L'évolution vers un phénomène de masse
Patrice-Guy Martin -13/07/2005En intégrant la baladodiffusion à sa boutique en ligne iTunes Music, Apple donne ses lettres de noblesse à ce nouveau mode de diffusion audio. Est-ce là l'avenir de la radio ?
Le seul fait qu'un fournisseur de renom comme Apple intègre ce phénomène à son offre de produits et de services élève la baladodiffusion à un niveau de reconnaissance intéressant.
De nombreux diffuseurs mettent à l'essai ce mode de diffusion qui pourrait représenter une voie d'avenir pour la radiodiffusion, selon une approche à la demande. Proche des carnets Web (ou blogs), la baladodiffusion démocratise également la diffusion audio en permettant à tout un chacun de créer ses propres « émissions » audio avec un minimum d'équipements, en utilisant des logiciels relativement simples, souvent disponibles en code source libre. Suffit ensuite d'utiliser les services d'un hébergeur (certains offrent même un hébergement gratuit), voire d'utiliser son propre ordinateur relié à Internet comme site de téléchargement, pour rendre disponible à la communauté internationale ses créations originales.
Ainsi, on retrouvera dans les répertoires de baladodiffusion de nombreuses sources plus ou moins connues, obscures et nébuleuses, mais plusieurs sources fort crédibles ou qui ont gagné la reconnaissance de leurs pairs par la qualité de leur contenu. Par ailleurs, de plus en plus de diffuseurs connus expérimentent ce mode de diffusion, au premier chef les stations de radio qui y voient une avenue intéressante pour rejoindre un auditoire qui leur échappe ou pour offrir un choix à l'auditeur en lui permettant d'écouter ses émissions favorites à la demande.
Depuis peu, par exemple, le bulletin national de nouvelles de Radio-Canada est disponible sous ce format. Autre exemple, du côté anglophone, la troisième chaîne radio de la CBC offre une émission hebdomadaire d'une heure mettant en vedette de nouveaux artistes canadiens. En Angleterre, la BBC procède, elle aussi, à différents essais à cet égard, tout comme de nombreux diffuseurs américains.
Et le phénomène semble plaire. Deux jours après avoir lancé iTunes 4.9, Apple rapportait déjà un million d'abonnements à des émissions disponibles en baladodiffusion. On comprend que pour Apple, cela augmente l'attrait pour ses produits et services, déjà fort populaires, sachant qu'au 31 mars dernier on avait vendu plus de 15 millions de baladeurs iPod et que près de 500 millions de pièces musicales ont été téléchargées de la boutique en ligne. Pour tout diffuseur, voici un auditoire intéressant, branché et ouvert aux nouvelles initiatives.
L'avenir de la radio ?
De récentes données publiées par Statistique Canada démontrent une chute dans l'écoute de la radio, dans toutes les tranches d'âge, mais particulièrement chez les adolescents. L'analyse de l'organisme fédéral de collecte des données n'identifie pas, bien sûr, la raison de la perte d'intérêt des plus jeunes envers ce mode de diffusion, mais outre le manque d'intérêt des émissions de radio disponibles, on peut se poser la question si le mode de diffusion y est également pour quelque chose. Avides de technologies et de gadgets, les adolescents sont habitués de choisir ce qu'ils veulent écouter, quand ils le veulent, pourrait-on supposer. La diffusion radio traditionnelle leur présente sans doute plus de contraintes que l'écoute de la musique sur demande, selon leurs goûts et intérêts du moment, en utilisant les outils technologiques qu'ils adorent. La baladodiffusion pourrait sans doute leur permettre de s'intéresser à la radio.
Pour vous et moi, également, l'écoute de la radio sur demande présente un intérêt certain. Il me plaît particulièrement d'écouter le Carnet Techno du collègue Bruno Guglielminetti alors que je suis en déplacement en métro. J'attends avec impatience que la Société d'État me permette de faire de même avec d'autres émissions de sa grille-horaire que je n'arrive jamais à écouter compte tenu des contraintes de la diffusion en direct.
Il en est de même pour avoir accès à l'actualité mondiale, vue à travers les diffuseurs publics d'autres pays et quoi encore.
La firme d'analyse Gartner estime que la voie est désormais ouverte pour l'intégration de publicité audio au sein des émissions en baladodiffusion, une voie que les publicitaires ne tarderont sans doute pas à exploiter à partir du moment où les diffuseurs seront en mesure de démontrer, chiffres à l'appui, l'intérêt de ce mode de diffusion.
Gartner affirme qu'Apple a bien couvert deux aspects de la baladodiffusion, soit la distribution et l'écoute ; il ne manque plus que la première partie, la création. La firme suggère que le fournisseur pourrait bien offrir sous peu un outil de création simple qui répondrait à ce besoin. Il faut dire qu'Apple possède déjà de nombreux outils de création audio (GarageBand, LogicPro) et qu'il lui serait sans doute facile de proposer un outil très simple de création des segments audio au format requis. À surveiller.
Et les droits d'auteur ?
Évidemment, ce nouveau mode de diffusion présente aussi ses défis. La gestion des droits électroniques en fait partie. Si je décide, dans mon sous-sol, de créer mon émission de radio personnelle et de la rendre disponible dans les répertoires du iTunes Music Store, est-ce que je dispose des droits requis pour intégrer à mes émissions des pièces musicales provenant de ma collection de CD ou que j'ai achetées en ligne ? Bien sûr que non. Une organisation comme Radio-Canada possède sans doute les ressources pour négocier des ententes avec les organismes qui gèrent le tout pour ceux qui détiennent ces droits, mais comme individu, il est clair que je ne saurais sans doute même pas où m'adresser pour ce faire. Mais il est clair également qu'il serait illégal de rendre disponibles à un large auditoire des pièces musicales intégrées à mes émissions personnelles.
Sans compter qu'il faudra se poser la question de savoir quelles lois s'appliquent dans ce contexte. Celles du pays d'origine du diffuseur ou celle du pays de l'auditeur ?
Comme quoi, si les technologies évoluent et se démocratisent, bouleversant au passage les anciens paradigmes et créant de nouvelles opportunités, le droit a beaucoup de travail à faire pour s'adapter à ces nouvelles possibilités en faisant évoluer la doctrine adéquatement. Législateurs, au travail ! Les commentaires de ce site sont propulsés par Disqus
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