Enrichissez votre vocabulaire
Jean-François Ferland -14/11/2007Le Web sémantique, en théorie, ferait du Web une grande banque de données. Bien du chemin reste à parcourir, mais les entreprises peuvent déjà tirer profit du recours aux concepts formels.
Michel Gagnon, professeur adjoint au Département de génie informatique à l'École Polytechnique Montréal, compte parmi ses intérêts de recherche le Web sémantique. Alors que le Web est pour l'instant un ensemble de ressources documentaires, sous forme de textes et d'images, il explique que le Web sémantique vise à ajouter une couche au-dessus pour le transformer en banque de données.
« On parle du Web sémantique, mais pas de la façon comme on l'entend pour la langue où l'on définit ce que veut dire une phrase énoncée. C'est plutôt l'idée de rendre de l'information explicite avec formalisme et avec des concepts partagés par d'autres », précise-t-il.
Philosophie numérique
Le Web sémantique, qui n'est pas simple à décrire, repose sur deux langages de modèles de données ou d'ontologies, soit RDF (Resource Definition Framework) et OWL (Web Ontology Language). Une ontologie, selon Wikipédia, est « un ensemble structuré de concepts permettant de donner un sens aux informations » et « un modèle de données qui représente un ensemble de concepts dans un domaine et les rapports entre ces concepts. »
« RDF sert à rendre explicites des ressources décrites sur le Web, à établir des relations entre elles, à faire une taxonomie des types de ressources. Par exemple, on dirait qu'un "restaurant" est "un endroit où l'on sert des repas", mais aussi "un établissement commercial". OWL est un modèle de données qui pousse plus loin la complexité de la description des ressources. Mais RDF, qui est un modèle de données beaucoup plus simple, est le plus adopté dans le monde du Web sémantique », résume M. Gagnon.
Réduire les barrières
Les applications pratiques du Web sémantique laissent entrevoir un potentiel d'amélioration des recherches d'informations et des interactions en réseau, autant à l'intérieur d'une organisation que sur la Grande Toile.
Benoît Piette est président du W3Québec, un organisme sans but lucratif qui fait la promotion des normes, des standards et des bonnes pratiques du Web. Il explique que le Web sémantique peut élargir les possibilités d'accès à l'information des utilisateurs finaux par le biais du langage naturel et de concepts reconnus.
« Dans un moteur de recherche comme Google, qui utilise des mots-clés, si on dit "Je veux voir un spectacle entre telle et telle date, dans telle ville, dans tel style de musique", le moteur ne sera pas capable de trouver l'information.
Avec le Web sémantique, les salles de spectacle pourraient mettre en ligne des métadonnées qui indiqueraient quel groupe joue tel style de musique à telle date, dans un format normalisé et compréhensible pour l'ordinateur. L'utilisateur aurait un agent informatisé qui poserait la question sur l'Internet et, comme un robot, parlerait à un serveur qui lui dirait que l'information se trouve à tel endroit.
« Pour un intranet d'entreprise, on pourrait définir un format de vocabulaire pour exprimer tous les concepts d'un modèle d'affaires, et à l'aide de langages spécialisés, on pourrait lier ensemble les documents et les informations. Un agent informatique poserait des questions qui seraient liées au modèle d'affaires, mais qui seraient spécifiques au travail d'une personne [pour interroger] l'Intranet en entier », ajoute-t-il.
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