui entre en fonction quand ledit chroniqueur choisit ses sujets d’écriture. Par exemple, si Microsoft détient une part de marché de 91,30 % en ce qui a trait aux systèmes d’exploitation, il lui faudra en parler beaucoup plus souvent qu’il ne le fait pour les autres.   Pour cesser de parler à la troisième personne (ce qui est de mise ailleurs qu’ici), disons que sur dix papiers que je signe, j’essaie d’en produire huit qui sont d’intérêt pour les utilisateurs de PC (logiciels, sécurité, tendances, équipement, Google, le Nuage, etc.), un pour les amateurs de Mac où je me force (injustement, du reste) d’inclure les iChoses et autres iBidules, enfin un autre pour les mordus de Linux, ce qui se résume trop souvent à la vedette sud-africaine, Ubuntu. Comme cela, j’arrive à peu près à préserver mon image de neutralité multiplateforme.   Le problème? C’est que ces temps-ci, on est actif chez Ubuntu et hyperactif chez Apple. En fait, la Sainte Pomme ne cesse de faire la manchette. Coup sur coup, c’est le iPad qui arrive chez nous et le iPhone 4 qui est lancé en début de semaine. Sans parler de Safari 5 ou du fait que l’entreprise de Steve Jobs vaut désormais plus que celle de l’autre Steve. Pendant ce temps-là, je ne reçois plus rien de Microsoft : ni nouvelles, ni logiciels à essayer (ce qui inclut Win 7 et Office 2010), ni invitation à voir des trucs. Rien. Si je téléphone à la firme de relations publiques qui s’occupe de ce prestigieux compte, on me soutient que « c’est très tranquille ». Dire qu’avant je devais trier dans la pile Microsoft hebdomadaire par crainte de passer pour vendu à l’Empire de Redmond.   Heureusement, les autres contributeurs à l’écosystème Windows me fournissent. Je vous parle d’Adobe, de Symantec, de CA et de plusieurs autres dont Corel avec la version française de l’excellent WordPerfect X5. Mais pour savoir ce qui arrive du côté de Microsoft, il me faut aller me promener sur les grands sites américains et lire les spécialistes attitrés à cette écurie, les Ed Bott et autres Mary-Jo Foley dont, ironiquement, le dernier papier traite de Microsoft Office 2011 for Mac …   Se pourrait-il que Redmond se soit mis en mode « veille silencieuse »? Un glissement tectonique est en train de se produire! D’une part, le PC de table, cette tourelle ou boîte noire sous Win 7 (si ce n’est irréductiblement Win XP) coûte de moins en mois cher (adieu la qualité d’antan…), et est en train de voir sa masse mondiale ratatiner. Au profit de qui? De celle des blocs-notes et, surtout, de celle d’une quincaillerie hétéroclite faite de netbooks (subnotebooks ou minilaptops), de tablettes à la sauce iPad, de téléphones intelligents sans cesse plus polyvalents, tous des gugusses généralement abordables regroupés sous le vocable de « dispositifs mobiles ».   Chez Google, le nombre de requêtes en provenance de tels appareils dépasse, dans certains pays comme le Japon, celles provenant de « vrais » ordinateurs, cela en raison du nuage qui ne cesse de se déployer et qui ouvre toutes les portes possibles au mobile. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Eric Schmidt, le P.D.G. de Google. Finie l’obligation d’acquérir des PC sans cesse plus puissants qui ahanent avec des logiciels de plus en plus lourds (inflagiciels). « Désormais, toute nouveauté que Google va produire ira dans le sens du Mobile d’abord », avait déclaré l’industriel.   Les entreprises font de la réplication de données sur le Nuage et les employés autorisés y accèdent actuellement par BlackBerry, iPhone et autres « gadgetophones »,  comme ils commencent à le faire par iPad ou par tablette Acer sous Android. Or ça marche et ça coûte des fortunes de moins qu’il ne fallait en budgéter jusqu’ici. Et comme les temps sont difficiles, on en profite pour aller voir dans le Nuage, juste au cas où …   La semaine dernière, je vous faisais part de mon projet de couvrir de façon professionnelle (texte, illustration, mise en ligne) un événement Apple, le WWDC 2010, sans trimbaler d’ordinateur, mais seulement un iPad, une sorte de gros-iPhone-qui-n’est-pas-un-ordi. J’y suis effectivement arrivé et

j’ai pu démontrer que la démarche à suivre n’était pas si compliquée qu’on aurait pu le croire à première vue. Ce qui témoigne de la possibilité de ne pas s’acheter d’ordi, tout aussi mobile soit-il, et de préférer un bidule conçu pour vivre du Net. Remarquez que le iPad tout garni (clavier Bluetooth, connecteurs divers, etc.) que j’ai amené totalisait plus de … 1000 $.   Pendant ce temps-là, Microsoft laisse tomber son projet de tablette. Vous vous souvenez de

Courier? Par contre, la géante planche sur

Windows Phone 7, un système de téléphone intelligent devant mettre fin à la lignée Windows Mobile au sujet duquel ses bureaux de Montréal et de Toronto n’ont rien à déclarer même si ce produit doit être lancé dans six mois d’ici. Jure-t-on. En attendant, il y aurait Microsoft Kin, un cousin rapproché de Phone 7, mais qui a été

accueilli assez froidement par la presse spécialisée. Ce produit serait vendu exclusivement aux États-Unis et en Europe.   Évidemment, le pourrais « flâser » sur les grandes stratégies de l’Empire, de sa vision, de l’avenir des Windows Live et Office Live. Mais au mieux, j’aurai droit à un chef de produit torontois, un bon gars (c’est vrai qu’ils sont gentils) qui me fera entendre la cassette officielle, celle que j’aurais déjà lue dans les grands webzines américains. Le vrai jus, celui qui coule du « horse’s mouth », il n’est effectivement disponible qu’à Redmond, en banlieue de Seattle, et seuls quelques journalistes choisis, les Ed Bott et autres Mary-Jo Foley, y ont accès.   Tout ça pour dire que, ces temps-ci, il m’arrive de parler d’Apple de ses pompes et de ses œuvres, plus souvent qu’il ne le faudrait compte tenu de

sa part de 6 % (environ) du marché des systèmes d’exploitation. Ce n’est pas que je sois devenu un « fanboy », terme péjoratif que l’on retrouve sur les blogues, c’est que Microsoft n’a présentement rien à me dire ou à me faire essayer.   L’empire est en mode veille!   Allô, allô? Microsoft? Y a quelqu’un?  

Nelson Dumais est journaliste indépendant, spécialisé en technologies de l’information depuis plus de 20 ans.






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