Le RISQ a 20 ans : une évolution en strates de la réseautique
Jean-François Ferland -01/12/2009Depuis 1989, le Réseau d'informations scientifiques du Québec exploite la première infrastructure de réseau Internet de la province, au profit des établissements de recherche et d'enseignement supérieur. Son directeur général Michel Vanier commente deux décennies de progression du réseau québécois.

Michel Vanier, le directeur général du RISQ
La capacité actuelle du réseau du RISQ est impressionnante : sur les liens reliant Montréal, Sherbrooke et Québec, il est possible de déployer jusqu'à 72 longueurs d'onde de 10 Gb/s chacune - un potentiel qui n'est pas utilisé à son maximum pour l'instant. Sur la Rive-Nord, la route qui relie notamment Montréal et Québec en passant par Trois-Rivières peut soutenir jusqu'à 36 longueurs d'onde. En région, le réseau a recours à des circuits SONET OC-192 de 10 Gb/s ou 2,5 Gb/s.
Dix ans après la déréglementation de l'industrie des télécommunications, qui a permis d'acheter de la fibre noire, le RISQ poursuit l'évolution du réseau québécois. Bientôt, une boucle sera instaurée pour Rouyn-Noranda en passant par l'Ontario, grâce à un partenariat avec le réseau de recherche ontarien Orion.
« La capacité est toujours un enjeu et on l'augmente toujours pour répondre à la demande, mais de plus en plus on nous demande d'assurer une plus grande fiabilité, déclare M. Vanier. Même si on demeure un réseau de pointe où on peut faire de l'expérimentation de technologies, nous assurons aussi le fonctionnement du réseau de l'éducation au Québec. Nous devons offrir des services de qualité, en essayant de nous rapprocher des fameux "Cinq 9". Également, nous devons être à l'avant-garde et offrir des services qui sont innovateurs sur le réseau. »
Latence financière
Toutefois, le financement est un défi important que doit relever le RISQ de façon continue. M. Vanier indique que l'organisme à but non lucratif est financé par ses membres, soit les établissements du réseau de l'éducation, qui sont aux prises avec leurs propres enjeux monétaires.
« Le réseau de l'éducation est sous-financé au Québec, à comparer avec les autres provinces canadiennes et avec la moyenne canadienne, déclare M. Vanier. Ce n'est pas facile. À titre d'exemple, on avait jusqu'à tout récemment une subvention de fonctionnement du ministère de l'Éducation. Elle n'était pas énorme - 600 000 $ par année - mais elle nous aidait à supporter les coûts en régions éloignées. Cette subvention nous a été graduellement retirée et on nous a annoncé qu'il fallait trouver des moyens de s'autofinancer. Nous avons trouvé une façon en offrant une capacité excédentaire à l'industrie, ce qui est nouveau pour nous. »
"Je peux dire que notre situation financière est stable, mais je ne peux dire que la situation du RISQ est assurée pour l'avenir en terme de pérennité, pas plus que d'autres organismes sans but lucratif [en technologies]. C'est un combat perpétuel."
Riches strates
Après le colloque, M. Vanier, ses collègues et les invités de la conférence allaient célébrer les 20 ans du RISQ à la Société des arts technologiques (SAT), un lieu où se croisent la création artistique et les TIC.
Alors que les technologies de l'information évoluent rapidement dans de nouveaux créneaux, le directeur général du RISQ indique que les technologies de l'information aux fins artistiques et ludiques constituent un axe de développement stratégique récent pour l'organisme.
« Avec [la SAT], il y a deux ans, nous avons fait une démonstration où le Biodôme, l'École de technologie supérieure et une école de la commission scolaire René-Lévesque, dans un rang de la ville de Bonaventure en Gaspésie, étaient liés par des sources de vidéoconférence en haute définition. Des élèves du primaire ont pu poser en direct des questions à une scientifique sur la vie des manchots », relate M Vanier. « Bientôt, nous pourrons raccorder la Place des Arts... Cela ouvre un potentiel incroyable du côté des activités culturelles, surtout pour les régions éloignées. Imaginez la diffusion d'un spectacle de l'OSM à Gaspé en temps réel! Notre réseau est capable de faire cela. Nous n'avons pas à le configurer de façon spéciale, car il a été conçu de façon à soutenir un tel contenu riche. »
« Si on regarde dans l'histoire, avec des "strates" comme diraient les géologues, on a passé à travers la couche d'utilisation scientifique, puis sont embarquées les sciences sociales, puis les sciences de la santé, et maintenant on est rendu [à la couche] de la culture et des communications. C'est un monde complètement différent », ajoute le directeur général du RISQ. « J'ai une formation scientifique - j'ai commencé en mathématique physique - et je suis assez loin de cet univers, mais quand je vois le potentiel offert aujourd'hui, je trouve cela incroyable. Et nous n'en sommes qu'au tout début... »
Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.
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